Genny Harvey a perdu ses enfants dans un incendie. Le 29 décembre 2002, Vixy, 12 ans, et Alexandre, 10 ans, se trouvaient chez leur papa à Trois-Rivières. En pleine nuit, un incendie a éclaté dans le logement, alors que leur père avait momentanément quitté pour faire une course en taxi. Les enfants n’ont pas survécu.
Genny Harvey a perdu ses enfants dans un incendie. Le 29 décembre 2002, Vixy, 12 ans, et Alexandre, 10 ans, se trouvaient chez leur papa à Trois-Rivières. En pleine nuit, un incendie a éclaté dans le logement, alors que leur père avait momentanément quitté pour faire une course en taxi. Les enfants n’ont pas survécu.

Genny Harvey, maman de Vixy et Alexandre: accepter de ne jamais s’en remettre

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Perdre un enfant est tellement contre nature que même la langue française n’a pas pu penser à un mot pour le nommer. «On peut être veuf quand on perd un conjoint. On peut être orphelin quand on perd nos parents. Mais quand on perd nos enfants, on est quoi? Moi, depuis 18 ans, je dis que je suis désenfantée».

Genny Harvey n’a pas souvent donné d’entrevues depuis la mort de Vixy et Alexandre, le 29 décembre 2002. La sexologue et psychothérapeute de Shawinigan se sera prononcée maintes fois dans les médias dans le cadre de son travail. Mais comme maman, très peu. Pourtant, elle accepte l’invitation que Le Nouvelliste vient de lui faire, au lendemain de la mort de Norah et Romy Carpentier. Pourquoi?

«Par solidarité avec leur maman. Ce qu’elle s’apprête à traverser, je l’ai vécu aussi. D’ailleurs, quand la poussière sera retombée, quand les papiers auront fini d’être remplis, quand le cours de la vie normale aura repris pour ceux qui l’entourent, quand le téléphone ne sonnera plus autant, je me promets de la contacter. C’est là qu’elle en aura le plus besoin. Si elle souhaite me parler et me rencontrer, je serai là», confie Genny Harvey.

Le 29 décembre 2002, Vixy, 12 ans, et Alexandre, 10 ans, se trouvaient chez leur papa à Trois-Rivières. En pleine nuit, un incendie a éclaté dans le logement, alors que leur père avait momentanément quitté pour faire une course en taxi. Les enfants n’ont pas survécu.

Bien que sur le coup, elle dit avoir flirté avec la folie, Genny Harvey se souvient avoir choisi de continuer à vivre, autant que cela puisse être possible. «La folie n’était pas une option pour moi, je ne pouvais pas tomber car il y avait trop de monde autour de moi. Ça a été une affaire d’équipe avec mon beau Denis (son conjoint de l’époque devenu son mari par la suite) et tous ceux qui m’entouraient», se souvient Mme Harvey.

Se replonger rapidement dans le travail aura été d’un grand secours pour elle. «Je suis retournée travailler le 5 février 2003, à peine quelques semaines après la mort des petits. Il y avait juste là, dans le travail, que j’avais un break, que je ne pensais pas constamment à eux, car je devais me concentrer à 100 % sur mes clients. Ils avaient besoin de moi eux aussi», mentionne Genny Harvey,

Vixy et Alexandre étaient d’ailleurs très fiers de leur mère, de ses diplômes, de ses interventions comme spécialiste dans les médias, de toute l’aide qu’elle apportait aux gens.

«Si je devais donner un conseil à cette maman, c’est ça. Identifier ce qui rendait ses enfants fiers d’elle, et s’appliquer à tout faire et à tout être pour qu’ils continuent d’être fiers d’elle», confie-t-elle.

Vixy, 12 ans, et Alexandre, 10 ans, ont péri dans un incendie, le 29 décembre 2002, alors qu'ils se trouvaient chez leur père, à Trois-Rivières.

Pour celle qui a un cheminement professionnel dans le monde de la psychologie, la pente n’aura pas pour autant été plus facile à remonter. Se remet-on un jour de la mort de ses propres enfants? «J’ai posé la question un jour à un ami dans le domaine. Quand est-ce que je vais en revenir? Aujourd’hui, je sais que je n’en reviendrai jamais. J’accepte de ne jamais m’en remettre», mentionne-t-elle, sereinement.

Et bien qu’elle avait 37 ans au moment de leur mort et qu’elle venait de rencontrer son conjoint, l’idée d’avoir d’autres enfants n’a jamais été envisageable. «C’était hors de question que j’aie d’autres enfants. C’était Vixy et Alexandre que je voulais. Ça a toujours été eux, mes enfants», confie-t-elle

Elle a donc «donné la vie autrement», comme elle se plaît à le dire, en faisant pousser chaque année un jardin, des fleurs et des légumes, un exercice plein de sens pour elle. Son jardin, qu’elle s’emploie à nous faire visiter fièrement, témoigne d’ailleurs de son amour pour cet exercice. Son chien, fidèle compagnon des douze dernières années, l’aide aussi beaucoup.

Deuil de l’avenir

Aujourd’hui, Vixy serait sur le point de fêter ses 30 ans, et Alexandre aurait 28 ans. Vixy serait probablement déjà devenue vétérinaire, comme elle rêvait de le devenir depuis qu’elle avait deux ans, et qu’elle disait «docteur animaux, maman?» Alexandre, quant à lui, aurait probablement commencé sa carrière en médecine, lui qui voulait devenir médecin, «pour ne jamais que tu meures, maman»!

Perdre ses enfants, c’est apprendre à faire le deuil de l’avenir, constate Genny Harvey. À faire le deuil du bal des finissants, du premier appartement qu’on ne peinturera pas avec eux, du moment où ils nous apprendront qu’on deviendra grand-maman.

«Mais le plus dur, ce n’est pas ma perte. C’est qu’eux ne vivent pas. La vie est tellement belle et bonne, et ils n’ont pas pu en profiter», déplore-t-elle.

Après l’incendie, Genny Harvey a entamé des procédures au civil contre la Ville de Trois-Rivières, les propriétaires de l’immeuble et le père des enfants, des procédures qui se sont étirées jusqu’en Cour d’appel. La Cour lui aura donné raison en partie, condamnant le père et les propriétaires de l’immeuble à verser des dommages et intérêts pour avoir été négligents, spécialement en ce qui concerne la présence de détecteurs de fumée fonctionnels.

«J’ai été fière de les défendre, de les avoir défendus jusqu’en Cour d’appel. J’aurais tout fait pour les défendre de leur vivant, il n’était pas question que je les laisse tomber», insiste Genny Harvey,

Dans un avenir rapproché, Genny Harvey aimerait écrire un livre au sujet du deuil des enfants. Elle n’y racontera pas forcément son histoire, mais davantage des pistes de réflexions et de solutions pour les parents endeuillés.

«J’essaie le plus possible d’être dans la reconnaissance. J’ai été chanceuse d’avoir été leur maman», lance-t-elle.