Gilles Rivard et sa conjointe Danielle Ayotte, alors qu'ils étaient en Haïti, en 2010.
Gilles Rivard et sa conjointe Danielle Ayotte, alors qu'ils étaient en Haïti, en 2010.

Haïti 2010: des souvenirs encore vifs pour Gilles Rivard

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Même dix ans après le drame, Gilles Rivard se souvient du violent séisme survenu le 12 janvier 2010 comme s’il s’était produit hier. Le Trifluvien d’origine se trouvait à Port-au-Prince, dans l’ambassade canadienne, lorsque la terre a tremblé. Une décennie plus tard, il se considère encore extrêmement chanceux d’être en vie.

«À 16 h 53, il a commencé à y avoir un grondement. Mon adjointe pensait que c’était un camion dans la rue qui faisait beaucoup de bruit. Moi, j’avais déjà vécu des tremblements de terre au Pérou et au Costa Rica. Je savais ce que c’était», relate-t-il.

Manifestement, son heure n’était pas venue, constate M. Rivard, alors qu’il aurait très bien pu se trouver à un autre endroit où il n’aurait pas eu autant de chance.

«J’étais avec le président Préval quatre heures avant le tremblement de terre, au palais présidentiel, qui s’est écroulé. Le quartier général des Nations unies, l’ancien hôtel Christopher, où j’allais au moins trois fois par semaine, s’est écroulé aussi. Ce que ma femme et moi on n’arrête pas de se dire, c’est qu’on a réussi à ne pas être à la mauvaise place au mauvais moment», souligne-t-il.

La conjointe de M. Rivard, Danielle Ayotte, se trouvait en effet dans un bureau voisin du sien lorsque le séisme est survenu. Elle a été blessée à l’épaule lorsqu’un classeur lui est tombé dessus, mais a été épargnée, contrairement à plus de 200 000 personnes qui ont trouvé la mort ce 12 janvier-là.

C’est donc dire que la date du 12 janvier amène encore, et amènera probablement toujours, chez ce couple trifluvien, un mélange d’émotions particulier. Le soulagement d’être encore en vie, mais aussi la tristesse d’avoir vu une telle tragédie frapper le peuple haïtien, déjà éprouvé par la pauvreté et la corruption.

«En créole, on dit : ‘’pas bliyé’’, ne pas oublier. On y pense chaque année, c’est sûr. Avec le 10e anniversaire, ça fait des jours qu’on y pense. Mais il y a des histoires positives à travers tout ça. Des histoires comme celui de l’organisme de Trois-Rivières, Soleil des nations, qui a aidé beaucoup à accélérer le processus d’adoption d’internationale. Ça, c’est une histoire positive. C’est ce mix de sentiments et d’émotions qui remonte.

Il faut dire que les commémorations de ce triste événement s’assureront toujours de leur rappeler ces événements. Samedi, M. Rivard et Mme Ayotte revenaient d’ailleurs d’une cérémonie qui avait lieu à Ottawa, en présence de membres de la communauté haïtienne.

Encore difficile

Les difficultés que vivent toujours les Haïtiens sont nombreuses. Encore aujourd’hui, des gens vivent dans les camps destinés à accueillir ceux qui ont tout perdu à cause du tremblement de terre. De nombreux Haïtiens ont manifesté leur colère envers leur premier ministre au cours des derniers mois, dénonçant le coût élevé de la vie et la pauvreté dans laquelle ils sont maintenus, entre autres choses.

«Quand on regarde Haïti en 2010 et en 2020, au niveau de la gouvernance et de la capacité de son gouvernement à répondre aux besoins des citoyens, c’est un échec. Le tremblement de terre de 2010 a juste ajouté aux problèmes existant déjà. Ce qu’on voit présentement, c’est le ras-le-bol des Haïtiens», reconnaît M. Rivard.

Même si toute l’aide humanitaire envoyée dans la foulée du tremblement de terre et les missions mises sur pied par l’Organisation des Nations Unies dans le but de stabiliser le pays n’ont apparemment pas permis de repartir sur de nouvelles bases, saines, M. Rivard refuse de s’accrocher uniquement à cette perception négative du pays.

«Pour paraphraser quelque chose que Dominique Anglade a dit à une émission la semaine dernière, il faut regarder les petites victoires qu’on réussit à atteindre en Haïti et ne pas regarder nécessairement l’image globale, sinon, on se découragerait. Les petites victoires nous permettent de comprendre qu’on réussit à faire quelque chose, malgré tout le pessimiste qu’on a à l’égard du fonctionnement du gouvernement, des institutions, des sénateurs et des députés», soutient-il.

Gilles Rivard a pris sa retraite il y a déjà quelques années. Même s’il ne peut plus influencer directement les décideurs canadiens comme au cours de sa carrière, il espère que le Canada continuera à soutenir Haïti.

«Je pense que les Haïtiens ont encore besoin de nous. La population canadienne a été extrêmement généreuse après le tremblement de terre et je dirais sans prétention que le gouvernement canadien a fait beaucoup pour Haïti pendant plusieurs années. Est-ce qu’on a toujours réussi à atteindre les objectifs qu’on s’était fixés? Non, pour toutes sortes de raisons. Mais je maintiens que l’incapacité du gouvernement haïtien de gérer ses propres institutions et de fonctionner dans une structure plus ou moins constructive est en partie responsable de la situation qu’ils vivent aujourd’hui», affirme-t-il.