Bruno Hélie et Daniel Desrochers.

Il donne un rein au conjoint de son ex-femme

Chaque histoire est unique, mais certaines sortent de l'ordinaire. Le don d'organe, on le sait, change une vie. Daniel Desrochers en sait quelque chose. Il a reçu un rein en décembre dernier.
La grande famille est réunie. On aperçoit Guillaume Hélie, Chantal Moisan, Bruno Hélie, Daniel Desrochers, France Rivard, Maude Hélie, Shane Lynch, et la petite Stella.
Un geste d'une bonté rare aux impacts difficiles à quantifier, surtout lorsqu'on sait que ce rein est le cadeau d'un ami, et ex-conjoint de sa femme, Bruno Hélie. Voici l'histoire d'une grande famille tricotée serrée par le respect et l'amitié.
La vie a basculé pour Daniel Desrochers, il y a quelques années, alors qu'on lui annonçait qu'il allait devoir recevoir un nouveau rein. Il savait depuis plus d'une dizaine années qu'il avait des kystes, mais la nouvelle arrive quand même comme une claque en plein visage.
Puis arrivent les traitements de dialyse qui virent la vie à l'envers en peu de temps. Surtout lorsqu'ils doivent être reçus à plus de 150 kilomètres de la maison, trois fois par semaine, durant 5 heures. 
Daniel et sa conjointe France Rivard qui habitaient à Lac-Édouard ont dû vendre la maison, déménager, et louer un condo à Trois-Rivières pour les traitements dont ils ignoraient la durée. France Rivard a également été dans l'obligation de quitter son emploi à contrecoeur.
Mais il y avait l'espoir de trouver un donneur. Plusieurs personnes de l'entourage se sont manifestées pour donner un rein. France Rivard, la conjointe de Daniel, n'était pas compatible. Rien à faire. Par contre, Guillaume, le fils de France, lui l'était.
«On voit ça comme quelque chose d'énorme, mais quand tu pèses le pour et le contre... de le voir malade, c'était beaucoup plus lourd que de donner un rein», confie Guillaume Hélie.
Malheureusement, il a été retiré des donneurs potentiels pour des raisons de santé. Rapidement, son père Bruno a levé la main.
Bruno Hélie, le donneur, a été marié pendant 16 ans avec France Rivard. Ils ont divorcé dans l'harmonie, puis ils ont tissé des liens d'amitié. Si bien, que leurs deux enfants assurent que séparés ou non, il n'y avait aucune différence. 
«La relation dès le départ est particulière. C'est une grande famille. Pour nous, ce n'est pas le père qui donne au beau-père», souligne Maude Hélie, la fille de Bruno.
«C'était une décision importante, mais j'étais prêt. Je n'ai pas eu besoin de réfléchir longtemps. Je l'ai fait pour Daniel, et pour les enfants. Je ne voulais pas qu'ils perdent Daniel», a raconté Bruno Hélie.
Puis est arrivée l'annonce de cette décision de donner un rein. Un moment chargé d'émotions.
«Il n'y a pas beaucoup de gestes qui peuvent accoter ça. C'est quelque chose», a témoigné Daniel Desrochers encore ému par le don, et la dose d'amour qu'il a reçue.
Le jour J
«Ils étaient sereins. Bruno était d'un calme incroyable», avoue Chantal Moisan, la conjointe de Bruno.
Puis il y a eu l'opération. Une réussite. Un échange qui a soudé le lien entre les deux hommes à jamais.
«Quand je me suis réveillé, j'ai dit: "Bruno, Bruno, Bruno". Je voulais savoir comment il allait», confie Daniel Desrochers.
Ce n'est que le lendemain que les deux hommes ont pu se voir. Les retrouvailles resteront fort probablement un moment inoubliable. Tout le monde se portait bien.
«Quand ils ont branché le rein, il a fonctionné tout de suite», note M. Desrochers.
«Nos gênes étaient tellement identiques qu'ils nous considéraient comme deux frères», ajoute Bruno Hélie.
Vient ensuite la période de rémission. Elle est déjà terminée pour Bruno Hélie, qui est visiblement dans une forme épatante. 
Daniel Desrochers, pour sa part, fait l'objet de suivis serrés encore pour quelques semaines. Il a remonté la pente tranquillement, et l'énergie est de retour en force. Il réside toujours à Québec en raison de la greffe, mais le retour à la maison est de plus en plus proche. Un moment très attendu.
«Ce n'est pas juste un rein qu'il a donné, il nous a redonné une vie normale carrément. Quand on va revenir au milieu du mois de février, ma vie va redevenir ce qu'elle était», note France Rivard la voix nouée par l'émotion.
«Ce qui est important, c'est la famille»
La grande famille rencontrée par Le Nouvelliste a insisté à plusieurs reprises sur le fait que tous ensemble ils formaient une grande famille, pas une famille reconstituée, une famille unie. D'ailleurs, on a cru bon l'inscrire sur les murs de la résidence. En plein coeur de la cuisine, on peut lire: «Chaque famille a une histoire, bienvenue dans la nôtre».
«On a gardé une belle relation d'amitié. La vie a fait en sorte que Chantal est arrivée dans la vie de Bruno et ç'a cliqué tout de suite [...] Je viens de parents séparés qui n'avaient pas eu une belle séparation. Je m'étais promis que si je le vivais un jour, je ne ferais jamais vivre ça à mes enfants», raconte France Rivard.
«On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Je n'ai pas fait ça dans le but d'avoir quelque chose. Ça finit avec une histoire hors du commun, il ne faut pas se le cacher ! C'est une belle fierté», a-t-elle poursuivi.
On aurait pu croire avec raison que cet échange humain aurait pu unir davantage tout le monde. 
«On ne peut pas être plus soudés que ça. On l'était déjà», note Maude Hélie.
«L'important ce n'est pas tout ce que l'on a, ce sont les gens qui sont autour de nous», a ajouté Daniel Desrochers.
Hémodialyse
Évidemment, les traitements à Trois-Rivières ne peuvent faire autrement que de ramener le sujet de l'hémodialyse à La Tuque. Un projet attendu depuis trois ans. 
«Il faut que ça se fasse à La Tuque. Si ça avait été ici à La Tuque, j'aurais peut-être même pu continuer à travailler», a commenté Daniel Desrochers.
Don d'organe
Donner un organe de son vivant est un geste qui ne s'oublie pas, qui rend fier, très fier. Bruno Hélie l'a vécu. Il sait toutefois que ce n'est pas pour tout le monde. C'est pourquoi il insiste pour que les gens signent leur carte d'assurance maladie pour autoriser le don d'organe après le décès.
«Ça peut redonner la vie à quelqu'un», martèle le donneur.
«On n'est pas du genre à exposer nos vies. On en parle pour le geste. On passe le message aux autres que ce n'est pas si difficile que ça», a ajouté Daniel Desrochers.
Les deux hommes ont également tenu à souligner le travail du personnel infirmer de Québec qui les a pris en charge, rassurés et dorlotés.
«Prenez soin de vos ex!», a lancé France Rivard en riant en guise de conclusion.