Jean-François Arcand, chef du service de néphrologie au CIUSSS MCQ, avec le type d’appareil utilisé pour l’hémodialyse à domicile.

Hémodialyse à domicile: beaucoup de rattrapage à faire

Shawinigan — Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec doit réaliser un important travail de sensibilisation pour rencontrer les objectifs ministériels d’hémodialyse à domicile. Au 31 mars dernier, la région se classait au 15e rang sur les 22 établissements de la province.

Au début mai, à Shawinigan, une cinquantaine de personnes s’étaient déplacées à une rencontre d’information sur ce sujet. Des patients s’attendaient à entendre une bonne nouvelle sur la création d’un département d’hémodialyse à l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie dans un avenir rapproché. Ils ont appris qu’il fallait plutôt compter au moins cinq ans, au moment où les travaux d’agrandissement seront réalisés, avant de voir apparaître ce nouveau service... s’il s’agit bien de la volonté du CIUSSS à ce moment.

En attendant, les Shawiniganais qui doivent suivre ce traitement se rendent en grande majorité au Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières trois fois par semaine, à raison de quatre heures pour chaque séance.

Or, le ministère de la Santé et des Services sociaux avait établi comme objectif qu’en 2019, 25 % des nouveaux patients soient traités à domicile. La région a complètement manqué le bateau, puisque cette proportion ne s’établissait qu’à 13 % au terme de la dernière année financière se terminant le 31 mars, précise Karine Lampron, directrice adjointe des services de soins ambulatoires de santé primaire et gestion des maladies chroniques au CIUSSS MCQ.

En fait, ce taux correspond aux nouveaux patients pour qui l’hémodialyse à domicile représentait le premier choix au cours de la dernière année.

«Mais si j’ajoute les cas où des traitements ont dû être donnés à l’hôpital et qui ont pu ensuite avoir leur traitement à domicile, ce pourcentage monte à 21 %», souligne Mme Lampron. Dans un cas comme dans l’autre, la région se retrouve sous la moyenne provinciale, qui s’établit actuellement à 23 %, donc légèrement sous l’objectif ministériel.

Québec souhaite également atteindre une proportion de 40 % des nouveaux patients traités à domicile en 2025. «Nous avons encore du travail à faire pour monter à ce pourcentage», convient Mme Lampron.

Sur le territoire du CIUSSS MCQ, le centre de traitement principal est situé au CHAUR de Trois-Rivières, mais des unités satellites existent à La Tuque, Victoriaville et Drummondville. Huit néphrologues supervisent ce vaste territoire.

Insécurité

À première vue, l’hémodialyse à domicile, un traitement semblable à ce que les patients vivent à l’hôpital, ou la dialyse péritonéale à domicile, une technique moins lourde mais qui requiert plus d’autonomie, procurent un avantage majeur, celui d’éviter de fréquents déplacements au centre hospitalier et ainsi, profiter d’une meilleure qualité de vie. Tous les frais d’équipements et d’installation sont évidemment assumés par le CIUSSS.

Par contre, une forte proportion de patients préfèrent vivre ces traitements de suppléance rénale dans un environnement médical sécuritaire. Pour rencontrer l’objectif gouvernemental, le CIUSSS MCQ devra les convaincre qu’ils peuvent être traités tout aussi efficacement dans le confort de leur foyer, à la suite d’une formation de 5 à 12 semaines, selon qu’il s’agisse de dialyse péritonéale ou d’hémodialyse à domicile, avec l’assurance que du personnel infirmier ou même un proche aidant peut les assister en cas de besoin.

Jean-François Arcand, chef du service de néphrologie au CIUSSS MCQ, considère que la peur de l’inconnu constitue le principal obstacle à surmonter pour atteindre les objectifs ministériels.

«Nous, on propose le choix des soins à domicile parce qu’on y croit», assure-t-il. «On voit que le plus gros problème, c’est l’insécurité. Dans la vie de tous les jours, il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent voir un médecin trois fois par semaine, avec une infirmière. Si on pensait que le traitement à domicile n’était pas sécuritaire, on ne l’offrirait pas! Mais des gens pensent qu’ils ne seront jamais capables de se faire un traitement.»

«Avant 2015, on disait que pour qu’un patient se fasse la dialyse à domicile, on recommandait qu’il soit autonome à 100 %», reconnaît Mme Lampron. «C’était un facteur qui faisait en sorte que plusieurs personnes ne voulaient pas embarquer là-dedans. Avec les nouvelles orientations, les gens peuvent avoir du support pour réaliser leur traitement.»

La pose d’un cathéter ou d’une fistule faisait aussi réfléchir les patients. «Nous avons maintenant des techniques pour faciliter cette installation en dehors du bloc opératoire», explique Mme Lampron. «On parle davantage d’intervention que de chirurgie. La technologie est de plus en plus avancée, de sorte que ce sera de plus en plus facile et rapide à installer.»