La présence policière était accrue, samedi après-midi, au centre-ville de Trois-Rivières à cause de deux manifestations.

Forte présence policière pour contenir deux manifestations

TROIS-RIVIÈRES — Le centre-ville de Trois-Rivières a été le théâtre de deux importantes manifestations qui impliquaient la Vague bleue, un rassemblement nationaliste en faveur de la laïcité de l’État, et le collectif TRès inclusif, un groupe de citoyens qui s’oppose à ce mouvement. Le climat était très tendu, ce qui a amené les policiers de Trois-Rivières et la Sûreté du Québec à contrôler l’animosité des foules. Aucun incident majeur n’est survenu.

La Vague bleue s’est rassemblée au parc Victoria à 13h30 afin de marcher pour appuyer notamment la Loi sur la laïcité, tout en faisant la promotion d’une constitution citoyenne du Québec. La manifestation se voulait festive et conviviale grâce à de la musique et un artiste invité. Les partisans de ce mouvement portaient majoritairement un accessoire à l’effigie de la province, certains transportaient un drapeau et d’autres arboraient fièrement la fleur de lys. Un total de 125 membres de la Vague bleue faisait partie de la manifestation. 

«Trois-Rivières c’est une belle ville. Avec le projet de loi de la CAQ, c’est normal que tout le monde doive être neutre quand ils travaillent pour le gouvernement, mais moi j’irais un peu plus loin. Les immigrants doivent se conformer au peuple qui les accueille», soutient Stéphane Gagné, un militant de la Vague bleue qui décrit ses idéologies comme étant conservatrices. Selon lui, ce sont aux Québécois de reprendre le contrôle de leur province.

«Je viens à la manifestation en tant que nationaliste. Je suis un blanc, je suis fier de ma patrie et j’aime ça me promener et me sentir chez moi. On n’est pas à Montréal ici. C’est pour ça qu’il faut garder notre image de ville de blancs», soutient M. Gagné.

Un total de 125 manifestants de la Vague bleue était présent à la manifestation.

Au Carré de la Fosse, environ 200 personnes ont participé à l’événement du collectif TRès inclusif, qui se voulait une contre-manifestation à la Vague bleue. Les organisateurs associent ce mouvement à «l’extrême droite québécoise», ce qu’ils déplorent. Rappelons que le projet de manifestation de la Vague bleue a suscité plusieurs critiques de la part des citoyens qui dénonçaient que les organisateurs puissent cacher leurs réelles intentions en étant soit des proches ou des anciens membres de l’organisation anti-immigration «Storm Alliance».

«On veut faire comprendre qu’il y a des gens dans la société, comme nous, qui vont tout faire pour mettre en déroute les groupes comme ceux de la Vague bleue. On veut protéger les personnes qui subissent du racisme et la plupart des personnes qui sont victimes d’oppressions», soutient une militante âgée de 24 ans. Cette jeune femme provient d’un groupe de manifestants montréalais qui s’est déplacé à Trois-Rivières en autobus.  La plupart des manifestants s’identifiaient à l’antifascisme.

«Nous sommes des gens qui partagent des valeurs humanistes et des valeurs de libertés et qui souhaitent changer la société parce qu’ils voient que la société est oppressive», complète-t-elle. À noter, la militante a souhaité conserver l’anonymat par peur de représailles.

D’ailleurs, Mariannick Mercure, conseillère municipale du District des Forges, a fait acte de présence au rassemblement pour donner un appui au mouvement TRès inclusif. «C’est important d’envoyer le message qu’on est bien plus nombreux pour la tolérance et l’inclusion que les gens qui sont contre l’inclusion et qui sont racistes», soutient-elle. Selon elle, Trois-Rivières est une ville inclusive: « Quand on fait des activités avec les nouveaux arrivants on sent que les gens se sentent bienvenus ici. C’est clair qu’on est inclusif et on va le rester.» 

L'escouade antiémeute de la Sûreté du Québec était présente sur les lieux.

Au courant des manifestations, l’ambiance était particulièrement tendue, entre autres du côté du collectif TRès inclusif, qui s’était rassemblé en face du Café Frida. Rapidement, la Sûreté du Québec a dû déployer l’escouade antiémeute pour calmer les manifestants qui voulaient défier les policiers. Notons que les manifestants qui étaient plus engagés avaient majoritairement le visage caché par un foulard. Quelques altercations ont éclaté et du gaz lacrymogène a été lancé en direction des participants de la contre-manifestation.

Par tous les moyens possibles, la bande du collectif a essayé de rejoindre la Vague bleue, en tentant de déjouer les policiers. Ces derniers ont dû modifier l’itinéraire fourni par la Vague bleue afin d’éviter que les groupes se rencontrent. La Vague bleue a finalement abouti au parc portuaire, en face du Couvent des Ursulines. Quant à eux, les nationalistes festoyaient et dansaient au rythme des paroles de leur artiste invité, dans une atmosphère pacifique. 

«C’est la première fois que je vois autant de présence policière à Trois-Rivières. Je ne blâme pas les policiers parce qu’il y avait des membres de l’antifascisme qui cherchaient à faire du trouble. On voit que la Vague bleue ne cherchait pas la confrontation», constate Vickie Schnieders, membre d’Amnistie internationale de Trois-Rivières. 

Vers 15h, les partisans qui se sont alliés au collectif TRès inclusif ont réussi à atteindre la terrasse Turcotte et le parc des Ursulines. Ils ont d’ailleurs lancé des projectiles aux policiers, mais ils ont rapidement été dispersés. 

«L’événement s’est terminé vers 16h. Aucun événement déplorable ni aucun blessé ne furent répertoriés lors du déroulement des manifestations. Les policiers sont demeurés présents jusqu’à 17h afin de s’assurer que celle-ci se termine dans l’ordre. Seul un individu qui était en possession d’une bonbonne de poivre de cayenne fera l’objet de procédures pénales», conclut le sergent aux relations publiques de la police de Trois-Rivières Luc Mongrain. 

Le Café Frida réagit

Dans un message publié sur Facebook, la propriétaire du Café Frida a dénoncé «la campagne de salissage» dont son commerce est la cible «par une trentaine (voir plus) de membres de la Vague bleue». Elle a par conséquent pris la décision de retirer la section d’avis de la page Facebook du café en rappelant que l’entreprise n’a «aucun lien avec aucun regroupement, association ou parti politique ou manifestant, depuis toujours». Elle exprime ses craintes face aux actions des membres de la Vague bleue et remet en question la décision de la police de Trois-Rivières d’avoir accepté que la manifestation de ce week-end ait «lieu devant le commerce, rempli d’employés inquiets depuis un mois». 

Avec la collaboration de Kim Rompré