Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Gilles Poulin
Gilles Poulin

Grâce à Poulin on a une campagne

Chronique / Finalement, on a une campagne électorale à la mairie de Trois-Rivières. Jusqu’à cette semaine, jusqu’à mardi matin en fait, on avait l’impression que le maire sortant, Yves Lévesque, roulait sans souci sur une autoroute électorale qui allait lui accorder le cinquième mandat qu’il réclame. Il faut dire que la semaine précédente lui avait particulièrement bien pavé la voie.

D’abord, une photo dans Le Nouvelliste du débat à la mairie organisé par l’association étudiante de l’UQTR montrait une salle presque vide. Ce qui pouvait laisser comprendre qu’Yves Lévesque était justifié dans ses refus de participer à ce type de confrontation.

Ensuite, il a tenu une assemblée de lancement de campagne monstre, au point que le trafic s’en est trouvé momentanément bloqué sur Gene-H.-Kruger et qu’on a été contraint de refuser l’entrée à des partisans, la capacité de la salle ayant atteint sa limite.

On ne portait déjà plus à terre dans le clan Lévesque que le premier volet du sondage de Segma Recherche commandé par Le Nouvelliste et Cogeco Média révélait à son endroit la réapparition d’un taux de popularité de presque 80 %.

N’en remettez plus, la coupe était pleine. On avait beau dire chez les adversaires d’attendre de connaître comment cela se traduirait dans les intentions de vote, car cela ne correspondait pas à leur perception sur le terrain, le moral de leurs supporteurs était descendu en dessous des talons. Alors que celui des partisans de Lévesque était à l’inverse en grande ascension.

Ça lévitait, ça lévitait… On peut comprendre.

Il restait quand même un petit doute. Chez les opposants, tout le monde tentait de se réconforter au rappel de l’élection de 2009 où la même firme de sondage avait aussi constaté un fort appui au maire sortant qui avait pourtant fondu à 55 % dans les urnes.

Un bien court suspense, car on apprenait lundi qu’Yves Lévesque recevait presque 65 % des intentions de vote et Jean-François Aubin, moins de la moitié, avec un peu plus de 31 %. Avec 3,8 % des intentions en sa faveur, André Bertrand, le troisième candidat, n’atteignait même pas la capacité de nuisance à Aubin que certains lui prêtent.

On pouvait bien tortiller encore un peu les résultats de 2009 et brandir le maigre même pas 50 % obtenu par Lévesque en 2013, les célébrations étaient commencées dans les rangs «lévesquiens» et la résignation, pour ne pas dire la grande déprime, installée chez les «aubiniens».
Et puis vlan! Devant l’hôtel de ville, l’ancien greffier Gilles Poulin, un homme ordonné, réputé d’une droiture irréprochable et doté de la grande neutralité politique requise à sa fonction, que l’on croyait occupé à écouler une retraite paisible, se laissait photographier aux côtés du candidat Aubin, qu’il appuie. L’homme a fait trembler les colonnes du temple municipal.

Dans une longue lettre d’indignation publiée le matin même dans Le Nouvelliste, il écrivait: «Il faut congédier Lévesque» qu’il a décrit comme autoritaire, irrespectueux de la démocratie, politicailleur et mesquin. Il en a tracé un portrait de despote.

L’ex-greffier en avait gros sur le cœur. Ses frustrations refoulées depuis plusieurs années ne demandaient qu’à exploser. Il faut dire qu’on l’avait à l’œil au premier étage de l’hôtel de ville, qu’on espérait le prendre au piège un jour ou l’autre. On était même allé jusqu’à faire fabriquer une étude négative sur son travail dans l’idée de s’en «débarrasser». Mais on n’y a finalement pas donné suite. Le mauvais coup était risqué.

Maintenant, est-ce que les «révélations» de l’ex-greffier ont fait virer le vent de bord? Ce n’est pas sûr.

Sa virulente sortie contre Lévesque a assurément stigmatisé les troupes d’Aubin. Cela leur a donné de quoi jaser plus fort, de quoi perdre les complexes que la campagne, avec la présumée force de Lévesque, leur avait générés.  

On a pu l’observer dans les échanges dans les restos et les cafés. L’espoir était réapparu.

Mais en même temps, en raison de sa dureté, mais aussi de la probité reconnue de l’homme qui l’a faite, cette sortie a été reçue comme une attaque en bas du ventre par beaucoup de partisans d’Yves Lévesque qui ne mâchaient pas leurs mots pour exprimer leur colère.

Chez les proches organisateurs de ce dernier, on a même pu juger que c’était une bonne chose, car leur plus grand défi était de mobiliser leurs appuis le jour du vote. Pas facile de faire reconnaître l’importance d’un vote quand son candidat caracole dans les sondages et qu’on le donne gagnant haut la main.

Or, la réaction vive et souvent outrée de sympathisants à Lévesque, aux propos de Gilles Poulin, peut laisser croire qu’on aura moins besoin de les relancer le jour des élections.

Ça commençait à ronronner dans le clan Lévesque. L’ex-greffier les a réveillés.

On verra le 5 novembre si celui-ci a sonné un réveil trifluvien. Ce qui est sûr, c’est qu’il a donné tout un électrochoc à une campagne municipale un peu trop somnifère à la mairie de Trois-Rivières.

Depuis, on s’amuse. On disserte sur le salaire du chef de cabinet du maire et on a même pu lire dans nos lettres de la page Opinions qu’un certain Pierre Clouâtre apporte son appui à Lévesque, pour la grandeur de son œuvre. Il n’y aurait rien là, si on ne savait que Clouâtre s’était opposé à Yves Lévesque à la mairie de Trois-Rivières-Ouest et qu’il a été par la suite un des principaux piliers de Force 3R, un parti politique férocement anti-Lévesque.
Converti ou repenti, on ne sait trop. Mais cela nous prouve qu’il y a bel et bien une campagne électorale à la mairie de Trois-Rivières qui nous réserve peut-être d’autres rebondissements.

Coup de griffe : On est peut-être en train de dresser un registre des culottes à terre ou des mon’oncles cochons.

Coup de cœur : Avec Dédé Fortin et ses Colocs, croyez-moi qu’on va «se tasser de d’là», l’an prochain à l’amphithéâtre, mais avec un plaisir fou et sans «coke dins’yeux» ni «héro dans le sang».