Selon l’auteur, il est plus que temps de rétablir l’équité et de mieux soutenir les programmes d’antibiothérapie intraveineuse à domicile, en limitant les frais des patients.

Il est temps de rétablir l’équité

Il est temps de rétablir l’équité

Je tiens à soutenir Monsieur Gérald Denis, qui dénonce dans le Nouvelliste du 12 juin la situation de l’antibiothérapie intraveineuse ambulatoire au Québec. Alors que tous les soins sont fournis sans frais aux patients hospitalisés, la situation change dès le retour à domicile; monsieur Denis et son épouse ont dû prendre en charge une dizaine d’heures de perfusion par jour pendant plus de trois semaines, et payer des frais de 1600 $ (déductibles non couverts par ses assurances). Cette situation est bien différente de la chimiothérapie hors hôpital qui est remboursée. Il est temps d’être équitable; une infection sévère peut être aussi pénible à vivre qu’un cancer et laisser des séquelles.

Jusqu’à la fin des années 80, les antibiotiques intraveineux ne se donnaient qu’à l’hôpital. Vers 1989, le ministère de la Santé a tenté trois projets pilotes nommés Hôpital à domicile à Montréal et Québec, afin de désengorger les hôpitaux. Médecins et infirmières se déplaçaient à domicile. Le matériel médical requis était fourni. Malheureusement, même sur un territoire limité géographiquement, les coûts se rapprochaient (85 %) de ceux d’une hospitalisation régulière, ce qui a mené à l’arrêt du programme.

Les services de médecine de jour nés dans les années 90 ont permis d’administrer sur place certains antibiotiques de longue durée. Cela exigeait des déplacements fréquents des patients vers les centres hospitaliers.

À la même époque, on a aussi développé des programmes d’antibiothérapie intraveineuse à domicile où le patient et sa famille, parfois avec l’aide du CLSC, prennent en charge le traitement. Les avantages pour le patient sont la poursuite d’une partie de ses activités, moins de risques d’acquérir des infections nosocomiales, et plus de confort. Cependant les tâches sont souvent lourdes, s’étendent sur plusieurs semaines et incluent plusieurs déplacements des patients. Il s’agit de s’administrer les doses intraveineuses 1 à 3 fois par jour (durée pouvant aller jusqu’à trois heures par dose pour certains antibiotiques), visiter le CLSC pour les soins de plaie, se déplacer pour les prises de sang, voir le médecin une fois par semaine, aller s’approvisionner à la pharmacie et consulter rapidement en cas de détérioration de l’infection. Cette gestion complexe représente une source énorme de stress et de fatigue pour ces patients déjà vulnérables.

Si les premières années la médication était fournie par la pharmacie de l’hôpital, il a été décidé au début des années 2000 de refiler les coûts aux assurances privées des patients (pour ceux qui n’ont pas d’assurances privées, à la Régie d’assurance maladie du Québec); des pharmacies privées se sont chargées d’approvisionner les patients, à un coût parfois plus de 10 fois celui des hôpitaux. Dépendant des conditions de leurs assurances, les patients peuvent se retrouver à payer l’équivalent d’un déductible de 20 %, ce qui peut représenter plusieurs centaines de dollars lorsqu’un traitement prolongé est requis. C’est ce qu’a dû assumer monsieur Denis.

L’antibiothérapie IV ambulatoire présente des avantages clairs pour le système de santé, en diminuant la durée des hospitalisations et en favorisant l’autonomie des patients. Il est plus que temps de rétablir l’équité et de mieux soutenir les programmes d’antibiothérapie intraveineuse à domicile, en limitant les frais des patients.

Monique Goyette md,

Microbiologiste–infectiologue

Trois-Rivières