Les éducatrices de services de garde en milieu familial régi et subventionné membres de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) ont tenue une grève ce jeudi.
Les éducatrices de services de garde en milieu familial régi et subventionné membres de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) ont tenue une grève ce jeudi.

Garderies en milieu familial: une grève pour faire bouger les négociations

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Devant l’impasse à la table de négociation pour le milieu familial régi et subventionné, la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) en Mauricie a tenu une grève jeudi, forçant plus de 1975 familles à trouver un plan B. Afin d’envoyer un message à la présidente du Conseil du Trésor Sonia LeBel, plusieurs intervenantes ont manifesté bruyamment devant son bureau de circonscription, à Trois-Rivières.

«Il y a un gros manque d’éducatrices pour répondre aux besoins des parents dans la région. En 2015, on était 515 éducatrices sur le territoire de la Mauricie. En date d’hier, on était 350 éducatrices», a affirmé en marge de cette manifestation Mélanie Gélinas, la présidente de la section locale de la FIPEQ.

«Elles quittent la profession parce qu’elles sont à bout de souffle et épuisées. Il y a un manque de reconnaissance et des surplus de tâches qui s’ajoutent d’année en année.»

Mélanie Gélinas, la présidente de la section locale de la FIPEQ.

Les nombreuses fermetures de services de garde en milieu familial ces dernières années ont entraîné de véritables casse-têtes pour bien des parents qui peinent ou n’arrivent simplement pas à trouver une place en garderie. Et ce sont les mères, selon les représentantes syndicales, qui majoritairement vont abandonner leur emploi par manque de place en garderie. «C’est plus de 1000 parents qui n’ont pas de place par manque de personnel dans notre région», a soutenu Mme Gélinas.

Le salaire moyen d’une éducatrice responsable d’un service de garde en milieu familial est, selon le syndicat, de 12,42 $ de l’heure, alors que celui d’une éducatrice non qualifiée dans un CPE est de 16,75 $ de l’heure.

«C’est inacceptable qu’en 2020, un métier si important pour la société soit peu reconnu par le ministre de la Famille», a dénoncé la présidente nationale de la FIPEQ-CSQ, Valérie Grenon.

«On veut négocier jour, nuit et soir pour éviter la grève illimitée de lundi 21 septembre.»

La présidente de la section locale de la FIPEQ, Mélanie Gélinas, a pu rencontrer l'attachée de la ministre Sonia LeBel, Geneviève Frappier.

Le syndicat assure que tout est en place pour déclencher la grève générale illimitée dans l’ensemble du réseau des services de garde en milieu familial régi et subventionné dès la semaine prochaine.

À la suite des discours des représentants syndicaux, Mélanie Gélinas a rencontré l’attachée de la ministre Sonia LeBel. 

Les éducatrices Mélanie Brière et Joannie Trudel

«Le portrait est très sombre»

Mélanie Brière et Joannie Trudel sont toutes deux responsables d’un service de garde en milieu familial. Lors de la manifestation, elles portaient du noir pour montrer le deuil que connait la profession d’éducatrice alors que se multiplient, assurent-elles, les fermetures de garderies en milieu familial. 

«Le portrait est très sombre. Il y a des fermetures massivement. La population croit que ça ne concerne que les jeunes familles et les éducatrices. C’est faux parce que nous avons une pénurie de main-d’oeuvre dans plusieurs secteurs, notamment en santé et en éducation», soutient Mélanie Brière qui estime que le Québec ne peut se passer de travailleurs qualifiés.

«Le manque de places en garderie accentue ces problèmes. Il y a des professionnelles de la santé qui sont retenues à la maison actuellement parce qu’elles ne trouvent pas de place en garderie.»

Les deux éducatrices estiment également que Québec devrait reconnaitre leurs formations et leurs compétences. Détentrice d’un baccalauréat en éducation, Mélanie Brière accueille six enfants à sa garderie où le développement de l’enfant est au centre des préoccupations. Or, ceci n’est pas pris en compte dans le salaire qu’elle reçoit. 

«Qui a envie de venir travailler à 12,42 $ de l’heure? Énormément d’éducatrices n’ont plus les moyens de conserver leur service», mentionne pour sa part Joannie Trudel. 

«Parce que j’ai trois garçons, ils comptent toujours dans mon ratio même si j’en ai deux qui sont à l’école. Ça m’enlève de la place pour accueillir des enfants.»