Laurianne Petiquay du CAALT a enregistré la première capsule vidéo en début de semaine.

Difficile de faire voter les autochtones

La Tuque — Aux élections municipales de 2009, 14 personnes ont voté à Wemotaci, aucune à Opitciwan. En 2013, une douzaine de votes seulement ont été enregistrés au total dans ces deux communautés.
Le président d’élection, Jean-Sébastien Poirier.

Le Centre d’amitié autochtone de La Tuque (CAALT) veut contrer cette tendance. Une série de courtes capsules vidéo tournées avec les candidats à la mairie de La Tuque seront mises en ligne. Le CAALT veut ainsi intéresser et inciter les autochtones à se prévaloir de leur droit de vote alors que paradoxalement à Opitciwan, on a décidé de ne pas avoir de bureau de scrutin dans la communauté.

«On est conscient que les autochtones ne votent pas beaucoup. Voter, c’est avoir du pouvoir. On veut qu’ils puissent se reconnaître dans la campagne électorale municipale. On a décidé d’inviter les candidats pour de petites vidéos qui seront diffusées sur les réseaux sociaux», a lancé Laurianne Petiquay, animatrice des activités communautaires du CAALT.

La seule et unique question porte sur une entente signée par les maires de différentes villes et les Centres d’amitié autochtone au printemps 2017. Cette entente engage chacun des maires signataires à mettre en place des actions concrètes afin de faciliter l’intégration des autochtones dans leur municipalité. 

«On leur demande comment, en tant que nouveau maire, ils comptent mettre en œuvre cet engagement avec le CAALT», a indiqué Mme Petiquay.

Cette dernière constate malheureusement que les autochtones ne se sentent pas concernés par les élections municipales.

«Il faut se poser des questions. Je pense qu’ils ne se sentent pas concernés. C’est mon avis personnel», a lancé Laurianne Petiquay.

Cette dernière prend le temps de demander aux Atikamekws qui fréquentent le CAALT s’ils ont reçu leur carte électorale et s’ils vont aller voter.

«Ils me répondent que non, qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent et qu’ils ne les connaissent pas. Il y en a qui trouvent ça très important, mais la plupart ne se sentent pas concernés. Pourquoi? Il y a pourtant beaucoup d’autochtones qui restent en milieu urbain. […] Notre action est dans ce sens-là. On aimerait ça qu’ils se sentent interpellés. C’est un droit et tout le monde devrait voter», a-t-elle indiqué.

Il n’est pas possible de déterminer le nombre d’autochtones qui votent en milieu urbain. Par contre, les chiffres enregistrés dans les communautés atikamekws de Wemotaci et d’Opitciwan sont saisissants.

Le taux de participation n’atteint même pas 1 %. La communauté atikamekw d’Opitciwan a d’ailleurs décidé de ne pas avoir de bureau de scrutin pour l’élection du 5 novembre prochain.

«Il n’y a pas vraiment d’intérêt par rapport à ça dans la communauté. On ne veut pas se mêler de la gouvernance des villes […] On considère qu’on ne fait pas partie intégrante de la ville. 

Ce sont nos territoires», a lancé le chef de la communauté Christian Awashish.

«Même si on votait, on ne souhaite pas qu’il y ait une intervention de la Ville dans nos affaires et le développement du territoire. Je parle en tant que chef. C’est notre territoire avant tout et le développement nous appartient. Nos interlocuteurs sont les gouvernements en premier», a-t-il ajouté.

Christian Awashish a tenu à préciser qu’aucun candidat à la mairie ne s’était présenté dans la communauté. 

«On n’en a pas entendu parler. J’ai vu dans un article du Nouvelliste qu’il y avait quatre candidats… Les affinités d’affaires, économique et politique se font plus avec le Lac-Saint-Jean. C’est surtout là qu’on a un semblant de relation, plus qu’à La Tuque», a affirmé le chef Awashish.

Il sera toutefois possible pour les 742 personnes d’Opitciwan inscrites sur la liste électorale de voter au bureau de scrutin de Parent. 

À Wemotaci, le conseil de bande a accepté de tenir un bureau de scrutin pour les 666 électeurs, malgré le faible taux de participation (6 votes en 2013).

«On engage cinq personnes de la communauté pour cette journée-là et on y tient», a affirmé le président d’élection, Jean-Sébastien Poirier.

Ce dernier explique que c’est seulement depuis 2009 qu’il y a des bureaux de scrutin dans les communautés autochtones et qu’ils votent aux élections municipales.

«En novembre 2007, le directeur général des élections du Québec nous informait que pour les élections générales de 2009, on devait inclure à l’intérieur de notre liste électorale les communautés autochtones situées dans les limites de la municipalité», a-t-il expliqué.

À chaque élection municipale depuis 2009, le président d’élection vérifie avec les communautés s’il y a une volonté d’avoir un bureau de scrutin. 

«Je leur rappelle les directives. Cette année, Wemotaci a répondu positivement. À Opitciwan, on a convenu de part et d’autre qu’on ne tenait pas de bureau de scrutin considérant le peu de participation dans les années antérieures», a indiqué Jean-Sébastien Poirier.

Le Conseil des Atikamekw d’Opitciwan a fait connaître sa décision dans un courriel après une réunion tenue le 6 septembre. 

«Il a été décidé de ne pas tenir de bureau de scrutin à Opitciwan concernant les élections municipales de la ville de La Tuque», peut-on lire.

Il faut dire que les boîtes de scrutin devaient être livrées par avion en raison de la distance entre Opitciwan et le centre-ville de La Tuque.

«Ça représente des coûts élevés, mais on était prêts à le refaire cette année s’il y avait eu une demande», a conclu M. Poirier.