Alain Demers, psychologue au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec.
Alain Demers, psychologue au CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec.

Il faudra apprendre à vivre avec le stress du déconfinement, selon un psychologue

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
LOUISEVILLE — Le déconfinement qui se met graduellement en place par le gouvernement Legault aura des impacts psychologiques pour plusieurs personnes dans la population, entraînant à divers degrés des sources de stress qu’il faudra apprendre à canaliser.

Pour le psychologue au CIUSSS de la Mauricie et Centre-du-Québec, Alain Demers, c’est en s’exposant graduellement mais de façon constante à cette nouvelle réalité que sera la vie après-confinement que les gens pourront davantage s’adapter aux changements et mieux gérer le stress qui en découle.

Le psychologue, qui œuvre dans la région de Maskinongé en santé mentale pour adultes, explique que le stress et l’anxiété sont d’abord et avant tout une réaction normale à la fois du corps et du cerveau quand une personne est confrontée à un changement important, à de l’inconnu, à des normes différentes de celles qui réglaient notre vie jusqu’à maintenant.

De nouvelles façons de fonctionner dans les espaces publics, les magasins, les écoles, les garderies par exemple, de devoir suivre des règles strictes qui limitent notre liberté d’action et de mouvement, côtoyer des employés masqués, poursuivre la distanciation sociale, voilà des sources pouvant générer de l’anxiété dans cet univers post-confinement.

«Nous avons tous une limite à la tolérance au stress, et elle est variable. Ce qu’on constate beaucoup dans la population présentement, c’est l’épuisement mental du stress chronique qu’a amené le confinement. Mais il y a une suite qui s’en vient, au cours de laquelle on verra des états dépressifs apparaître liés parfois à la perte d’un emploi, à des problèmes financiers. Le gros du coup s’en vient», constate le psychologue, qui voit d’un bon oeil le déconfinement progressif s’opérer à ce moment-ci plutôt que d’être de nouveau repoussé dans le temps. «Il ne faut pas trop retarder le déconfinement, parce que plus on va le repousser, plus ses effets se feront sentir», indique-t-il.

Une personne vivant donc beaucoup d’anxiété face à ces changements devrait davantage s’exposer aux changements de façon graduelle afin de réduire cette source d’anxiété.

«C’est dans le temps que l’ajustement va se faire et que le stress va redescendre. Plus on va s’exposer, plus la réduction du stress sera rapide», indique celui qui encourage les gens vivant du stress et de l’anxiété à aller chercher de l’aide, en consultation par exemple.

SRAS

Alain Demers pratiquait également lorsque sont survenues les épidémies de SRAS et de la grippe H1N1, qui ont aussi causé leur lot d’anxiété dans la population, avait-il remarqué. Toutefois, la réaction populaire avait été beaucoup moins forte, se souvient-il.

«La différence avec le SRAS et la H1N1, c’est qu’il existait déjà des vaccins. Avec le coronavirus, on constate aussi que le nombre de morts est dix fois plus élevé. Mais d’un autre côté, les gens se disent aussi conscients qu’ils ne peuvent pas rester confinés toute leur vie. Et pour bien du monde, le besoin affectif et de socialisation est beaucoup plus grand que la peur du coronavirus», fait-il remarquer.

Outre la possibilité de consulter un professionnel et d’aller chercher de l’aide, le psychologue recommande aussi que les gens qui en ressentent le besoin puissent trouver des moyens d’apprendre à sortir leur stress.

Cela peut se traduire par l’exercice physique, par exemple, ou encore des méthodes de relaxation. Aller chercher l’information fiable pour obtenir des réponses à nos questions peut également contribuer à diminuer le stress, car plus le cerveau aura de réponses à ses questions, moins il générera de stress chez l’individu, mentionne M. Demers.