Alain Georges, président fondateur de la Coopérative de solidarité du Huitième Feu.

Quand la communauté se prend en main

Un groupe de citoyens de Clova en Haute-Mauricie a décidé de se retrousser les manches et de mettre en place la coopérative de solidarité du Huitième Feu afin de faire progresser le village. Dès septembre, ils seront propriétaires de la gare de Clova, qu'ils occupent déjà pour gérer une multitude de projets.
«On voulait vraiment une coopérative pour que tout le village en profite, a lancé d'entrée de jeu le président fondateur, Alain Georges. On essaie d'explorer la forêt d'une autre façon, c'est pour ça qu'on appelle ça la coopérative de solidarité du Huitième Feu. C'est une nouvelle relation avec la nature».
La cueillette et l'étude des champignons se retrouvent au milieu de tous les projets. D'ailleurs, trois universités se sont greffées au projet afin de se servir de la forêt de Clova comme laboratoire.
«On veut montrer qu'on peut exploiter la forêt, mais de façon responsable. On ne fait pas de coupe à blanc, il y a des arbres qu'on garde parce que c'est bon pour les champignons, mais il faut savoir lesquels, c'est ça qu'on fait.»
Les variétés de champignons sont nombreuses. On retrouve notamment le champignon homard qui se nomme ainsi parce qu'il est rouge-orange et qu'à l'intérieur il est blanc. «C'est un champignon exclusif à l'Amérique du Nord, on ne le retrouve pas ailleurs», souligne Renaud Longrée, enseignant en foresterie et sylviculteur de métier.
Il y a également le matsutake, une multitude de bolets, des chanterelles en tube et des chanterelles communes. Le type de forêt que l'on retrouve à Clova est très intéressant pour la cueillette de champignons, selon M. Longrée.
«Le matsutake, entre autres, ne fructifie que dans les forêts âgées. Elles sont de plus en plus rares ces forêts-là et on est obligé de se déplacer de plus en plus loin pour de plus en plus petites superficies. Ici, on a un bel équilibre entre une forêt d'une trentaine d'années au sud et une forêt entre 70 et 90 années au nord. C'est la manne des champignons», affirme-t-il.
Même si l'on sait que le potentiel est énorme, les gens impliqués restent réalistes quant au défi qui les attend.
«Je pense que ça a un très gros potentiel, mais on rencontre beaucoup de difficultés qui nous sont bien spécifiques ici au Québec. La distance, la masse critique de cueilleurs et la mise en marché dans une société microbiophobe, c'est tout un défi, sans oublier le prix des champignons qui viennent de l'étranger», confirme M. Longrée.
«On a besoin de se structurer pour arriver à développer pleinement le marché. On a du pain sur la planche, mais il y a un énorme potentiel», a-t-il ajouté.
Le bâtiment de la gare sert également de lieu d'enseignement; une quinzaine d'étudiants, dont la plupart étaient des décrocheurs, ont foulé la classe pour des cours en sylviculture.
«Il y a eu toute la partie théorique et sécurité. Maintenant ils entrent dans la partie pratique. Il y a une session en débroussaillage, en abattage et en replantage. Ensuite, ils vont avoir leur diplôme qui est reconnu par le Ministère», note Alain Georges.
Les services de la gare seront également maintenus par la coopérative. Un service primordial selon le président fondateur. «On a conservé les mêmes services et c'est primordial que cette gare-là reste vivante. Tous nos médicaments et notre nourriture arrivent par le train. La journée où il n'y aura plus de train, on ne sait pas ce qui va arriver avec la population, pas juste la gare. C'est un service vital.»
Stagiaire outre-mer
La coopérative a également pu compter sur l'aide d'une jeune stagiaire française. Arrivée à Clova depuis quelque temps déjà, la jeune femme est extrêmement satisfaite de son expérience.
«Il y a un contraste énorme entre la vie ici et la France. [...] On a l'impression de ne pas être capable de grandes choses pendant nos études, et ici j'ai pu faire face à des projets concrets dans lesquels j'ai pu m'investir et voir les choses évoluer avec le temps. J'ai plongé dans l'expérience des champignons», a témoigné Adélaïde Merten.
L'étudiante en géographie, aménagement du territoire et environnement compte même revenir à Clova pour creuser davantage ses études de terrains. «J'ai été piquée par la vie à Clova en août dernier et maintenant je suis en train d'organiser mon avenir ici», a-t-elle conclu.