Le gouvernement du Québec annonce une bonification du programme visant à accompagner les résidences pour aînés dans l’installation de gicleurs, de même qu’un report de l’échéance pour se conformer à la réglementation.

Gicleurs: Québec bonifie son programme d’aide et repousse l’échéance

TROIS-RIVIÈRES — Les propriétaires de résidences privées pour aînés (RPA) auront deux ans de plus que prévu pour installer des gicleurs dans leur établissement. Ils auront droit aussi à un meilleur soutien financier du gouvernement pour effectuer les travaux. De la même manière, les modalités de remboursement ont été revues afin de rembourser les propriétaires dès que les travaux sont exécutés, plutôt que sur une période de cinq ans, tels que le prévoyait l’ancien programme.

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a dit mercredi, en conférence de presse, que le temps était venu de constater l’échec du programme mis en place en 2015 et de prendre les mesures nécessaires pour corriger le tir et accélérer la cadence. Selon le bureau de la ministre, seulement 57 résidences au Québec se seraient prévalues du programme à ce jour.

Québec va donc faire passer de 3300 $ à 5000 $ le montant de la subvention versée pour chaque gicleur installé. La date limite pour munir ces résidences de gicleurs avait été fixée à décembre 2020. Elle est désormais repoussée à décembre 2022 pour donner le temps requis aux propriétaires de s’ajuster.

Richard Maziade, directeur de la résidence pour aînés Le Jardin de Trois-Rivières et responsable de la Table de concertation des RPA de la Mauricie, salue l’annonce du jour. «C’est une excellente nouvelle», s’exclame-t-il. Il rappelle que plusieurs petites résidences de la région ont récemment fermé leurs portes et que les impératifs quant à la conformité à la réglementation sur les gicleurs n’y sont pas étrangers.

La décision d’imposer à toutes les résidences privées pour aînés d’installer des gicleurs avait été prise par le gouvernement à la suite de l’incendie majeur survenu en janvier 2014 dans une résidence située à L’Isle-Verte, près de Rivière-du-Loup, une tragédie qui avait entraîné la mort de 32 personnes âgées. On compte 1791 résidences de ce type au Québec, dont seulement 799 sont actuellement munies de gicleurs en cas d’incendie.

Des mesures trop exigeantes?

Pour Sylvie Fortin, propriétaire de la Maison Barthélemy-Caron, à Yamachiche, l’annonce de la révision du règlement arrive alors même que l’on est en train de procéder aux travaux d’installation de gicleur à la résidence qu’elle opère. Après avoir essuyé trois refus consécutifs dans les institutions financières, Mme Fortin a dû se résigner à puiser dans ses avoirs pour financer le projet, dont la facture totale dépassera les 200 000 $, une fois les travaux complétés. Les modalités de la subvention, qui prévoyait le versement des sommes sur une période de cinq ans, rendaient le financement des projets d’installation difficiles, déploraient de nombreux propriétaires.

Richard Maziade, directeur de la résidence Le Jardin de Trois-Rivières et responsable de la Table de concertation des résidences pour aînés de la Mauricie, qualifie «d’excellente» l’annonce de Québec.

Si l’assouplissement des règles et la bonification de l’enveloppe budgétaire constituent une bonne nouvelle en soi, convient Mme Fortin, elle souligne qu’elle se retrouve toujours avec un manque à gagner de plus de 100 000 $. De plus, à l’instar de plusieurs propriétaires de RPA dans la région, elle continue de soutenir que l’installation de gicleurs dans sa résidence ne serait pas nécessaire.

La Maison Barthélemy-Caron ne compte ni deuxième étage ni sous-sol et chaque chambre est pourvue d’une large fenêtre permettant l’évacuation facile des résidents, en cas de danger, fait valoir Sylvie Fortin. «Ils auraient pu faire du cas par cas et tout simplement aller faire une visite pour vérifier si le danger était là», avance-t-elle.

La propriétaire a songé à demander une dérogation auprès de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), or des confrères d’autres résidences l’ont fait et aucun n’a eu gain de cause, soutient-elle.

Au bureau de la ministre Blais, on indique que «les RPA qui désirent valider leur obligation d’installer des gicleurs doivent appliquer au programme géré par le ministère de la Santé et des Services sociaux, qui fera l’évaluation avec la RBQ. Cette dernière pourra sanctionner une décision, le cas échéant».

Or, vérification faite, la RBQ n’a jamais accordé de dérogations dans le cas de la réglementation sur les gicleurs. «Si on ne met pas de gicleurs, il faudrait être en mesure de proposer des solutions alternatives qui vont démontrer hors de tout doute que les objectifs de sécurité vont être atteints, et ça n’a jamais été fait», commente Sylvain Lamothe, porte-parole de la RBQ.

M. Lamothe rappelle que les gicleurs ont pour fonction de retarder la progression d’un incendie et de gagner du temps en vue de procéder à l’évacuation des personnes.

Sylvie Fortin, propriétaire de la résidence Maison Barthélemy-Caron d’Yamachiche, aurait préféré que la réglementation sur les gicleurs s’applique de manière moins uniforme.

Avec La Presse canadienne