Des néphrologues, le président-directeur général et plusieurs employés du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec ont rencontré une cinquantaine de personnes, des patients et leurs proches, dimanche, à Shawinigan.

Hémodialyse à Shawinigan: pas avant 5 à 7 ans

Shawinigan — Si Shawinigan doit avoir un service d’hémodialyse, ce ne sera pas avant cinq à sept ans, a tranché le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). Une cinquantaine de patients et leurs proches l’ont appris à leur grand dam, dimanche après-midi, lors d’une rencontre organisée au centre administratif du CIUSSS à Shawinigan.

Avant qu’un service d’hémodialyse puisse voir le jour, deux conditions doivent être réunies, explique le CIUSSS. D’abord, il faut qu’il y ait l’espace à l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie, ce qui ne sera pas le cas avant que l’urgence de l’hôpital soit agrandie, ce qui prendra au moins de cinq à sept ans. Pour le Dr Jean-François Arcand, chef du service de néphrologie du CIUSSS, il n’est d’ailleurs pas question d’ouvrir une clinique d’hémodialyse ailleurs qu’à l’hôpital, pour des raisons de sécurité.

«À Trois-Rivières, c’est sécuritaire parce qu’il y a un accès à des médecins et à du personnel infirmier formé en cas de complications. Je ne suis pas à l’aise de faire ça (offrir un service d’hémodialyse) à côté d’un Walmart», soutient-il.

Or, on est encore à quatre ou cinq ans de démarrer les travaux d’agrandissement de l’hôpital et il faudra en compter deux autres avant que la construction soit terminée, si tout se passe bien, prévoit le CIUSSS.

Le recrutement est le second gros grain de sable dans l’engrenage du projet. Selon le Dr Arcand, très peu de néphrologues sont formés chaque année et ils ont généralement trouvé un endroit où aller travailler avant même que leurs études ne soient terminées. L’équipe de néphrologues du CIUSSS tombera d’ailleurs bientôt à effectifs réduits, puisque l’un de ses huit médecins partira bientôt. Les infirmières sont également difficiles à recruter, étant donné les problèmes de pénurie de personnel que connaît le CIUSSS.

«Si vous regardez l’actualité, vous le voyez: il y a des problèmes de disponibilité partout», souligne le Dr Arcand.

L’acquisition d’équipement spécialisé et son installation sont également une difficulté à laquelle dit être confronté le CIUSSS.

Préconiser la dialyse à domicile

S’il dit que le projet de service d’hémodialyse en centre hospitalier n’est pas écarté, le CIUSSS MCQ préfère manifestement l’hémodialyse à domicile.

«Dans notre projet (d’agrandissement), on a les mètres carrés requis pour le faire, explique Carol Fillion, président-directeur général du CIUSSS. Maintenant, on est à démontrer la pertinence de ce projet-là. Après ça, ce qu’on souhaite, c’est que pour n’importe quel problème de santé physique, on ait le moins de compromis de qualité de vie à faire. Alors c’est sûr que les néphrologues travaillent toujours à améliorer l’offre de service. Ce qu’on souhaite, c’est que dans 5 ou 10 ans, chacun puisse faire ça chez lui, dans le confort de son foyer, entouré de ses proches, et vaquer à ses activités quotidiennement.»

Le Dr Arcand rappelle par ailleurs que l’augmentation du nombre de patients traités à domicile pour l’insuffisance rénale fait partie des orientations du ministère de la Santé et des Services sociaux adoptées en 2015. Le ministère souhaitait qu’en 2019, 25 % des nouveaux patients soient traités à domicile et que ce pourcentage augmente à 40 % d’ici 2025. Or, la Mauricie et le Centre-du-Québec tardent à emboîter le pas aux autres régions.

Déception

Les citoyens présents à la rencontre organisée par le CIUSSS et à laquelle participait également la députée de Laviolette-Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, ne se sont pas gênés pour faire entendre leur mécontentement. Si quelques-uns ont voulu en savoir davantage sur l’hémodialyse à domicile, un grand nombre a eu du mal à digérer la nouvelle.

«Je suis déçu, je pensais vraiment qu’ils nous avaient convoqués pour nous dire que ça allait se faire», se désole Jacques Loranger.

Avoir un tel service à Shawinigan éviterait aux patients de devoir voyager plusieurs fois par semaine à Trois-Rivières, ce qui représente des coûts et des désagréments pour eux. Et pour plusieurs, de recevoir ce traitement à domicile n’est pas une option.

«Je ne peux pas la faire moi-même à la maison, je suis aveugle», peste Marcel Bourque.

Des employés du CIUSSS indiquent toutefois être en train d’améliorer l’accompagnement des patients dans ces soins à domicile. Ceux-ci reçoivent une formation exhaustive avant de commencer leurs traitements et des infirmières du CLSC seront formées pour les aider en cas de problème, à distance ou directement chez eux.