Denis Pratte
Denis Pratte

Formation accélérée de préposé en CHSLD: la pandémie qui a tout changé

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
Depuis plus d’un mois, ce sont plus de 350 étudiants en Mauricie et au Centre-du-Québec qui sont de retour sur les bancs d’école afin de suivre la nouvelle formation accélérée de préposé en CHSLD, mise sur pied par le gouvernement. Alors que pour certains, ce parcours était une suite logique à leurs études, pour plusieurs, et même pour la grande majorité, il s’agit plutôt d’une réorientation de carrière spontanée. Pourquoi ont-ils fait ce choix et comment se déroule leur formation jusqu’à présent? À quelques jours d’entamer leur première journée de stage en CHSLD, des futurs préposés se sont entretenus avec Le Nouvelliste à ce sujet. Voici le portrait de quatre d’entre eux.

Denis Pratte

Du plus loin qu’il se souvienne, Denis Pratte a toujours été un passionné du domaine des médias. Pendant 36 ans, il y a notamment travaillé comme représentant publicitaire, puis comme rédacteur publicitaire dans plusieurs stations de radio de la région. Aujourd’hui âgé de 58 ans, c’est un tout autre métier qui l’attend désormais. Celui de préposé aux bénéficiaires.

Au cours des derniers mois, cette nouvelle réalité s’est en effet avérée être une évidence pour l’homme de Trois-Rivières.

«J’ai décidé de faire le saut pour plusieurs raisons. La première, c’est que j’étais rendu à faire un grand virage dans ma vie, car la radio, c’est un beau milieu, mais qui vient avec son lot de pression et j’étais fatigué de gérer cette pression-là. De plus, quand j’ai vu que l’armée débarquait dans les CHSLD, je me disais pourquoi ils vont aider, ils n’ont pas de formation pour travailler avec cette clientèle. Je trouvais ça inconcevable, donc je me suis dit, je dois faire quelque chose. Quand le gouvernement a lancé la formation, j’ai décidé qu’il fallait que je m’implique.»

S’est donc enclenché tout le processus et le début de la formation accélérée le 17 juin dernier.

«Quand je suis arrivé dans le stationnement le premier jour de classe, j’avais peur d’être le plus vieux, mais au contraire, la moyenne d’âge est entre 35 et 45 ans. D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé la formation, on avait un beau groupe et les professeurs ont su se revirer de bord rapidement. On s’ajustait au jour le jour, mais j’ai adoré et ce n’est pas terminé, puisqu’on commence les stages la semaine prochaine», précise-t-il.

À l’aube du début des stages, c’est d’ailleurs avec une certaine fébrilité que Denis Pratte envisage cette nouvelle réalité.

«Je suis un gars de défis, donc je suis prêt à commencer n’importe quand et peu importe le quart de travail. Je suis vraiment prêt à exercer mon nouveau métier. Et si en terminant une journée, j’ai rendu un sourire à une personne, je pense que ça va être ma récompense», conclut-il sereinement.

Marc Buri

Originaire de la Suisse, Marc Buri a travaillé pendant plus de 20 ans comme ambulancier. Lors de son arrivée au Québec, il s’est plutôt orienté vers le domaine de la sécurité et plus récemment, comme aide de service au sein du CIUSSS MCQ.

Marc Buri

Mais lorsqu’il a entendu l’annonce gouvernementale pour la formation accélérée de préposés, il a rapidement saisi l’occasion d’en faire son futur métier. «Il y a quatre ans, j’ai perdu mon épouse d’un cancer et j’avais besoin de retourner dans le milieu préhospitalier. À l’âge de 58 ans, je ne suis pas très loin de la retraite, donc je me suis dit que c’était le moment de faire quelque chose pour ces gens-là.»

Alors que la formation accélérée n’existait tout simplement pas il y a quelques mois, Marc Buri se dit très satisfait de son déroulement jusqu’à présent.

