Simon Parent a mis en place un véritable projet multifonctionnel avec l'aide du MAPAQ.

Lac-Édouard: nouvelle vie pour le sanatorium

Ils sont jeunes, ils ont la tête remplie de projets et ils ont un attachement particulier à Lac-Édouard. Les trois entrepreneurs, qui ont acheté le site mythique du Sanatorium à Lac-Édouard, ont décidé d'offrir une nouvelle vie à l'endroit tant convoité par les chasseurs de fantôme. Si au départ Simon Parent, Éric Parent et David Lemire visaient principalement la production de fraises, c'est un véritable projet multifonctionnel qui a été mis en place avec l'aide du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).
C'est la production de fraises qui a amené les investisseurs à mettre en place un projet pilote qui, au moment d'écrire ces lignes, donnait ses premiers résultats.
«Au départ, c'était un défi professionnel, avoue Simon Parent. Ça fait des années qu'on essaie de développer des méthodes pour arriver avec une production de fraises bien ciblée dans la première quinzaine de juillet, mais, techniquement, c'est extrêmement difficile. Même si on essaie de retarder les fraises d'été ou de devancer les fraises d'automne, il y a un creux où les fraises sont plus rares sur le marché. Ça fait des années qu'on regarde les opportunités» 
C'est à ce moment que Lac-Édouard est devenu un endroit tout désigné en raison notamment de son climat. «Ce n'est pas tant par l'éloignement que par l'altitude qu'on va retrouver une température plus fraîche. Ici, nous sommes à 400 m d'altitude, La Tuque est à 200 m et Trois-Rivières 100m. On retrouve ici le climat du Nord du Lac-Saint-Jean, mais à 2 h 15 de route de moins», explique-t-il.
D'ailleurs, le projet pilote est concluant jusqu'à maintenant. Aux alentours de 200 boîtes, de plusieurs variétés différentes, devraient être récoltées cette année. L'an prochain, si tout va comme prévu, la récolte devrait être de 2000 boîtes. 
Il n'y a pas que ce petit fruit qui pousse présentement dans les champs, les légumes sont aussi du nombre. Par ailleurs, contrairement aux fraises, les légumes sont destinés au marché local du Lac-Édouard.
«Les gens n'ont pas beaucoup de légumes dans leur alimentation. C'est sans but lucratif, mais on sait que ç'a a énormément de retombées et ça crée un lien avec les gens du village. C'est l'activité qui a le plus de retombées sociales à court terme», estime Simon Parent.
Lors du passage du Nouvelliste, près de 70 paniers de légumes étaient en préparation pour la livraison à domicile, dans cette petite communauté de moins de 200 âmes.
Mais les projets ne s'arrêtent pas là, bien au contraire. L'aménagement de clôtures, la plantation d'arbres et l'apparition des jardins ont certainement changé le premier coup d'oeil, mais la volière également.
«On se sert de l'agriculture pour redonner vie au site. Une des choses qui rend le site vivant c'est justement la vie et l'odeur des animaux», soutient-il.
Un ancien terrain de tennis du site a été complètement transformé. Il abrite désormais des canards, des coqs, des dindons sauvages, de la pintade... Des centaines d'oiseaux sont à la vue de tous pour le moment et dès la fin de l'été des chevaux canadiens feront leur apparition dans un enclos à l'entrée du sanatorium. 
«Notre ambition, à moyen terme, ce serait de faire un centre d'interprétation qui mettrait en valeur l'histoire et la culture qui a eu ici, autant le patrimoine agricole», affirme M. Parent.
La grange devrait d'ailleurs être restaurée, et encore là les idées fusent de tous les côtés.
«Cette grange-là est de toute beauté et la structure est superbe. On a des grands projets, peut-être plus à moyen et long terme, mais il y a beaucoup de vécu dans cette grange-là. On a des idées derrière la tête, est-ce que ça pourrait être une salle de spectacle, un bistro? On ne sait pas, mais il y a certainement du potentiel», avoue Simon Parent.
En utilisant la production agricole comme levier de développement, les trois hommes souhaitent développer, à long terme, les infrastructures du site, rénover les bâtiments ancestraux et les maisons patrimoniales afin de faire revivre ce petit village historique. «On a une partie de devoir là-dedans. On doit redonner à la communauté. On a un attachement à ce site-là et au village. Nos racines sont ici, et ça change notre approche. On met les bouchées doubles», souligne d'entrée de jeu Simon Parent.
