Plusieurs milliers de personnes ont manifesté leur mécontentement contre le gouvernement géorgien devant le Parlement à Tbilissi depuis juin dernier.

Géorgie: une crise politique en cache une autre

COLLABORATION SPÉCIALE / Enclavé entre la Turquie et la Russie, le Caucase est une région méconnue de l’Europe. Les événements qui s’y passent s’installent difficilement sur la scène internationale. Pourtant, depuis juin dernier, la Géorgie, un petit pays voisin du Caucase, a traversé de nombreuses crises politiques jusqu’ici peu relayées dans les médias.

Mi-novembre de cette année, des manifestations ont éclaté à Tbilissi, la capitale de la Géorgie. Les raisons soulevées par les manifestants? L’échec du gouvernement à mettre en application une loi permettant un changement dans le système électoral applicable dès 2020, soit pour les prochaines élections parlementaires prévues à l’automne prochain. Ainsi, le 14 novembre dernier, une loi qui aurait permis au pays de passer d’un système électoral mixte à un système complètement proportionnel a été rejetée par le Parlement géorgien, largement dominé par le parti au pouvoir, le Rêve géorgien.

Bien qu’une réforme constitutionnelle datant de 2017/2018 ait déjà institué ce changement de mode de représentation, elle ne sera appliquée qu’en 2024. Néanmoins, les manifestants accusent le système actuel de fausser la représentation et de garantir au Rêve géorgien une majorité au Parlement qui ne refléterait pas les résultats électoraux.

Des manifestations accompagnées de violentes répressions avaient déjà eu lieu dans la capitale géorgienne en juin 2019. Pour apaiser l’ire du peuple, le Rêve géorgien avait alors promis le passage à la proportionnelle pour les prochaines élections parlementaires prévues en 2020. Pourtant, la loi n’a toujours pas été votée, une goutte d’eau dans le vase déjà trop plein du peuple géorgien à qui l’on avait également promis la démission du ministre de l’Intérieur, responsable de la violence de la répression, depuis promu premier ministre.

Ces promesses avaient été faites par Bidzina Ivanishvili, leader du Parti géorgien et citoyen le plus riche du pays, accusé par ses opposants d’être le dirigeant officieux du pays malgré son absence de mandat officiel. Né en Géorgie, cet oligarque aurait bâti sa fortune en Russie dans les secteurs de la finance et de l’industrie métallurgique avant de revenir s’installer dans son pays natal en 2003. On estime sa fortune à 4,9 milliards de dollars, soit plus d’un quart du PIB géorgien.

Les manifestations actuelles naissent des cendres d’une colère politique qui a éclaté suite au discours d’un député russe, Sergueï Gavrilov, devant le Parlement géorgien à l’occasion de l’Assemblée interparlementaire orthodoxe. Le Parlement géorgien se trouvait depuis lors occupé par des manifestants, évacués par la police le 31 décembre dernier afin de permettre l’installation de décorations pour les célébrations du Nouvel An.

L’ancien pays soviétique entretient en effet des relations houleuses avec son voisin russe. Une guerre entre les deux pays avait d’ailleurs éclatée en 2008 autour de deux régions frontalières de la Russie situées sur le territoire géorgien, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, qui réclamaient alors leur indépendance. Si ce conflit entre la Géorgie et ces régions s’inscrit également dans un contexte historique et ethnique, des troupes russes y sont toujours présentes.

Depuis la fin de l’Union soviétique, le petit pays caucasien s’évertue tant bien que mal à sortir du giron russe.

Ainsi, selon un sondage de l’Institut Démocratique National (National Democratic Institute, NDI), les trois quarts de la population de la Géorgie sont en faveur de l’adhésion de leur pays à l’Union européenne et à l’OTAN. Pour en savoir plus: www.cs3r.org

Alice Grinand

Comité de Solidarité/Trois-Rivières