Manon Gagnon a évité une fraude de plus de 280 000 $ à son employeur grâce à sa vigilance.

Fraude du président: «Ça peut arriver à n'importe qui»

La fraude du président, un nouveau type de fraude qui a fait son apparition au cours des dernières années, aurait pu coûter bien cher à une entreprise de Bécancour, qui a heureusement évité le pire grâce à la vigilance de Manon Gagnon, contrôleuse pour cette entreprise qui oeuvre dans le génie civil et l'industriel.
La fraude du président est l'un des types de fraudes que tentent d'enrayer les différents corps policiers de la province, à l'occasion du mois de la prévention de la fraude qui a débuté mercredi. Pour Manon Gagnon, parler de l'expérience qu'elle a vécue l'an dernier est le meilleur moyen de sensibiliser les citoyens et les entreprises, et les inciter à la vigilance et aux bonnes pratiques.
Un matin de février 2016, Manon Gagnon a reçu un courriel de son patron qui l'informait qu'il était présentement en négociation avec des partenaires d'affaires afin de procéder à une importante transaction de niveau international pour l'entreprise. 
Étant donné la nature confidentielle des négociations, il lui demande de ne pas en parler et dit vouloir communiquer uniquement par courriel en raison des nouvelles règles imposées par l'Autorité des marchés financiers, qui demande de conserver une trace de toutes discussions relatives aux transactions de la sorte.
Mais le patron de Mme Gauthier n'a jamais envoyé ce courriel. C'était plutôt des fraudeurs qui avaient usurpé son adresse courriel et qui communiquaient avec la contrôleuse. Aucun moyen pour elle, même en regardant l'adresse à laquelle elle répondait, de savoir qu'elle ne parlait pas à la bonne personne. 
«Mon patron, ou plutôt celui qui se faisait passer pour lui, me disait qu'il avait entièrement confiance en moi, que ma discrétion était nécessaire pour ne pas faire avorter la transaction. Ils vont jusqu'à jouer avec le lien de confiance qui nous unit avec notre employeur. Ça va loin», constate-t-elle.
L'interlocuteur lui dit alors qu'un notaire va la contacter pour officialiser le tout et lui demande aussi de prendre tout de suite les mesures avec la banque pour vérifier les liquidités. Tout se fait toujours dans l'urgence de conclure une transaction qui semble pouvoir avorter si on n'agit pas le plus rapidement possible. 
«Le prétendu notaire m'a en effet appelé deux heures plus tard. Il était au courant de tellement de détails concernant l'organisation de l'entreprise que c'était facile d'y croire», constate Mme Gagnon, qui rappelle que sur Internet et même au Registre des entreprises, des malfaiteurs peuvent en apprendre beaucoup sur les entreprises.
En Euros
Au moment de procéder à la transaction finale, Mme Gagnon reçoit un nouveau courriel de son patron, lui indiquant le montant nécessaire: 200 000 euros (plus de 280 000 $ canadiens). C'est là que Mme Gagnon s'est mise à douter de la véracité de cette affaire.
«Normalement, toutes les transactions que nous faisons sur le plan international se font en dollars américains. Et le montant était trop important pour ne pas que je me pose de questions. Ils ont été trop gourmands», signale-t-elle.
Pour en avoir le coeur net, elle réécrit à son patron en lui posant une question très personnelle, une question pour laquelle seulement lui pouvait connaître la réponse, afin qu'elle soit certaine de parler à la bonne personne. 
«La personne m'a réécrit en me disant que ça n'avait pas rapport, que je lui faisais perdre son temps et que je devais procéder immédiatement au transfert. J'ai su tout de suite que ça clochait. J'ai contourné alors l'indication de départ de mon patron et je l'ai contacté par téléphone. Il m'a dit qu'il ne m'avait jamais envoyé un seul courriel de toute la journée», se souvient Mme Gagnon, qui a alors mis fin à l'échange, non sans se sentir réellement ébranlée par toute cette histoire.
«Ça a été comme un choc. Toute la journée, ça n'a pas été facile. Je me disais: et si je l'avais fait? C'est tellement bien ficelé comme type de fraude, ça peut arriver à n'importe qui», constate-t-elle.
Depuis cet épisode, l'entreprise pour laquelle travaille Mme Gagnon a mis de nouvelles mesures en place. En plus d'offrir de la formation pour se protéger contre la fraude, des consignes précises ont été données aux employés lors de telles situations, dont la vérification systématique par téléphone, malgré toutes les indications contraires.
Mieux vaut prévenir...
Des histoires comme celle de Manon Gagnon et son employeur, les policiers en entendent régulièrement. Partout au Québec, les corps policiers s'unissent durant le mois de mars afin de prévenir les différents types de fraudes, dont la cyberfraude, le vol d'identité, la fraude du président et la contrefaçon de billets.
La Sûreté du Québec rappelle d'ailleurs que jamais les organisations gouvernementales et les institutions financières ne communiquent avec les citoyens pour obtenir le versement d'une caution, ou n'ont jamais recours à un service de virement d'argent. Il importe, rappelle la SQ, de résister à la pression et à l'urgence d'agir rapidement sans contre-vérifier une demande qui nous est adressée.
Il ne faut par ailleurs jamais donner de renseignements personnels à un interlocuteur si on ne peut correctement l'identifier. Il ne faut pas non plus envoyer d'argent à quelqu'un qu'on ne connaît pas, ne jamais fournir son numéro de carte de crédit à moins d'avoir validé l'identité de la personne ou de l'organisme avec lesquels on transige.
Toute fraude doit être signalée aux différents corps policiers ainsi qu'au Centre antifraude du Canada au 1-888-495-8501.