Une centaine de responsables des services éducatifs en milieu familial étaient réunies à Trois-Rivières, dimanche.
Une centaine de responsables des services éducatifs en milieu familial étaient réunies à Trois-Rivières, dimanche.

Garderies en milieu familial: grève illimitée dès avril

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Les 10 000 responsables de services de garde en milieu familial qui sont syndiquées auprès de la CSQ se sont prononcées dimanche en faveur d’une grève générale illimitée partout à travers la province. La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), rapporte que ses membres ont appuyé dans une proportion de 97,5 % le déclenchement de cette vaste grève à compter du 1er avril.

À Trois-Rivières, une centaine de responsables de services éducatifs en milieu familial (RSE) de la Mauricie étaient réunies à la Coopérative des ambulanciers de la Mauricie pour prendre part à cette assemblée générale de grève. Pour plusieurs d’entre elles, les conditions proposées par Québec et sur lesquelles elles devaient se prononcer ont eu l’effet d’une gifle.

«Ça me donne le goût de me rouler en boule et de pleurer. C’est très triste», s’émeut Sandra Marchand.

«C’est une offre ridicule. On espère que le gouvernement va changer de position, mais d’ici là, on va prendre les actions nécessaires», annonce Marie-Claude Gauthier.

«Il va falloir que le gouvernement nous reconnaisse à notre juste valeur», prévient pour sa part Nathalie Brochu.

La rémunération constitue le principal point en litige dans les discussions entre la FIPEQ et le ministère de la Famille.

Les responsables de services éducatifs ne sont pas rémunérées à l’heure; elles touchent plutôt une subvention du ministère pour dispenser le service à leur domicile. Elles ont fait estimer leur rémunération à partir du montant de la subvention et leurs heures de travail et autres dépenses.

La FIPEQ en conclut qu’elles touchent 12,42 $ l’heure et revendique l’équivalent d’un salaire horaire de 16,75 $ – ce qui correspond au premier échelon pour une éducatrice non qualifiée en centre de la petite enfance (CPE).

«Dans son discours, il (le ministre de la Famille) nous dit qu’on est importantes, qu’on fait partie du réseau, qu’on est le premier maillon de l’éducation des enfants. Mais quand on voit qu’il nous offre 12,48 $ de l’heure et que pour lui, c’est bien, on ne comprend pas. Ce sont des femmes qui font plus de 50 heures de travail par semaine, alors on ne comprend pas pourquoi, si on est si importantes que ça, il nous fait cette offre-là», soutient Mélanie Gélinas, présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial de la Mauricie.

60 000 familles affectées

Selon les calculs de la FIPEQ, quelque 60 000 familles sont touchées par ses moyens de pression, qui comprennent déjà des ouvertures tardives des services de garde les vendredis.

Plusieurs intervenantes rencontrées vendredi à Trois-Rivières croient cependant qu’une majorité de parents les comprendront et les soutiendront.

«Pour me permettre de venir ici aujourd’hui, c’est la mère d’un des enfants qui a gardé mes trois enfants, explique Joannie Trudel. Elle a fait la même chose vendredi, pendant l’action qu’on a faite. Je pense que ça en dit long sur leur soutien.»

«Sur six enfants, les parents de quatre d’entre eux vont sûrement nous accompagner. Les autres seront peut-être fâchés, mais s’ils étaient à ma place, je suis sûre qu’ils feraient la même chose», estime Eliana Pareja.

Le syndicat assure qu’il veut en venir à une entente d’ici la fin du mois pour éviter le débrayage.

«S’il faut être en négociation tous les jours, le soir, la fin de semaine, on va l’être», soutient Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ, en précisant qu’un blitz de négociations est prévu les 27, 28 et 29 mars.

Les travailleuses étaient réunies en assemblée générale dans une quinzaine de points de rencontre à travers le Québec, en cette Journée internationale des droits des femmes.

La FIPEQ tenait à marquer le coup, tandis que 99 % de ses membres sont des femmes.

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Un risque de prolifération de garderies «au noir»

Avec le spectre d’une grève générale illimitée, des responsables de services éducatifs en milieu familial craignent la prolifération de garderies «au noir», c’est-à-dire des gens qui offrent de garder des enfants contre une somme d’argent, mais qui ne sont pas accréditées et n’ont pas nécessairement les formations requises pour opérer un service de garde. 

C’est d’ailleurs l’absence de tout contrôle qui inquiète Mélanie Gélinas, présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial de la Mauricie.

«C’est sûr que ça va pousser. Des gens qui offrent des services à 10 $ par jour, sans le déclarer au gouvernement, ça existe déjà, mais c’est sûr que ça risque de se multiplier. Mais la formation de RCR, est-ce qu’ils l’ont? Et les assurances qu’on doit payer, la vérification des antécédents judiciaires? On ne dit pas que ce sont toutes des mauvaises personnes, mais il suffit d’un accident pour bouleverser la vie d’un tout petit», prévient-elle. 

Ce phénomène n’est pas nouveau. Faute d’avoir une place dans une garderie reconnue par le gouvernement, des parents n’ont d’autre choix que de se tourner vers des gardiens qu’ils paient «en dessous de la table». 

«Mon fils, qui a 22 ans aujourd’hui, a déjà fréquenté un de ces milieux. Un jour, quand je suis allé le chercher, il y avait 18 enfants dans la maison! Ça ne marche pas, mais si rien ne change, on s’en retourne vers ça», soutient-elle. 

Mme Gélinas rappelle en effet que le nombre de RSE diminue comme peau de chagrin, en Mauricie. Il en reste 380 alors qu’elles étaient 560 il y a quelques années à peine.

«On a fait un sondage auprès de nos membres et 55 % d’entre elles disent qu’elles fermeront leurs portes si leurs conditions de travail ne changent pas», affirme Mme Gélinas.

Avec La Presse canadienne