Vicky Normand, éducatrice en milieu familial à Trois-Rivières.
Vicky Normand, éducatrice en milieu familial à Trois-Rivières.

Garderies en milieu familial: aide et protection pour la réouverture, réclament les éducatrices

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La routine quotidienne a bien changé pour Vicky Normand depuis le début de la pandémie de coronavirus. L’éducatrice en milieu familial a poursuivi ses activités pour les enfants dont les parents travaillent en services essentiels. Accueil des enfants, préparation des repas, désinfection des surfaces et des jouets, organisation de la maison au complet, tout a été transformé par l’arrivée du virus, qui demande des mesures complètement différentes et surtout, bien des dépenses supplémentaires en matériel de protection et de désinfection. Dans les circonstances actuelles, Mme Normand voit mal comment ses collègues des milieux familiaux accrédités de la région peuvent envisager une réouverture prochaine sans au moins un plan bien précis mis en place par le ministère de la Famille.

«Ça va prendre un plan, ça va prendre des réponses à de nombreuses questions et ça va surtout prendre du matériel de protection», croit-elle.

Pour Vicky Normand comme pour certaines autres éducatrices en milieu familial accrédité, la poursuite des activités en ces temps de pandémie a été jugée comme un besoin essentiel par le gouvernement, étant donné que les travailleurs du milieu de la santé devaient pouvoir faire garder leurs enfants pour prodiguer les soins à la population. Avec l’annonce d’une réouverture prochaine des services de garde, plusieurs craignent devoir se mettre à risque de même que leurs familles pour reprendre du service, alors qu’on ne peut leur assurer un certain niveau de protection.

C’est le cas de Joanie Trudel, éducatrice formée en Technique d’éducation à l’enfance et qui possède son service de garde accrédité à la maison. Son service étant présentement fermé, elle craint de devoir rouvrir dans les conditions actuelles «Je suis inquiète pour ma famille, c’est certain. On nous considère comme un service essentiel, mais sans aucun équipement de protection. Il y a encore beaucoup de choses qu’on ne connaît pas en lien avec ce virus, et on va maintenant nous obliger à être le premier maillon sur lequel on va tester l’immunité sociale», se désole l’éducatrice, dont le fils souffre d’asthme chronique. Elle craint d’autant plus que le virus puisse entrer dans son service de garde, là où la distanciation sociale est quelque chose d’absolument impensable.

«Je connais une éducatrice qui a 58 ans et qui n’a même pas le droit de visiter ses propres petits-enfants, mais on va lui demander de rouvrir avec six enfants chez elle? C’est quand même spécial», constate Mme Trudel, qui a récemment écrit une longue lettre au ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. «Moi, après mon quart de travail, je n’ai pas de lieu sécuritaire pour me reposer et savoir ma famille à l’abri. Je sens que l’on va m’obliger à rouvrir mon milieu. Ce qui revient à partir en guerre, au front sans protection vers une fin inévitable. Être malade!», a-t-elle notamment écrit au ministre. Une lettre qui est demeurée sans réponse à ce jour.

Au cours des dernières semaines, plusieurs services de garde dans la région auraient fermé leurs portes, rapporte Vicky Normand, chez qui le téléphone n’arrête pas de sonner, car des parents qui viennent de perdre leur service de garde cherchent désespérément une place lorsque le gouvernement rouvrira les entreprises.

Il faut dire que les conditions salariales offertes aux éducatrices en milieu familial accrédité faisaient déjà l’objet de revendications importantes avant même le début de la pandémie. À 12,42$ de l’heure à raison d’un minimum de 50 heures par semaine, le ministère de la Famille avait offert une hausse de 6 cents de l’heure, ce qui avait déclenché une colère généralisée chez les éducatrices, qui réclamaient au moins le niveau d’une éducatrice non formée en CPE, soit 16,75$ de l’heure.

«J’entends parler d’éducatrices qui étaient à quelques années de leur retraite, mais qui décident de fermer tout de suite pour ne pas se mettre à risque. Avec les conditions salariales actuelles, est-ce que ça vaut vraiment la peine? Je les comprends de se poser la question. En même temps, ça va en prendre des garderies, on ne peut pas se passer de nos services», considère Vicky Normand.

Dans son cas, les produits nettoyants et les gants protecteurs ont été achetés à même son budget d’opération depuis le début de la pandémie, et ce, sans même parler des problèmes d’approvisionnement qu’elle rencontre au même titre que tous les autres citoyens. La réouverture prochaine des services de garde ne pourra cependant pas se faire sans qu’on permette au moins aux éducatrices d’avoir un meilleur accès à de l’approvisionnement et qu’on considère une aide monétaire pour garantir que le matériel sera déployé dans les services de garde, croit-elle.

Pour sa part, Joanie Trudel considère encore et toujours qu’elle fait le plus beau métier du monde, mais croit qu’il faudra que le gouvernement vienne en aide aussi à ce secteur pour qu’il puisse envisager une réouverture sécuritaire. «C’est une profession importante, où nous transmettons des valeurs et des apprentissages importants aux petits. On a récemment donné une prime importante aux préposées aux bénéficiaires et c’est tant mieux, cette reconnaissance était plus que due. Mais nous sommes au front nous aussi et nous aurons besoin d’aide. Déjà, avant la pandémie, les cohortes de formation étaient pratiquement vides. Il va falloir revaloriser la profession et ça commence par nous aider à travailler en sécurité», signale Joanie Trudel.