Alain Garceau, propriétaire de la boutique Le Pionnier, offre des vêtements pour enfants depuis 23 ans.

Le nouveau maire de La Tuque critiqué

La Tuque — Le nouveau maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, a récemment tenu des propos sur l’offre de vêtements pour enfants à La Tuque, le service d’aiguisage de patin et les heures d’ouverture des commerçants.

Ces propos ont suscité de vives réactions chez de nombreux entrepreneurs et à la Chambre de commerce et d’industrie du Haut Saint-Maurice (CCIHSM). Le maire lui, persiste et signe.

«C’est un manque flagrant de connaissance de son milieu. […] C’est frustrant, on se bat contre un client qui est dur à garder. Il faut qu’on donne tellement de service pour réussir à garder nos clients, je ne peux pas croire que le maire, qui vient d’être élu, fait table rase comme ça sans aucune conscience de son milieu. On se donne corps et âme. On s’investit… C’est inacceptable», a lancé d’entrée de jeu Alain Garceau, propriétaire de la boutique Le Pionnier qui offre des vêtements pour enfants depuis 23 ans.

«La vraie question c’est, monsieur le maire, êtes-vous déjà venu dans nos commerces ?», a-t-il ajouté.

Dans une entrevue accordée à l’Écho de La Tuque, Pierre-David Tremblay affirmait qu’«il n’y a aucun commerce pour habiller les jeunes enfants et personne ne peut aiguiser une paire de patins» à La Tuque. 

«C’est une aberration, c’est le premier mot qui me vient en tête qu’une personne élue ne soit pas au courant de ça», a dénoncé Luc Lortie, propriétaire de La Boutique.

«Les dernières années ont quand même été difficiles sur le plan économique. Je ne pense pas qu’on peut se permettre d’avoir un magistrat qui fait de la désinformation sur le dos des commerçants. Économiquement parlant, on n’a pas besoin de ça», a lancé Patrice Sanvido, vice-président de la CCIHSM.

Beaucoup de frustration s’est fait sentir dans le milieu, mais également de l’incompréhension. 

«Je pense qu’il serait gagnant à faire le tour des commerces de la Ville. Pour la grandeur de la population, on a beaucoup de diversité dans nos commerces. On essaie tous de travailler en collaboration pour assurer un service de A à Z pour justement éviter que les gens aillent à l’extérieur», a lancé Véronique Lachance des Aubaines G. Roy qui offre des vêtements pour enfants depuis 40 ans.

Chez Jada Bijoux, la propriétaire Jade Duchesneau a été stupéfaite de lire les propos du maire Tremblay. Elle a commenté sur la page Facebook de son entreprise «Habiller les femmes et les enfants, leurs offrir de beaux accessoires originaux, c’est mon travail. C’est ce que j’offre. Dommage …»

«Nous investissons dans nos commerces, nous travaillons fort à faire connaître nos entreprises à La Tuque, mais aussi au-delà; bon service, produits de qualités, publicités. Il faut toutefois que les gens entrent pour le constater et puissent en parler à leur tour. C’est collectivement qu’on favorise le rayonnement de nos boutiques et ainsi qu’on fait une rétention saine de notre argent», a-t-elle indiqué au Nouvelliste.

Chez Rouge Marine, on s’est servi de la sortie publique du maire pour l’inviter officiellement à aller visiter le commerce qui est dédié à environ 50% aux enfants.

«C’était important de lever la main. La démarche n’est pas négative, c’est une invitation sympathique que je voulais lui faire […] On ne pouvait quand même pas endosser ces propos», a affirmé la propriétaire Gloria Giguère.

La CCIHSM a été interpellée par ses membres à la suite des propos du maire. La Chambre de commerce a aussi tenu à réagir publiquement pour donner l’information juste, mais elle prend également note du travail d’information à faire.

«J’ai scruté ma liste de membres et j’ai rapidement trouvé des commerçants pour aiguiser les patins et les vêtements pour enfants […] On a tout ce qui est en nos moyens à La Tuque, il faut au moins se donner la peine de sortir pour le découvrir», a commenté la directrice générale de la CCIHSM, Karine Rochette. 

«Avant de taper sur nos membres, il faut prendre connaissance du milieu. On est toujours disponible pour fournir de l’information sur le milieu économique. Je pense qu’on est bien positionné pour ça et on est ouvert à travailler en collaboration avec les autres instances. Le maire sera à notre tribune bientôt, il va pouvoir échanger avec les membres à ce sujet et nous faire part de ses suggestions», a ajouté Mélanie Ricard, présidente de la CCIHSM.

Le maire réagit

Pierre-David Tremblay a réagi. Il persiste et signe. Il ne regrette pas un seul mot de ce qu’il a dit et il assume sa pensée.

«Si quelqu’un veut récupérer mes paroles pour dire qu’il habille des enfants tant mieux», a-t-il lancé.

Le maire de La Tuque insiste sur le fait qu’il «n’a pas inventé ça», il a toutefois tenu à faire une précision. 

«C’est entre 8 et 14 ans. Plusieurs personnes m’ont dit qu’il n’y avait pas de choix, qu’il fallait aller à l’extérieur. C’est normal que ça chiale. Ils ne sont pas habitués de se faire dire qu’on n’a pas les services ou qu’on manque de service. Il y a du blocage. […] Si les gens se plaignent qu’ils ne peuvent pas habiller les jeunes entre 8 et 14 ans, que quelqu’un prenne le créneau. Je me le suis fait dire par plusieurs familles qui ont des enfants. Je n’ai pas inventé ça. C’est un manque et j’utilise des exemples. Je vais continuer de le faire et de dénoncer ce qui ne fonctionne pas», a affirmé Pierre-David Tremblay.

«Il y a du monde qui ne veut pas entendre la vérité. L’idée ce n’est pas de partir en guerre contre des gens. Qu’ils arrêtent de s’asseoir sur leur confort et qu’ils voient plus grand.»

Quant à l’invitation à se rendre dans les boutiques de vêtements pour enfants, M. Tremblay affirme que ça va lui faire plaisir, mais «que ce n’est pas à lui à y aller parce qu’il n’a pas d’enfant à habiller entre 8 et 14 ans».

«Même si je vais constater ça, c’est à eux à faire connaître ce à quoi la population dit ne pas avoir de service», a-t-il conclu.