Cinq organismes s’allient pour lutter contre les préjugés. On voit à l'avant, de gauche à droite, Maryse St-Arneault de la TCMFCQ, Lise Michelin de la SRAADD, Pierre Blanchet de la CDPAS, Ivan Alonso Suaza du SANA Trois-Rivières et Frédérick Dagenais du SFPQ.

Front commun contre les préjugés

Une mauvaise blague, une insulte lancée à un pur inconnu, un message sur Facebook, les préjugés ont mille et une façons de faire leur chemin et il est rare qu’ils n’atteignent pas leur cible. Les gens visés en ressentent durement les effets. Cinq organismes s’unissent dans l’espoir qu’en disant haut et fort ce que certains subissent tout bas, ils parviendront à sensibiliser la population aux impacts parfois dévastateurs des préjugés et à encourager le mieux vivre ensemble.

«Les préjugés ont des conséquences pour les personnes qui les vivent. Ça peut aller jusqu’à des problèmes de santé mentale, à des dépressions. Dans le fond, ça n’aide personne. Même  pour les personnes qui les portent ces préjugés. Oui, ça défoule si on peut dire, mais en bout de ligne, ça ne fait pas qu’on a une meilleure société et qu’on se sent plus à l’aise dans notre milieu», souligne Pierre Blanchet, porte-parole de la Coalition pour les droits des personnes assistées sociales (CDPAS) de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

En plus de la CDPAS, des représentants du Service d’accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières (SANA), de la Solidarité régionale d’aide et d’accompagnement pour la défense des droits en santé mentale du Centre-du-Québec-Mauricie (SRAADD), du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et de la Table de concertation du  mouvement des femmes du Centre-du-Québec (TCMFCQ) étaient présents.

«Notre point en commun, c’est qu’on est préoccupé par l’impact des préjugés. On est préoccupé par les conséquences qu’ils ont sur les individus», explique M. Blanchet. Par exemple, une consultation menée par la CDPAS auprès de prestataires de l’aide sociale a permis de déterminer que 55% des personnes sondées disent vivre une perte d’estime d’elles-mêmes et 30% affirment que les préjugés affectent leur moral ou leur santé mentale. «On travaille au quotidien à accompagner les gens à l’aide sociale dans différentes situations et on se rend compte que les préjugés les écrasent. C’est le sentiment qu’ils en ont», déplore M. Blanchet. «Les préjugés sont un des facteurs importants qui nuisent à plusieurs d’entre eux dans leurs démarches pour quitter l’aide sociale», ajoute-t-il.

Pour sa part, la SRAADD accompagne régulièrement des personnes qui ont une problématique en santé mentale. Du locataire qui se fait dire par son propriétaire d’aller se faire soigner ou de la dame en crise qui reçoit un avis d’éviction plutôt que de l’aide, Lise Michelin, directrice  de la SRAADD, en voit de toutes les couleurs. «C’est principalement dans nos actions quotidiennes qu’on constate des préjugés envers les personnes qui ont une problématique en santé mentale et on intervient souvent.»

Les fonctionnaires sont aussi victimes de préjugés, constate Frédérick Dagenais, président régional du SFPQ. «Des employés paresseux en congé perpétuel, bénéficiant d’avantages sociaux qui ne sont pas toujours à la mesure de leur compétence, des travailleurs inefficaces protégés par la sécurité d’emploi, voilà quelques-uns des préjugés qu’entretiennent la plupart des gens à l’endroit des fonctionnaires. Oui, les fonctionnaires subissent de l’intimidation, ils subissent aussi de la violence.»

Pour la TCMFCQ, différents préjugés viennent s’ajouter au sexisme. «Par exemple, une femme noire sera discriminée à la fois en tant que femme et en tant que noire», explique Maryse St-Arneault, agente de projet. 

Si ces organismes ne sont pas prêts à dire qu’il y a plus de préjugés, il reste qu’on assiste dans certaines circonstances à une radicalisation du propos de certaines personnes, particulièrement via les médias sociaux. «Nous vivons un moment historique, le réveil de la peur, de la méfiance envers tout ce qui est différent», déplore Ivan Alonso Suaza, directeur général du SANA Trois-Rivières. «On voit beaucoup de choses dans les médias qui sont le reflet de ce qu’on entend aussi dans la société, les gens sont moins tolérants vis-à-vis les différences dans toutes sortes de situations», note M. Blanchet. «C’est beaucoup plus ouvert, donc on peut s’en permettre beaucoup plus sur les médias sociaux», estime M. Dagenais.

En plus de sensibiliser la population, ces organismes espèrent que le gouvernement va prendre davantage d’actions pour lutter contre ces idées préconçues. «On fait un appel à tous, et en même temps, un appel au gouvernement pour que de nouvelles mesures soient prises pour lutter contre les préjugés. On veut un mieux vivre ensemble», mentionne M. Blanchet.