Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, lors de l’un de ses passages à Trois-Rivières, cet été.

Il faut lutter contre le «piratage» des articles, croit Yves-François Blanchet

TROIS-RIVIÈRES — Après le gouvernement du Québec, c’est au tour d’Ottawa d’agir pour permettre la survie des quotidiens du Groupe Capitales Médias (GCM), affirme le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. Ce dernier croit que le gouvernement fédéral aurait dû depuis longtemps imposer une taxe aux géants du web Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA), qui «piratent» selon lui les contenus journalistiques qu’ils partagent en accaparant les revenus publicitaires. Il enjoint également Ottawa à verser 5 millions $ dans un fonds d’urgence pour permettre à GCM de poursuivre ses activités au-delà du mois de novembre.

Le chef bloquiste ne crache pas sur les mesures annoncées par Ottawa, l’an dernier, pour soutenir les médias d’information, dont des crédits d’impôt sur la masse salariale des médias, sur les frais d’abonnements à des médias numériques et sur les dons à des organismes de journalisme à but non lucratif. Il croit cependant qu’elles sont loin d’être suffisantes.

«Les mesures annoncées par Ottawa, c’est contourner le vrai problème, qui est le piratage de contenu, soutient-il. C’est le vol de dizaines de millions de dollars chaque année de revenus publicitaires des médias québécois et canadiens par les grands réseaux sociaux.»

M. Blanchet compare par ailleurs cette situation à celle vécue par l’industrie de la musique et ses artistes, dans les années 2000, avec la lutte contre le piratage de la musique, que l’accès à Internet a rendu beaucoup plus facile. Il était alors président de l’ADISQ.

«Dans notre cas, c’étaient les fournisseurs d’accès à Internet qui ne payaient pas pour les contenus et qui vendaient des abonnements en vantant la capacité d’obtenir gratuitement ces contenus, ce qui n’a évidemment aucun sens, rappelle-t-il. C’est une bataille qu’on a faite et là, c’est la même chose qui se passe (avec les médias d’information).»

Le chef du Bloc enjoint donc le gouvernement fédéral à moderniser ses règles pour mieux encadrer ces géants de l’Internet. Il croit qu’il faut suivre l’exemple de la France et imposer une taxe aux géants du web, ce qui permettrait aux médias d’avoir une forme de redevance sur l’utilisation de leurs contenus.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, lors de l’un de ses passages à Trois-Rivières, cet été.

Le premier ministre Justin Trudeau a récemment annoncé que ce sujet serait abordé lors de la prochaine réunion du G7, dans quelques jours. La réunion a d’ailleurs lieu en France.

Rappelons que le gouvernement Trudeau avait refusé, il y a quelques années, de forcer Netflix, qui offre du contenu vidéo par abonnement, à percevoir la TPS auprès de ses abonnés canadiens.

Ottawa doit imiter Québec

D’ici à ce qu’une telle taxe soit adoptée, Yves-François Blanchet demande au gouvernement Trudeau de consentir un prêt d’urgence à GCM. Cette contribution devrait être égale à celle consentie par Québec, lundi, soit de 5 millions $, provenant d’Investissement Québec. Or, selon la Cour supérieure qui a autorisé mercredi ce financement intérimaire, le montant consenti par Québec ne permettra pas à GCM de survivre au-delà de la mi-novembre. Selon M. Blanchet, la contribution d’Ottawa permettrait au groupe d’avoir quelques mois de plus pour trouver un acheteur.

«Je pense que le fédéral doit assurément accoter ce que Québec a fait. Je salue la décision du gouvernement du Québec, qui est une excellente décision, mais ça va en prendre davantage et il faut que ça vienne d’Ottawa», soutient-il.

M. Blanchet promet par ailleurs d’amener ce sujet sur la table en campagne électorale, alors que les Canadiens devront élire leur gouvernement le 21 octobre prochain.

Rappelons que le chef du Bloc québécois a lui-même tenté de démarrer un média d’information, entièrement en ligne, à Shawinigan, en 2015. L’entreprise, TAG.Média, avait fermé ses portes après seulement trois mois d’existence. M. Blanchet avait déclaré à l’époque que les annonceurs locaux n’étaient pas au rendez-vous.

M. Blanchet a également été analyste politique à Radio-Canada, ainsi que chroniqueur pour le Groupe Capitales Médias et Cogeco Nouvelles. Il a également été ministre de l’Environnement sous le gouvernement péquiste de Pauline Marois, de 2012 à 2014.