Éric Descheneaux, maire démissionnaire de Pierreville.
Éric Descheneaux, maire démissionnaire de Pierreville.

Il démissionne à la suite de propos homophobes: Éric Descheneaux souhaite une prise de conscience

Sébastien Lacroix
Sébastien Lacroix
Le Nouvelliste
Pierreville — Éric Descheneaux s’est dit flatté par la vague d’appuis des derniers jours, mardi, alors qu’il était revenu du Mexique et qu’il avait défait ses valises pour commencer son confinement de 14 jours. Celui qui a remis sa démission à la mairie de Pierreville après avoir été victime de propos homophobes sur les réseaux sociaux, la semaine dernière, espère que la situation qu’il a vécue pourra servir de prise de conscience.

Si son témoignage a fait le tour de la province, au cours des derniers jours, il souhaite que les résidents de Pierreville ne soient pas stigmatisés par cette histoire qui aurait pu se passer n’importe où au Québec. Il a d’ailleurs reçu de nombreux témoignages de ses confrères des autres municipalités.

Il estime qu’il y a un manque de ressources pour soutenir les élus dans leur fonction et qu’il faut faire évoluer les choses pour assurer l’intégrité des prochaines personnes qui voudront s’impliquer sur la scène municipale.

«On voit aller les choses et de plus en plus de maires tombent au combat, note-t-il. Il faut se questionner sur les causes et se demander de quelle façon les appuyer? Parce que nous n’avons pas d’aide. Dans un petit village, nous n’avons pas d’équipe de communications. Nous n’avons personne pour nous aider au niveau légal. Nous sommes laissés à nous-mêmes.»

«Il va y en avoir d’autres [démissions], croit Éric Descheneaux. On va voir quel portrait ça va prendre aux prochaines élections parce que ce que j’ai vécu, ça ne donne pas le goût de s’impliquer en politique municipale. Il faut que ce soit plus humain, plus attrayant et plus convivial.»

«On peut avoir des opinions différentes et ne pas être d’accord, mais il faut aussi être cordial dans la manière de la dire, ajoute-t-il. Je me suis déjà carrément fait dire de ''fermer ma gueule'' par un citoyen, parce que c’est lui qui paye. Il y a des gens qui n’écoutent pas, qui crient et qui nous engueulent». Éric Descheneaux attribue en partie le déferlement de commentaires dont il a été la cible - après avoir publié des photos de lui et de son conjoint dans l’avion en direction de Cancun - à la charge émotionnelle qui s’est accentuée depuis que la région a été placée en zone rouge. «Il y a beaucoup de gens qui ont vécu de la détresse psychologique et financière», indique le maire de Pierreville, où le nombre de cas de COVID-19 a atteint un taux par habitant préoccupant depuis de début de la deuxième vague.

Mais il estime que la vaste majorité des citoyens de Pierreville sont derrière lui. Ce sont plutôt les méchancetés d’un groupuscule de gens qui ne croient pas à la pandémie, qui font des rassemblements et qui ne portent pas le masque qui l’ont poussé à bout en menaçant de s’en prendre à un de ses proches. Il ajoute, sans les nommer, que des personnes «qui n’ont pas accepté de perdre leur élection» lui mettent des bâtons dans les roues depuis trois ans.

Des appuis de partout au Québec

Depuis l’annonce de sa démission, le maire Descheneaux a reçu de nombreux appuis de maires de partout au Québec, notamment de son homologue de Sherbrooke. Des messages de soutien lui sont même parvenus de la France, soutient-il.

Celui qui a déjà annoncé la mise en vente de l’immeuble qu’il habite avec son conjoint a même reçu une demande officielle du conseil municipal de Sorel-Tracy, lundi soir. Lors de la séance qui est webdiffusée, les élus ont unanimement dénoncé les propos dégradants dont il a été victime avant de l’inviter à venir s’établir dans leur ville qui est située à trente minutes de route de Pierreville.

Le maire Jean-Guy Dubois a quant à lui profité de sa tribune sur la page Facebook de la Ville de Bécancour pour commenter la situation d’Éric Descheneaux. «Les médias sociaux, qu’on aurait espérés être des outils de communication, de démocratisation, de mobilisation, sont en voie de devenir des armes de destruction sociale. Sous aucune limitation, sans impunité, on y déverse les pires insanités, les « fake news » ou faits alternatifs. On biaise, on accuse, on démoralise, on démobilise», a-t-il soutenu dans une réflexion publiée mardi.

En fin de semaine, la mairesse de Nicolet, qui est également préfète de la MRC de Nicolet-Yamaska, a elle aussi fait une sortie sur les réseaux sociaux après avoir vécu, en quelques semaines, la démission du maire de Saint-Léonard-d’Aston, Jean-Guy Doucet, et celle d’Éric Descheneaux, en raison d’un manque de respect au sein du conseil municipal ou de la population.

«J’ai l’immense privilège de bien gagner ma vie, mais j’ai des collègues qui s’investissent, placent le bien de la communauté au centre de leur décision, travaillent sans compter leurs heures, pour 4000 $, 8000 $ ou 13 000 $ par année. C’est très peu pour subir le mépris des gens envers nous, a-t-elle souligné. Vous représenter est noble, gratifiant, et stimulant pour nous. Nous le faisons avec cœur. Derrière des décisions prises, qui parfois ne plaisent pas, il y a des humains qui font le meilleur dans la situation donnée. Je vous demande donc un peu de respect, svp. Surtout si vous souhaitez avoir des élus de qualité lors de l’élection de 2021.»