Claude Dupuis, président de la Fédération québécoise des coopératives forestières et directeur général de la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice manifeste de l'inquiétude pour la prochaine saison.

Les entrepreneurs forestiers lancent un cri du coeur

Les inquiétudes vis-à-vis la prochaine saison persistent chez les entrepreneurs forestiers. C'est un cri du coeur qui a été lancé, lundi, par l'Association québécoise des entrepreneurs en travaux d'aménagement forestier (AQETAF) et la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF), qui s'inquiètent sérieusement pour la viabilité de la saison d'opérations forestières qui doit débuter le 1er avril.
«On a expliqué que, depuis longtemps, ce n'est pas facile pour les entrepreneurs forestiers avec la crise du secteur, et que la mise en oeuvre du nouveau régime a un peu amplifié les problèmes», a affirmé d'entrée de jeu Jocelyn Lessard, directeur général de la FQCF.
Pour la AQETAF et la FQCF, les conditions suffisantes pour que les entrepreneurs continuent de faire leur travail ne sont pas réunies. Malgré ce constat, deux dossiers précis donnent de l'espoir aux deux associations qui ont leur voix. Ces deux dossiers sont liés aux résultats du Rendez-vous national de la forêt québécoise tenue à Saint-Félicien en novembre 2013.
Le premier concerne la mise en place attendue du programme ESSOR pour permettre aux entrepreneurs d'obtenir un meilleur accès à du financement afin qu'ils puissent renouveler leurs équipements.
«Il y a eu plusieurs annonces et propositions concrètes. Il y a des choses qui sont en train de se concrétiser. Maintenant, nous souhaitons que cela ait des effets rapidement», lance M. Lessard.
L'autre dossier concerne le dépôt, à la fin de février, du rapport préliminaire de Paule Têtu, présidente du Chantier sur les impacts de la mise en oeuvre du régime forestier.
«Le mandat de ce chantier a été parfaitement ciblé. Ce sont les sujets qui nous préoccupent; le processus de mise en marché, le processus de planification, l'impact sur la main-d'oeuvre [...] On espère que Mme Têtu a vu les mêmes problèmes que nous et qu'elle va avoir des recommandations pour améliorer la situation», mentionne Jocelyn Lessard.
«On lève le drapeau parce qu'on ne veut pas qu'on oublie les entrepreneurs dans toutes les discussions», a ajouté Claude Dupuis, président de la FQCF et directeur général de la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice (CFHSM)
Les deux associations estiment que le problème tire son origine du processus d'élaboration du nouveau régime forestier. Depuis le 1er avril 2013, la valeur du bois d'oeuvre a connu une légère amélioration. Cependant, cette hausse a été insuffisante pour compenser l'augmentation importante des coûts d'exploitation.
Selon la AQETAF et la FQCF, certains ont déserté le secteur, parfois en faisant faillite ou en changeant carrément de métier. Ceux qui restent sont des survivants qui voient fondre leur équité laborieusement accumulée. Ils rencontrent aussi de grandes difficultés à financer le remplacement de leurs équipements. Ces entrepreneurs sont pourtant très précieux dans la chaîne de valeur des produits forestiers.
Dans une région forestière comme la Haute-Mauricie, la situation ne fait pas exception. «Chacune des régions a ses particularités, mais nos entrepreneurs ont des difficultés financières dans plusieurs cas. Ça fait longtemps que la crise forestière persiste. On voyait un peu la lumière au bout du tunnel avec le nouveau régime, mais on sent que présentement ça amplifie» a précisé Claude Dupuis.
«Il y a des gens qui nous disent qu'ils vont être obligés de fermer les livres s'il ne se passe rien», ajoute-t-il.
Le directeur général de la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice ne veut pas être alarmiste. Il souligne qu'il y a des choses d'enclenchées, que des comités de travail en place, mais il estime que s'il n'y a rien qui se passe à très court terme, que la saison sera être difficile pour les entrepreneurs forestiers.
«Indirectement, ce sont les usines qui vont avoir de la difficulté. Si ça ne va pas bienau bout de la chaîne, c'est toute la chaîne qui est affectée», a-t-il conclu.