Madeleine Bourke-Rainville a complété son témoignage mardi.

Hydravions: les irritants demeurent malgré les restrictions

Shawinigan — Les restrictions imposées par Transports Canada sur les vols d’hydravions touristiques au lac à la Tortue en 2009 ont sans doute amélioré l’environnement sonore des résidents à certaines périodes, mais sur l’ensemble de l’année, ces activités demeurent encore trop nombreuses pour vraiment rehausser leur qualité de vie.

La deuxième journée du procès du recours collectif intenté par la Coalition contre le bruit a été entièrement consacrée à des témoignages de résidents assignés par la partie demanderesse, qui ont relayé essentiellement le même message. Bien sûr, en concentrant les vols touristiques entre 9 h et 12 h, puis entre 14 h et 17 h, les riverains ont observé une amélioration. Mais selon eux, il existe encore une marge entre ce qui est vécu depuis 2009 et ce qui leur apparaîtrait tolérable.

Madeleine Bourke-Rainville, propriétaire depuis 2001, a poursuivi son témoignage interrompu lundi. Très militante pour contrer la hausse des vols touristiques depuis qu’elle s’est installée au lac à la Tortue, la dame a repris des exemples pour expliquer à quel point le système de traitement des plaintes était lourd et complexe à Transports Canada.

Équipée d’un carnet de notes, d’un appareil photo et de jumelles, Mme Bourke-Rainville s’est mise à surveiller étroitement Bel-Air Laurentien aviation et Aviation Mauricie pour s’assurer que les deux entreprises respectaient les restrictions. En plus du cadre horaire à suivre, elles ne peuvent offrir de vols touristiques la fin de semaine et les jours fériés en juin, juillet et août. Autre mesure d’atténuation un peu moins connue et peu respectée selon les témoins: la demande aux pilotes d’appliquer la puissance progressivement au décollage.

Pour se préparer au procès, Mme Bourke-Rainville a filmé avec un iPad des départs d’hydravions au lac à la Tortue en septembre dernier. Selon elle, la vidéo ne reproduit pas nécessairement le vacarme, mais il donne une idée de la fréquence des mouvements à certaines périodes.

«Nous sommes fatigués d’être les gendarmes de ce processus», témoigne-t-elle. «Des gendarmes pas de pouvoir.»

Richard Vennes et Aline Cossette, un couple qui s’est impliqué avec la Coalition contre le bruit, ont aussi témoigné au cours de la journée. Pour eux également, il ne fait aucun doute que la situation actuelle peut être améliorée.

M. Vennes reconnaît avoir vécu des moments plus pénibles entre 2009 et 2013, lorsque Bel-Air Laurentien aviation et Aviation Mauricie s’arrachaient les touristes de chaque côté du lac.

«C’était un cirque», image-t-il. «Une compétition féroce pour ramasser des touristes. L’activité était très intense et chaotique. Les hydravions arrivaient de partout.»

M. Vennes fait remarquer que cette activité joue sur son humeur parce que les vols d’hydravions touristiques deviennent particulièrement populaires lors des belles journées d’été et d’automne, ce qui incite plusieurs riverains à s’emmurer plutôt qu’à profiter du soleil.

«C’est toujours quand il fait beau qu’on se fait agresser par les vols touristiques», déplore-t-il. «Ça agit sur notre humeur, notre tolérance et notre capacité de concentration.»

Quant à sa conjointe, elle a répété à maintes reprises que lorsqu’un hydravion passe devant sa maison, elle doit endurer les 85 décibels qui l’accompagnent. La dame confessait être un peu confuse sur les dates, mais sur le fond, les inconvénients subis ressemblaient aux témoignages entendus jusqu’ici.

Mme Cossette s’est même demandée si elle avait été prise en grippe par des pilotes en raison de ses plaintes à Aviation Mauricie. Quand elle se promenait en pédalo sur le lac, elle affirme s’être «fait frôler les oreilles» à quelques reprises par des hydravions.

Suivi
Après seulement deux jours de procès, Transports Canada se retrouve déjà au centre de plusieurs témoignages en raison de son incapacité à faire respecter les restrictions mises en place en 2009. Autant les plaintes infructueuses que les ouï-dire alimentent cette perception.

La représentante du Procureur général du Canada, Me Michelle Kellam, s’est particulièrement intéressée aux frustrations vécues par Mme Bourke-Rainville.

Ainsi, elle l’a confrontée à des courriels qui lui ont été transmis à la suite de plaintes formulées. Dans certains cas, Mme Bourke-Rainville affirme ne les avoir jamais reçus. Me Kellam démontrait pourtant que le fonctionnaire avait fait le suivi pour mentionner que les plaintes étaient transférées aux personnes compétentes.

«Ce n’est pas tant qu’il n’y a pas de suivi; c’est surtout qu’il n’y a pas de conséquence», nuance Mme Bourke-Rainville. «Les gens de Transports Canada sont polis, patients, à l’écoute, mais ils disent aussi qu’ils ont peu de moyens. Il n’y a jamais d’inspecteur régulier en place, jamais de contravention. Ils nous écoutent, mais ils nous disent qu’ils ne peuvent pas inspecter parce qu’ils n’ont pas de budget.»

«C’est votre compréhension», a simplement répliqué Me Kellam.