Paul Racette, directeur général du Foyer des marins de Trois-Rivières.

Foyer des marins: 20 ans de solidarité

TROIS-RIVIÈRES — Le port de Trois-Rivières accueille chaque année plusieurs milliers de marins, venant d’un peu partout dans le monde. Tous ont accès au Foyer des marins, un organisme à but non lucratif qui leur offre depuis 20 ans une gamme de services visant à rendre leur séjour au Québec plus agréable. Si certaines réalités de la vie de marin en escale dans un pays étranger sont restées les mêmes après deux décennies, d’autres ont bien changé, par exemple la façon de contacter sa famille et ses proches.

«Avant, on vendait des cartes d’appel et on avait des cabines téléphoniques, raconte Paul Racette, directeur général du Foyer des marins. Les marins jasaient beaucoup avec nos bénévoles en attendant de téléphoner. Aujourd’hui, les gens contactent leur famille avec leur téléphone intelligent, dès qu’ils voient qu’on a du WiFi.»

Bien que leur premier réflexe en arrivant au Foyer soit de se coller le nez sur leur téléphone, les marins en escale finissent tout de même par échanger avec les bénévoles de l’organisme. «On a quand même un bon contact avec eux, quand ils ont fini de contacter leur famille», souligne M. Racette. Celui-ci souligne d’ailleurs que maintenant, au lieu des cartes d’appel, ce sont plutôt des cartes SIM que réclament les marins de passage.

Mal préparés au froid

La vente de vêtements d’hiver est l’un des services qui restent toujours aussi utiles à travers les années. En effet, si certains marins sont préparés à affronter l’hiver québécois, nombreux sont ceux qui ne sont pas habillés adéquatement. Grâce aux dons de ses partenaires, le Foyer vend aux marins de passage des vêtements d’hiver à petit prix, ce qui leur permet de prendre l’air sur la terre ferme tout en restant au chaud.

«C’est un service qui fonctionne toujours très bien, confirme M. Racette. Quand ils sont sur leur bateau, ils ont l’équipement approprié pour travailler, mais ils n’ont pas forcément les vêtements adéquats pour aller sur la terre ferme, puisqu’ils ne savent pas toujours qu’ils vont aller au Québec en hiver.»

La générosité des Mauriciens et Mauriciennes sert également à garnir les sacs de Noël qui sont remis chaque année aux marins de passage pendant la période des Fêtes. Cette année, 300 sacs ont été préparés par l’organisme et près de la moitié ont déjà été distribués. Ces sacs contiennent des grignotines, des produits pour l’hygiène, mais également des articles confectionnés à la main par de bons samaritains.

«Il y a beaucoup de tricots faits par des femmes de la région, comme des bas, des tuques et des mitaines. Il y a aussi des vêtements neufs et des casquettes neuves. Des gens donnent aussi des brosses à dents, de la pâte à dents, des déodorants, du chocolat et des friandises», illustre M. Racette.

Les dons du public permettent également au Foyer des marins d’offrir du café, des biscuits et des croustilles aux matelots de passage, explique M. Racette. Selon lui, les marins valent d’ailleurs bien ce petit effort de générosité.

«C’est traditionnel dans les foyers des marins d’aider les marins à passer un Noël plus agréable parce qu’ils sont loin de leur famille. Et puis c’est grâce à eux autres si à Trois-Rivières on a du chocolat qui rentre, du sucre et plein d’autres choses. Alors on en prend soin et on est reconnaissants pour ce qu’ils font pour nous autres.»

Tradition mondiale

Le Foyer des marins de Trois-Rivières a été fondé en 1998 par Monseigneur Martin Veillette, du Diocèse de Trois-Rivières, à la demande du pape Jean-Paul II. «Le pape avait envoyé une lettre aux évêques à travers le monde entier, leur demandant de prendre soin avec zèle des marins et des gens qui travaillent au port, explique M. Racette. Alors c’est dans cette optique-là que ça a été créé.»

Le directeur général confirme d’ailleurs que la plupart des villes portuaires à travers le monde ont leur foyer des marins, soutenu par la communauté religieuse locale. Seule la Chine n’aurait pas de tels organismes, selon ce que des marins chinois ont rapporté à M. Racette.

À Trois-Rivières, toutefois, l’évêché s’est retiré de l’organisme en 2014, ce qui a forcé ce dernier à trouver d’autres partenaires pour poursuivre sa mission. Malgré l’incertitude causée par ce retrait, force est de constater que le Foyer des marins garde le cap et continuera à servir de lieu de répit, de socialisation et d’entraide dans les années à venir, comme il l’a déjà été pour plus de 55 000 marins depuis sa création.