Le grand chef du CNA, Constant Awashish, pense que l’éducation et la sensibilisation font partie de la solution pour éviter la discrimination.

«On va travailler encore plus fort»

La Tuque — La situation de discrimination en matière de logement, dénoncée par Johnny Iseroff dans Le Nouvelliste en début de semaine, a fait réagir. Le grand chef du Conseil de la nation Atikamekw (CNA), Constant Awashish, estime qu’il s’agit d’un exemple désolant parmi tant d’autres qui prouve qu’il y a encore du chemin à faire. Il estime qu’une bonne partie de la solution passe par l’éducation et la sensibilisation.

«On travaille tellement fort, c’est frustrant d’entendre ce genre de situation, mais on se dit qu’on va travailler encore plus fort. La bataille n’est pas finie. Dans l’immédiat, c’est pour les victimes que c’est désolant et triste», a lancé Constant Awashish.

Le grand chef du CNA était déjà au courant de la situation de Johnny Iseroff et sa famille. Comme plusieurs, il avait vu le message de sensibilisation circuler sur les réseaux sociaux et il avait été en mesure de discuter avec le principal intéressé.

Rappelons que Johnny Iseroff estime avoir été victime de discrimination de la part d’un propriétaire alors qu’il tentait de louer une maison à La Tuque. L’homme originaire de la communauté atikamekw d’Opitciwan a dénoncé publiquement la situation pour tenter de faire réfléchir la population et ultimement aider les prochaines générations qui auront à se loger en ville.

Le Centre d’amitié autochtone de La Tuque a d’ailleurs confirmé qu’il ne s’agissait pas d’un cas isolé. La directrice générale, Christine Jean, a souligné dans nos pages que c’était une situation vécue presque quotidiennement par les autochtones dans la recherche d’un logement.

«Sur le coup, j’étais fâché. Il y a plein de sentiments qui te passent par la tête quand une situation comme celle-là se produit. Il y a de la frustration, un peu de désarroi, presque du découragement. Je dis presque parce que je refuse de me décourager. Il y a encore un long chemin à faire», affirme Constant Awashih.

Ce dernier insiste sur les efforts des dernières années faits par les premières nations, notamment les Atikamekws, pour tisser des liens et pour aider les autochtones à s’intégrer en milieu urbain.

«On essaie d’éliminer ces préjugés-là et ces mauvaises pensées envers les premières nations. On connaît tous quelqu’un à qui c’est arrivé, même si ça ne m’est pas arrivé personnellement. […] C’est sournois. Maintenant, comment on peut faire pour combattre ça? Il n’y a pas de solutions miracles sauf l’éducation, faire tomber l’ignorance, sensibiliser les gens…»

Malgré tout, le grand chef soutient que la situation a évolué dans les dernières années même si c’est encore «loin d’être idéal».

«Quand on regarde de façon globale depuis 20 ou 30 ans, il y a une petite amélioration, mais le problème est encore trop présent», affirme Constant Awashish.

«Il y en a des gens qui brisent des affaires, qui sont alcooliques… On parle seulement de l’individu. Quand c’est un autochtone, ce sont tous les autochtones qu’on catégorise», dénonce-t-il.

Pour le grand chef, la solution passe par la communication, la sensibilisation et l’éducation.

«Au niveau politique, mon rôle à moi c’est d’en parler. On est humain comme tout le monde, mais on a eu des épreuves différentes. Il y a beaucoup d’efforts qui sont faits pour la sensibilisation et il ne faut pas arrêter, je pense que c’est ça le message.»

«Johnny a fait preuve de beaucoup de courage en dénonçant ça. L’abcès est crevé. Les gens vont pouvoir prendre connaissance de cette situation-là. Maintenant, c’est aux gens à adopter d’autres comportements, d’être empathiques et d’être plus compréhensifs vis-à-vis les premières nations.»

Constant Awashish insiste aussi le fait qu’il y a beaucoup de jeunes dans les communautés autochtones qui vont représenter une solution pour le manque de main-d’œuvre. «Ils vont être disponibles à l’emploi, mais s’ils n’ont pas de places à rester ça va aller mal pour combler ces emplois-là qui sont disponibles. Tout passe par l’éducation. Il faut que les autochtones soient acceptés et on doit travailler ensemble», a-t-il lancé.

D’ailleurs, le CNA travaille à développer un projet en milieu urbain pour l’immobilier. C’est dans les plans à long terme. Présentement, le CNA analyse toutes les avenues possibles. «Il va y avoir du développement. Ça va venir en temps et lieu», a conclu Constant Awashish.