Mélanie Gélinas, présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial de la Mauricie.
Mélanie Gélinas, présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial de la Mauricie.

Grève des éducatrices en milieu familial: les responsables de la région en accord avec la Fédération

TROIS-RIVIÈRES — À l’instar du reste de la province, la majorité des quelque 350 services de garde en milieu familial syndiqués à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) de la région se sont prononcés en faveur d’une grève tournante, puis d’une grève générale dans l’ensemble du Québec en septembre.

À l’échelle provinciale, ce sont précisément 10 000 responsables de services de garde qui prendront part à la grève rotative du 1er au 18 septembre, puis à la grève générale illimitée à compter du 21 septembre, a fait savoir jeudi la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), affiliée à la CSQ.

C’est d’ailleurs le 17 septembre prochain que les garderies en milieu familial de la Mauricie fermeront leurs portes à l’occasion de la grève tournante, selon l’ordre déterminé par la FIPEQ. Si les deux parties n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente d’ici là, les usagers de ces services devront trouver une alternative en ce qui a trait au gardiennage de leurs enfants lors de cette journée et à partir du 21 septembre par la suite.

La présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial de la Mauricie, Mélanie Gélinas, a toutefois tenu à souligner que, pour les responsables des services de garde en milieu familial, la grève ne représente pas la meilleure alternative. Il demeure préférable pour tout le monde de conclure les négociations et d’en arriver à une entente avec le ministère avant le mois de septembre.

«C’est certain qu’on ne veut pas se rendre à la grève, notre objectif, c’est que le ministre comprenne que nos éducatrices sont épuisées, à bout de souffle et qu’elles veulent du changement. C’est pour cette raison que les opinions des responsables de la région vont dans le même sens qu’ailleurs dans la province», a-t-elle fait savoir.

Bien que la grève aurait lieu uniquement dans quelques mois, le combat mené par les éducatrices en milieu familial ne s’arrêtera pas pour autant. De nombreux événements de visibilité devraient prendre forme un peu partout à travers la région au cours des prochaines semaines.

Forcée d’attendre de voir ce qui sera permis ou non par la Santé publique en marge du déconfinement progressif, l’Alliance des intervenantes en milieu familial de la Mauricie ne peut pas divulguer d’informations précises sur la nature de ces événements pour le moment.

Offre finale et globale rejetée à forte majorité

Également appelées à voter sur les offres du ministère de la Famille, les responsables des services de garde en milieu familial syndiquées à la CSQ les ont rejetées dans une proportion de 82 %. Ce résultat va dans le même sens que les recommandations effectuées par la Fédération.

La FIPEQ disposait déjà d’un mandat de grève, qui avait été approuvé à 97,5 %, depuis le 8 mars dernier.

En outre, les 3000 autres responsables de services de garde en milieu familial, qui sont syndiquées à la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, ont tenu une journée de grève jeudi.

Le ministre réagit

Invité à commenter, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a réitéré qu’il ne voulait pas négocier sur la place publique.

«Les responsables de services de garde souhaitent se faire entendre au-delà de la table de négociation et c’est leur droit de le faire», a-t-il fait savoir.

Pour ce qui est des grèves annoncées, «nous déplorons que ce soit les parents et nos tout-petits qui fassent les frais de ces moyens de pression», a-t-il souligné.

«Tout le monde a à coeur l’avenir de nos tout-petits et nous avons bon espoir que les choses bougent dans la bonne direction au cours des prochains jours. Nous souhaitons que les syndicats concernés se rassoient à la table de négociation, afin de conclure une entente acceptable pour toutes les parties», a ajouté le ministre de la Famille.

Les négociations entre le ministère de la Famille et ces deux organisations syndicales qui représentent des responsables de services de garde en milieu familial durent depuis plusieurs mois déjà. Les conventions collectives sont échues depuis le 31 mars 2019.

La pénurie continue de s’aggraver en région

Par ailleurs, le nombre de services de garde en milieu familial accessibles a continué de dégringoler au cours de la dernière semaine en Mauricie. Depuis le 9 juin, pas moins de six établissements ont décidé de fermer leurs portes dans la région.

Cette augmentation porte le bilan total à 31 garderies fermées depuis le début de la pandémie de COVID-19, qui s’est avérée fatale pour un grand nombre de services. Selon Mélanie Gélinas, cette statistique régionale promet de gonfler encore d’ici le mois de septembre, et ce, malgré le déconfinement progressif en cours au Québec.

«On s’attend à ce qu’il y ait beaucoup d’autres fermetures étant donné le peu de reconnaissance que le ministère nous accorde. Les éducatrices n’en peuvent plus de leurs conditions de travail médiocres», a-t-elle exprimé.

Par rapport aux autres régions administratives du Québec, où plusieurs centaines de services de garde en milieu familial ont récemment cessé leurs activités, la Mauricie ne se trouve d’ailleurs pas en excellente posture aux dires de la présidente de l’Alliance.

«On était déjà dans le rouge avant même les ravages causés par la pandémie. On manquait déjà de personnel et de milieux alors c’est clair qu’on se dirige vers une pénurie. Énormément de parents ont perdu leur place en service de garde et la liste d’attente continue de s’allonger partout en Mauricie», soutient Mme Gélinas.

Les parents derrière les éducatrices

Il serait facile de croire qu’étant forcés de se trouver d’autres alternatives pour faire garder leurs enfants, les parents se seraient positionnés contre les décisions prises par la FIPEQ. Qu’à cela ne tienne, Mélanie Gélinas a indiqué avoir reçu un soutien chaleureux de la majorité des parents face au combat mené par les éducatrices.

«Nous n’avons pas sondé les parents depuis le début de la pandémie, mais chose certaine, avant l’apparition de la COVID-19, leur position était très forte en faveur de leurs responsables», a-t-elle expliqué.

Rappelons que le litige porte particulièrement sur le salaire des éducatrices. Ces travailleuses ne sont pas rémunérées à l’heure. Elles touchent plutôt une subvention du ministère pour compenser les dépenses qu’elles doivent encourir afin d’offrir le service de garde à leur domicile.

Elles calculent donc leurs heures de travail et, sur cette base, soutiennent gagner 12,42 $ l’heure et que le ministère leur offre l’équivalent de 12,83 $ l’heure pour l’exercice 2019-2020.

La FIPEQ revendique l’équivalent de 16,75 $ l’heure, ainsi qu’un comité d’évaluation du titre d’emploi de responsable de service éducatif.

La présidente de la FIPEQ, Valérie Grenon, a déjà balayé du revers de la main les dernières offres ministérielles, en les qualifiant d’inacceptables. «C’est rire de nous autres.»