Des producteurs agricoles se sont rendus à Montréal en tracteur lundi pour manifester.

Grève au CN: les agriculteurs se disent pris en otage

TROIS-RIVIÈRES — Sans propane depuis près d’une semaine pour faire sécher les grains de maïs ou de soya, des producteurs agricoles ont manifesté leur impatience lundi devant les bureaux montréalais du premier ministre Justin Trudeau. Alors que le temps avance et que l’hiver s’installe, les producteurs craignent de perdre d’importants revenus si le conflit de travail au CN ne se règle pas rapidement et Québec affirme qu’ils devront s’armer de patience avant de recevoir du propane.

Le producteur de Champlain Claude Chartier était de la manifestation de Montréal. Le président de la section régionale des Producteurs de grains du Québec s’impatiente de plus en plus de voir le maïs près à être récolté dans ses champs. «Ça fait une semaine que nous n’avons aucune livraison de propane», dénonce Claude Chartier qui mentionne que les producteurs n’ont pas la capacité d’avoir de grosses réserves de propane et que les séchoirs de grains les consomment rapidement.

«Nous sommes arrêtés depuis sept jours et nous ne sommes plus capables de rien faire. [...] Nous sommes pris en otage.»

Après un automne plus pluvieux que la normale qui a eu comme conséquences de retarder les récoltes, les producteurs sont victimes d’un conflit de travail qui n’a rien à voir avec l’agriculture. Les producteurs ne peuvent récolter les grains dans les champs, car ceux-ci doivent impérativement être séchés avant d’être entreposés pour éviter qu’ils ne pourrissent ou fermentent. «La récolte est dans le champ. On n’a pas de plan B», dénonce Claude Chartier. «Et le maïs est vraiment humide cette année. On doit le sécher deux fois plus longtemps.»

S’il reste un peu de propane sur les fermes, c’est essentiellement pour chauffer des bâtiments destinés aux jeunes animaux. C’est le cas de Martin Marcouiller, de la Ferme M et M Marcouiller de Yamachiche. L’agriculteur membre de l’exécutif de l’Union des producteurs agricoles de la Mauricie a également dû interrompe la récolte du maïs dans ses champs et utilise le propane qu’il a pour chauffer les bâtiments qui accueille ses animaux.

«J’ai des poulets et des cochons. Avec l’hiver qui s’en vient, on a besoin de propane pour chauffer. Je reçois des poussins lundi et il fait 32 degrés Celsius dans les bâtiments. Si je n’ai plus de propane, c’est les animaux qui vont y passer», affirme Martin Marcouiller.

«On s’entend que ça va être moins drôle. Ce sont des revenus qui sont directement perdus et lorsqu’on parle de bien-être animal, on vient de tomber dans une autre situation. On n’a aucun pouvoir sur la grève, mais on en subit les conséquences.»

Aux prises avec les mêmes problèmes, la Coop fédérée de Baie-du-Febvre a même dû, rapporte Radio-Canada Mauricie, entreprendre le transport par camion du grain vers des séchoirs au gaz naturel de Victoriaville ou Saint-Hyacinthe.

Des producteurs agricoles ont manifesté lundi à Montréal devant le bureau du premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

De la détresse chez les agriculteurs

Député de Berthier-Maskinongé et porte-parole du Bloc québécois (BQ) en agriculture, Yves Perron était de la manifestation de Montréal. Il affirme que les producteurs de grains ont été abandonnés et que le CN doit livrer du propane aux producteurs. «On pense qu’il est en mesure de le faire. Il y a des wagons pleins de propane qui attendent à Montréal. Ce n’est pas acceptable que nos agriculteurs soient mis au centre de tout ça», estime le député de Berthier-Maskinongé.

«Les agriculteurs ont eu un printemps épouvantable où ils ont pu semer avec un mois de retard et ils ont eu de la neige hâtivement en automne. Le manque de propane est la goutte qui fait déborder le vase. Il y a de la détresse et des centaines de milliers de dollars en perte pour un agriculteur. Il y a des entreprises qui risquent d’y passer si on n’agit pas rapidement.»

Reconnaissant le droit aux travailleurs du CN de négocier, le Bloc québécois appuierait toutefois, précise Yves Perron, une loi spéciale du gouvernement fédéral. «Si le Parlement est convoqué, on va y aller. La seule chose qu’on ne veut pas, c’est d’avoir une loi spéciale qui vient fixer les conditions de travail des travailleurs et brimer leur droit à la négociation. Mais il y a moyen de faire un entre-deux», précise M. Perron. «Mais avant de faire ça, le fédéral a plus de pouvoir d’action qu’il pense directement sur le CN pour faire pression pour que d’abord il achemine du propane aux producteurs agricoles.»

Les agriculteurs devront patienter, prévient Québec

Les agriculteurs québécois n’auront pas accès à du propane tant que la grève des 3200 cheminots de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) ne sera pas terminée, prévient le gouvernement Legault, qui exhorte Ottawa à «prendre tous les moyens nécessaires pour régler la situation».

En point de presse à Québec, lundi en fin d’après-midi, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a expliqué que l’on s’affairait à s’assurer que les réserves de propane de la province puissent répondre aux besoins jugés essentiels, ce qui représente une consommation quotidienne de 2,5 millions de litres. La consommation quotidienne habituelle est de six millions de litres de propane.

Grâce à l’arrivée récente d’une cinquantaine de wagons de propane au Québec, la province dispose de réserves suffisantes jusqu’à «samedi ou dimanche», a expliqué M. Julien.

La mise au point du ministre est survenue alors que quelques centaines d’agriculteurs en colère ont de nouveau manifesté dans la métropole, cette fois-ci en se rendant au bureau montréalais du premier ministre Justin Trudeau, lundi, afin de critiquer l’approche d’Ottawa dans ce dossier.

M. Julien a expliqué que Québec se penchait sur «d’autres possibilités de livraisons». On regarde notamment du côté du Maine, mais les défis logistiques sont importants, puisqu’il faut aller chercher le propane par camion.

Le propane est nécessaire pour de nombreux agriculteurs. Alors que les producteurs céréaliers ont besoin de ce gaz pour faire sécher leurs récoltes et vendre leurs grains, des éleveurs s’en servent pour chauffer, par exemple, des poulaillers.

En raison du conflit de travail, les livraisons ont plutôt été acheminées vers des établissements comme des hôpitaux et des résidences pour personnes âgées. Le CN dit ne fonctionner qu’à 10 pour cent de ses capacités.