Il faut dire que même s'il a été élevé en banlieue de Montréal, le jeune entrepreneur a passé une partie de sa jeunesse à
Lac-Édouard. «Nos grands-parents se sont connus ici dans les années 20. Ma mère est née ici, et elle est enterrée ici. Mon père a commencé à venir ici lorsqu'il avait 9 ans, il va avoir 70 ans bientôt», a fait savoir M. Parent.
Quant aux chasseurs de fantôme qui convoitent en grand nombre le site de l'hôpital, les propriétaires sont clairs il n'y en aura pas à court terme. «On sait qu'ils viennent ici depuis longtemps. On a eu des téléphones, mais on a répondu que ce n'était pas sécuritaire. Alors c'est non pour tout le monde. On verra dans cinq ans où on sera rendu», a conclu M. Parent.
Victimes de malfaiteurs
Depuis le début des opérations sur le site du sanatorium, les nouveaux propriétaires ont été victimes à quelques reprises de malfaiteurs. Des objets ont été volés, des portes arrachées et les bandits en ont même profité pour asperger les coqs dans le poulailler avec un extincteur de feu, les laissant presque pour morts.
«Ils cassent tout pour voler, mais il n'y a rien à voler. C'est juste dérangeant, parce qu'on travaille fort et on est obligé de recommencer. Sérieusement, de shooter nos coqs avec un extincteur de fumée, c'est plus que bas», a lancé Simon Parent dans un soupir.
«C'est plus que désagréable tout ça. On ne peut pas laisser quelque chose qui a de la valeur, parce qu'on se le fait voler. On a des caméras et des systèmes d'alarme», ajoute-t-il.
Un appel à la vigilance a été lancé par les propriétaires sur leur page Facebook, qui sert présentement de site Internet officiel, une récompense monétaire a aussi été promise à quiconque pourrait fournir une information sur les auteurs de ces gestes disgracieux, mais également des voleurs de fraises. 
«Nous offrons une récompense de 500 $ à toute personne qui peut nous aider à identifier le responsable d'un vol de fraises au sanatorium de Lac-Édouard. [...] De grandes quantités de fraises nous ont été volées directement au champ et nous sommes en mesure d'identifier la génétique des fraises qui est unique à Lac-Édouard donc nous pourrons facilement poursuivre les responsables», a fait savoir les propriétaires, qui ont dû présenter leurs excuses aux résidents de Lac-Édouard qui, selon toute vraisemblance, n'auront pas des fraises locales dans leur panier hebdomadaire.
«On va porter plainte si on trouve le ou les malfaiteurs et la justice suivra son cours, il n'y aura pas de passe-droit», a conclu Simon Parent.
«On voit l'avenir beaucoup plus rose»
«C'est clair et net qu'on passe d'un état de problème à un état de solution». C'est dans ces mots que le maire de Lac-Édouard affirme être très heureux du dénouement de l'épineux dossier du sanatorium.
«Vandalisme, vol, incendie criminel, taxes impayées, c'était un poids lourd pour la municipalité. C'était un dossier difficile à régler, mais là c'est réglé et maintenant on voit l'avenir beaucoup plus rose», soutient le maire Larry Bernier.
Pour ce dernier, il s'agit d'un projet structurant et très important pour la municipalité. «Le développement durable ça a toujours trois dimensions, sociale, économique et environnementale. Dans ce cas-ci, les trois aspects sortent gagnants de ce projet-là», admet-il.
Le dynamisme et la vision des jeunes promoteurs laissent présager un bon avenir pour le site selon le maire. Les emplois déjà pourvus et ceux à venir aussi sont très intéressants pour la petite municipalité.
«Il y a quatre employés et on parle d'une douzaine dès l'an prochain, alors c'est sur la bonne voie», précise M. Bernier.
Déjà, la solidarité de la population et des commerces se fait sentir dans l'environnement de Lac-Édouard. D'ailleurs, la Seigneurie du Triton a fait savoir par le biais de sa page Facebook qu'ils utilisaient les fraises du Lac-Édouard dans leur recette de dessert. La coopérative de Lac-Édouard, pour sa part, vendra leur surplus de légumes destinés au panier.
«Ce sont des légumes de qualité et c'est un plus pour nous. [...]On s'entend qu'ils ne feront pas des millions avec ça, mais c'est un gros retour à la société de Lac-Édouard», a affirmé Larry Bernier.