Journée nationale des langues autochtones

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
Aujourd'hui, les 6000 Atikamekws de la Mauricie sont invités à n'utiliser que leur langue maternelle, et ce, dans toutes les communications qu'ils ont. «Une journée pour nous rappeler de protéger notre langue. Pour être fiers d'elle», explique l'instigatrice de l'évènement, la linguiste Nicole Petiquay.
L'initiative en est à sa deuxième édition et se déroule dans le cadre de la journée nationale des langues autochtones soulignée tous les 31 mars depuis 1989.
Selon les statistiques, l'atikamekw est la langue autochtone la plus parlée par son peuple. En effet, plus de 95 % d'entre eux maîtrisent et utilisent leur langue maternelle. Mme Petiquay explique ce phénomène par l'implantation, dans les années 1980, des programmes d'éducation bilingue.
Les enfants apprenaient les matières fondamentales aussi bien en français et qu'en atikamekw. «Malheureusement, ces programmes bilingues sont de plus en plus mis de côté dans les trois communautés de Manawan, Wemotaci et Opitciwan», précise Nicole Petiquay.
Le linguiste et didacticien, Robert Sarrasin, croit en l'efficacité de ces programmes d'éducation bilingue. «La preuve n'est plus à faire de leur réussite», souligne-t-il en ajoutant que la langue est un vecteur de la culture d'un peuple.
«La langue atikamekw décrit mieux le territoire pour nous que le français ne le fait», affirme Mme Petiquay en soulevant une piste de réflexion qui explique que plus de 95 % des Atikamekws parlent encore leur langue maternelle.
Comme le français au Québec et en France, la langue atikamekw subit l'influence des langues étrangères particulièrement du français et de l'anglais. Par exemple, le guichet bancaire devient le guichetpitcikan, contraction qui déplaît naturellement à la linguiste. Mais celles-ci sont courantes en atikamekw. «Il y a beaucoup plus de verbes qu'en français en raison de son caractère agglutinant», explique Robert Sarassin.
L'atikamekw fait partie de la famille des langues algonquines tout comme le cri, le micmac, l'innu et l'ojibwé. «Les membres de ces Premières nations réussissent à se comprendre quelque peu», souligne Nicole Petiquay.
Un lexique et un dictionnaire de langue atikamekw sont en élaboration depuis près de trente ans afin de répertorier les quelque 13 700 mots. Désormais, le projet est dirigé par l'Institut linguistique atikamekw (ILA) le tout chapeauté par le Conseil de la nation atikamekw. Les travaux de linguistique sont dirigés par Nicole Petiquay.
L'institut conçoit toute une gamme de lexique français-atikamekw, de manuels scolaires et de livres pour enfants. Ils ont notamment produit un lexique à l'intention des interprètes judiciaires très utile lorsque des accusés ou des plaignants ne parlent ni le français ou l'anglais.
Mme Petiquay a également conçu avec Robert Sarrasin une série de trois cours universitaires pour les futurs enseignants en milieu autochtone. L'époque du petit livre de prières à l'intention des Indiens du Saint-Maurice dans lequel des générations d'Atikamekws ont appris à lire est révolue.
L'Association canadienne des linguistes estime, pour sa part, que les langues autochtones sont une richesse pour le pays. «Tous les Canadiens ont donc le devoir d'appuyer activement les efforts des peuples autochtones de maintenir et de raviver leurs langues ancestrales. En plus, ces langues, qui pour la plupart ne sont parlées qu'au Canada, sont de grands trésors intellectuels et spirituels de l'humanité», peut-on lire dans une déclaration officielle de l'association.