Nicole Poirier devant la maison actuelle de Carpe Diem qui sera conservée pour en faire un carrefour de services.
Nicole Poirier devant la maison actuelle de Carpe Diem qui sera conservée pour en faire un carrefour de services.

Futures maisons des aînés: Carpe Diem tend la main au gouvernement

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — C’est un grand moment pour la directrice générale de Carpe Diem, Nicole Poirier. Ce milieu de vie qui se consacre aux personnes aux prises avec la maladie d’Alzheimer devient en effet propriétaire après avoir été locataire pendant 25 ans. Carpe Diem vient en effet de finaliser l’achat de la maison et du terrain adjacent où sera construite sa future maison dès le printemps prochain.

D’un même élan, Mme Poirier souhaite que Carpe Diem inspire le gouvernement pour la création prochaine des Maisons des aînés et lui tend la main pour partager sa vaste expérience.

Carpe Diem est présentement occupé par une quinzaine de résidents atteints de la maladie d’Alzheimer. Aucun d’entre eux n’est décédé de la COVID-19, jusqu’à présent, souligne Mme Poirier, alors que des aînés sont morts par dizaines chaque jour dans les CHSLD du Québec, le printemps dernier.

Dans cette maison spécialisée, les résidents prennent un bain chaque jour. Leur menu, de style méditerranéen, varie d’une journée à l’autre et le personnel mange avec eux. Malgré la pandémie, les résidents ne portent pas de couvre-visage et le personnel porte un masque, mais pas de visière ni de jaquette. Des équipes s’affairent à désinfecter constamment les lieux.

C’est une maison chaleureuse où l’on donne des soins et non un lieu de soins qui veut se donner des airs artificiels de maison, explique Nicole Poirier.

L’établissement ne cesse d’étonner par ses mesures novatrices à la fine pointe des recherches en neurosciences. Mme Poirier raconte avec fierté avoir réussi à créer ce milieu de vie exceptionnel à partir d’une maison ordinaire. «Imaginez tout le potentiel et tout ce qu’une maison adaptée nous permettra d’accomplir», dit-elle avec enthousiasme.

La future maison de Carpe Diem permettra de mettre encore plus en application ce que les découvertes scientifiques proposent pour accompagner adéquatement les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Dans la nouvelle maison, le nombre de résidents passera de 15 à 25. La demande est très forte, indique Mme Poirier. Le bassin desservi par Carpe Diem se limite au territoire du CIUSSS-MCQ. La demande au Québec pour une maison avec une telle expertise est si forte et des gens vont jusqu’à louer un appartement dans la région dans l’espoir de pouvoir avoir accès à ce service, raconte la directrice générale.

«Small is beautiful», dit l’adage. Or, c’est justement parce que la résidence n’est pas grosse et que les équipes y sont donc petites qu’on arrive à avoir beaucoup de souplesse devant l’imprévu, explique Mme Poirier.

Durant le confinement, raconte-t-elle, personne n’a été enfermé dans sa chambre et les résidents ont pu continuer à manger dans leur cuisine. C’est qu’ici, il n’y a pas de vaste salle à manger, mais plusieurs petites cuisines de grosseur familiale. Le concept de bulle, qu’on préfère appeler ici des groupes, est facile à appliquer. Tout se passe plutôt au niveau des équipes de travail qui ont réparti leurs tâches autrement afin de limiter les contacts avec les résidents tout en continuant à s’occuper d’eux.

Ce n’est pas pour rien que les vastes espaces intérieurs n’ont pas lieu d’être dans cet établissement et ne se trouveront pas non plus dans la future maison. Des ingénieurs en acoustique ont été consultés en vue de la construction pour éviter la réverbération des sons, incompatible avec le bien-être des personnes atteintes d’Alzheimer. Tout sera donc pensé en fonction de leurs besoins particuliers, de la grosseur des pièces au revêtement des planchers et du plafond en passant par la robinetterie sur laquelle des dispositifs empêchent que l’eau du bain soit trop chaude et qu’un résident s’ébouillante accidentellement, comme c’est arrivé il y a quelques années dans un CHSLD.

Alors que le gouvernement du Québec s’apprête à annoncer une politique sur l’hébergement dans laquelle il souhaite innover, Nicole Poirier lève la main pour partager son savoir et son expérience.

Non seulement Carpe Diem, qu’elle a fondé, représente un succès indéniable qui attire l’attention dans plusieurs pays du monde, la Trifluvienne a aussi longtemps travaillé dans les CHSLD. Les problèmes qui s’y trouvent, elle les connaît bien et selon elle, ça fait 30 ans qu’ils durent.

La volonté du gouvernement de créer des Maisons des aînés «arrive à un moment où nous sommes en mesure de collaborer et de partager notre expertise, nos formations et les fruits de nos apprentissages», dit-elle. «Nous offrons toute notre collaboration au gouvernement, et particulièrement dans la mise en oeuvre des maisons des aînés. L’occasion est belle pour le gouvernement de sortir des sentiers battus et de s’inspirer de ce qui se fait ici, à Trois-Rivières», plaide Nicole Poirier.

Carpe Diem a l’intention de conserver la maison qu’elle occupe actuellement afin d’y aménager un carrefour de services où seront dispensés des services de soutien et de formation.