Gabriel Charest est entouré de sa famille: son père Martin Charest, son frère Xavier Charest et sa mère Karine Thibault
Gabriel Charest est entouré de sa famille: son père Martin Charest, son frère Xavier Charest et sa mère Karine Thibault

«Il a le droit d’avoir sa place»

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA TUQUE — Depuis sa naissance, les combats de Gabriel et de sa famille se multiplient. Ils ont dû se battre, entre autres, pour de meilleurs soins de santé, pour augmenter l’aide à l’école, et voilà qu’un autre combat se dessine à l’aube des 18 ans du jeune homme. Gabriel est atteint d’une maladie dégénérative, l’amyotrophie spinale de type 2. Pour avoir de l’aide financière, ses parents, propriétaires d’une entreprise familiale, devront arrêter de permettre à Gabriel d’effectuer des tâches et le garder à la maison parce que tout porte à croire que sa situation «ne cadre pas dans les programmes». Une fois de plus, ils sortent les armes pour une bataille où l’enjeu est monétaire.

Depuis longtemps Gabriel se rend au garage de mécanique générale, l’entreprise familiale, avec sa mère ou son père. Il y va dans un but principal de socialisation, mais effectue aussi quelques tâches «dans la mesure de ses capacités», sans prendre la place d’un employé.

S’il continue selon les indications reçues par ses parents, il se pourrait qu’il ne puisse pas toucher d’argent de l’aide sociale. La famille fait face à un dilemme: soit il continue de se rendre au garage bénévolement, soit il reste à la maison pour avoir de l’argent.

«Notre but c’est de l’intégrer au marché dans les limites de ses capacités. Qu’il se sente utile à la société et à la limite à l’entreprise familiale. Il me semble que c’est valorisant autant pour lui que pour nous», a lancé sa mère Karine Thibault.

«C’est un handicap physique, qui touche les muscles, c’est une maladie neuromusculaire. Mentalement, il est tout là. […] Ce qu’il peut faire au bureau, on s’entend, c’est répondre au téléphone et prendre des rendez-vous», a tenu à spécifier celle qui consacre une grande partie de son temps à prendre soin de ses garçons.

C’est là le cœur du problème, selon les premières indications reçues par Karine Thibault. On lui suggère «qu’il serait préférable de laisser Gabriel à la maison» pour avoir droit à de l’argent.

Gabriel Charest est entouré de sa famille, son père Martin Charest, sa mère Karine Thibault et son frère Xavier Charest.

«À 18 ans, c’est fini les allocations familiales. On se voit mal être capable de subvenir aux besoins de la famille avec un seul salaire. Il a le droit d’avoir sa place dans la société. Le message qu’on m’envoie actuellement, c’est qu’il ne l’a pas», dénonce-t-elle.


« Est-ce qu’on veut vraiment les intégrer ou les placer dans des cases pour ne pas qu’ils dérangent? »
Karine Thibault

Dans ses démarches au Centre local d’emploi, on lui aurait indiqué que selon son diagnostic et ses incapacités physiques, Gabriel «était considéré trop lourdement handicapé» pour avoir droit aux subventions d’intégration au travail.

«L’autre possibilité, c’était de l’aide sociale pour incapacité de travail sauf que là, on nous dit que cela suggère qu’il ne peut pas aller au garage carrément. Pas de téléphone, pas de rendez-vous, car pour eux, un inspecteur pourrait considérer cela comme un travail qui doit être rémunéré. Dans un OSBL par contre, il aurait le droit de faire du bénévolat comme il veut, mais pour une compagnie privée c’est non», déplore-t-elle.

«Il n’a pas droit aux subventions d’intégration au travail, mais à l’aide sociale pour incapacité, oui, s’il reste entre quatre murs à la maison, c’est ça qu’ils me disent. C’est un non-sens. […] C’est noir ou c’est blanc. Il n’y a pas de milieu. C’est frustrant comme parent, mais ça l’est aussi pour Gabriel», ajoute-t-elle.

Karine Thibault s’interroge sur les «bonnes intentions d’intégration vantée par la société».

«Ça se dit bien ça on veut intégrer tout le monde. Est-ce qu’on veut vraiment les intégrer ou les placer dans des cases pour ne pas qu’ils dérangent ? Ils ont le droit à leur petite vie et leurs petits bonheurs. Ils ont le droit de sentir qu’ils ont leur place. C’est tellement pas simple avoir une place dans notre société et encore moins dans leur situation», insiste-t-elle.

Pour Gabriel, le garage est une place sécurisante qui lui permet de s’accomplir en tant qu’individu, mais aussi dans sa famille.

«Ça fait du bien de parler avec les gens. J’aide mon père en même temps. Ça amène une complicité père fils aussi. Tout ça, c’est dommage. Il faut se battre... Encore une autre bataille. C’est décourageant et frustrant», lance le jeune homme qui célébrera bientôt ses 18 ans.

Au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, on ne veut pas commenter le dossier de Gabriel précisément.

Par ailleurs, on soutient que peu importe la situation, les dossiers font l’objet d’une évaluation «cas par cas». On a quand même tenu à mentionner certaines règles générales.

«Concernant l’aide financière de dernier recours, tout citoyen peut déposer une demande et faire évaluer sa situation et son admissibilité. Le processus, les critères d’admissibilité… ce sont les mêmes pour tous les citoyens, mais tout est évalué au cas par cas», a fait savoir Vincent Breton, porte-parole du ministère.

En règle générale, pour une personne seule qui est prestataire du programme d’aide sociale, il y a des exemptions de 200$ applicables pour un revenu de travail. Pour quelqu’un au programme de solidarité sociale, c’est-à-dire qui a des contraintes sévères à l’emploi, c’est un montant de 100$.

Pour ce qui est des programmes d’aide à l’emploi, le concept est similaire. On reçoit les demandes et on évalue chaque dossier individuellement. Il existe d’ailleurs plusieurs programmes qui s’adressent aux personnes handicapées.

«C’est le personnel au Centre local d’emploi qui offre du soutien à ces personnes-là. Il y a un encadrement qui est fait auprès de ces personnes-là», a mentionné M. Breton.