En février dernier, Claude Cournoyer recevait Le Nouvelliste en entrevue dans ses bureaux. Le vérificateur général par intérim de la Ville est désormais visé par une plainte de harcèlement psychologique, et envisage de poursuivre la Ville dans ce dossier.

«Il est clair que je dérange»

TROIS-RIVIÈRES — Le vérificateur général par intérim de la Ville de Trois-Rivières, Claude Cournoyer, envisage de poursuivre la Ville de Trois-Rivières après qu’une plainte pour harcèlement psychologique ait été déposée contre lui. Il estime que le processus de traitement de cette plainte n’a pas été suivi à la lettre selon les politiques en vigueur, lui causant un tort important et lui faisant désormais douter qu’on cherche avant tout à se débarrasser de lui.

Le Nouvelliste a en effet appris qu’une plainte a été logée contre M. Cournoyer par une employée du bureau du vérificateur général qui occupait cette fonction depuis de nombreuses années. L’employée aurait porté plainte contre M. Cournoyer neuf jours ouvrables après son entrée en poste, en novembre dernier.

Or, selon ce que soutient le vérificateur général par intérim, le processus de traitement de la plainte, prévu dans les politiques de ressources humaines de la Ville, n’aurait pas été respecté. Plutôt que de passer d’abord par un processus de médiation, un mandat aurait tout de suite été donné à une firme externe afin de produire un rapport au sujet de la plainte, rapport qui aurait été déposé il y a maintenant quelques semaines et qui serait «accablant» au sujet de M. Cournoyer. Toutefois, toutes ses demandes pour obtenir copie de ce rapport au service des ressources humaines sont restées lettre morte, affirme le vérificateur général.

Du coup, Claude Cournoyer semble avoir été écarté du processus d’embauche présentement en cours pour trouver le prochain vérificateur général. En effet, des candidats ont déjà été contactés pour les entrevues qui se tiendront dans les prochains jours, mais M. Cournoyer n’a pas été contacté. «Il est clair que je dérange», a-t-il commenté lorsque questionné à ce sujet par Le Nouvelliste.

Dans une communication envoyée à l’ensemble du conseil municipal et au cabinet du maire lundi matin, et dont Le Nouvelliste a obtenu copie, M. Cournoyer a voulu fournir à l’ensemble des élus sa version des faits en regard de la plainte pour harcèlement psychologique. Sans passer par quatre chemins, l’homme reconnu pour être plutôt direct remet en question la compétence de l’employée qui a porté plainte contre lui. Par ailleurs, il dit qu’il «plaide coupable» d’être un admirateur du maire Yves Lévesque. «C’est vrai que j’ai du caractère et que j’admire M. Lévesque», confirme-t-il en entrevue.

Questionné à savoir si le fait de s’avouer un admirateur du maire en poste n’est pas en contradiction avec son devoir de réserve et d’indépendance en tant que vérificateur général, il soutient plutôt être «totalement capable d’être indépendant sans pour autant être indifférent».

Au contraire, M. Cournoyer soutient plutôt que sa façon de faire dérange présentement dans les plus hautes sphères de l’administration municipale et que son intention de commander prochainement des vérifications d’optimisations des ressources sur la gestion des immeubles appartenant à la Ville pourrait aussi avoir dérangé.

«J’estime qu’il y a des économies de un à trois millions de dollars par année à réaliser de ce côté. Mais personne ne s’est jamais attaqué aux vaches sacrées, j’ai l’impression», indique-t-il, confirmant devoir mettre en veilleuse certains mandats qu’il comptait réaliser durant son intérim, ne sachant pas encore ce que l’avenir à court terme lui réserve à la Ville.

Certaines communications portées à notre attention révèlent également des relations tendues entre des départements de la Ville et M. Cournoyer, à qui l’on reproche certaines façons de faire mais également des propos mensongers qu’il aurait véhiculés, notamment sur un cadre supérieur, des reproches qu’il réfute.

M. Cournoyer, qui a saisi ses avocats du dossier, pourrait désormais entamer des poursuites contre la Ville de Trois-Rivières, non seulement pour le processus de traitement de cette plainte, processus qu’il qualifie de bâclé, mais également pour atteinte à sa réputation. Il estime les dommages qu’il subira de l’ordre de 1,6 M$, soit les sept années de salaire au poste de vérificateur général pour lequel il n’est désormais plus considéré, de même qu’un montant équivalent au fonds de pension prévu lorsque son mandat de sept années aurait été terminé. «Mais ce n’est pas uniquement une question d’argent. Il y a mon honneur, mon intégrité qui ont été attaqués», estime-t-il.

Appelé à commenter le dossier, le responsable des communications au cabinet du maire, Yvan Toutant, a indiqué ne pouvoir émettre aucun commentaire en vertu de la politique sur le harcèlement psychologique en milieu de travail de la Ville de Trois-Rivières, qui prévoit notamment la stricte confidentialité des plaintes reçues et du traitement de celles-ci. Il n’a pas non plus été en mesure de nous indiquer les motifs qui avaient mené au dépôt de cette plainte et ce qui était reproché à M. Cournoyer.

«Étant donné le processus en cours, nous ne pouvons émettre aucun commentaire. Les personnes concernées par le dossier pourront répondre aux autorités compétentes en temps et lieu», signale M. Toutant.