«On a commencé le 17 juin et ça se passe bien jusqu’à maintenant. Les gens qui sont là sont des passionnés. Je peux dire qu’on est vraiment bien entourés. C’est aussi très intéressant, car j’ai été pendant 20 ans dans le milieu paramédical, mais ça reste deux métiers très différents», explique-t-il.

D’ailleurs, contrairement à ce que plusieurs personnes peuvent penser, ce n’est pas le salaire de 26 $ l’heure promis par le gouvernement qui attiré l’homme vers cette formation.

«Je ne fais pas ça pour l’argent, je fais ça parce que j’ai envie de faire ma part. Ce que je souhaite faire et que je trouve le plus gratifiant, c’est de pouvoir amener à ces gens-là du soleil dans leur journée. Et si j’arrive à leur décrocher un sourire, c’est déjà bien», précise-t-il.

À l’heure où le début des stages a bientôt sonné, Marc Buri se dit d’ailleurs très confiant pour la suite des choses. «J’ai hâte de commencer bien sûr. Je pense que ça va très bien se passer puisque je connais déjà un peu l’environnement de travail, car j’ai été aide de service auparavant.»

Lise Paillé

Lorsqu’il est question de la gestion d’une entreprise, Lise Paillé s’y connaît plutôt bien. En effet, la dame de Trois Rivières a toujours été à la barre de ses propres entreprises, avant de devenir représentante pour des cosmétiques et des soins de la peau au cours des dernières années.

Lise Paillé

Pourtant, ce n’est pas ce qui a empêché la femme âgée de 57 ans de faire le saut dans une toute nouvelle profession qui n’est finalement pas si inconnue pour elle.

«J’ai déjà accompagné des gens en fin de vie et c’était vraiment quelque chose qui me passionnait. Je me disais qu’à ma retraite, j’allais accompagner ces gens-là. C’était déjà un but pour moi. Donc quand j’ai vu que  M. Legault offrait la formation accélérée, je me suis dit, pourquoi ne pas commencer tout de suite pour aller les aider. C’est donc ce qui m’a poussé à y aller.»

Mme Paillé aurait d’ailleurs très bien pu ne jamais faire cette formation. Contrairement à ses collègues, elle a reçu un appel alors que la formation avait déjà débuté.

«J’ai été surprise, mais vraiment contente de recevoir l’appel. Mais il faut dire que je l’ai su la journée même du début de la formation, car il y avait eu une erreur. On m’a téléphoné vers 15 h 15 pour me dire que je devais me présenter dès le lendemain», raconte-t-elle en riant.

Après plus d’un mois passé sur les bancs d’école, Lise Paillé estime d’ailleurs que la formation dépasse ses attentes.

«La formation va super bien. J’aime vraiment ça et ça va mieux que ce que je pensais. C’est génial, on apprend beaucoup en peu de temps.»

C’est donc toujours avec la même passion qu’elle s’apprête à amorcer son stage au Centre Saint-Joseph de Trois-Rivières dès la semaine prochaine. «Je suis prête à y aller avec tout mon cœur, mon bon vouloir et mon bon savoir. Et je crois qu’on a le bagage nécessaire pour aller supporter les préposés actuels. J’ai hâte d’être sur le plancher», avoue-t-elle.

Normand Doucet

Normand Doucet avait l’habitude de voyager fréquemment à travers le monde avant la pandémie. C’est tout à fait normal, puisqu’il était guide touristique à l’international et même agent de voyage à temps partiel. La pandémie l’a évidemment obligé à se remettre en question.

Normand Doucet

«Quand tout s’est arrêté du jour au lendemain, la question que je me suis posée, c’est qu’est-ce que je pourrais faire qui serait intéressant. J’ai regardé un peu partout et quand le gouvernement a dit qu’on pouvait contribuer, ça a commencé à m’agacer. J’ai finalement trouvé ma réponse avec la formation de préposé. Et je me suis rappelé que lorsque j’étais plus jeune, les personnes âgées m’intriguaient, car ce sont des personnes qui ont toujours quelque chose à raconter, car elles ont vécu avant la facilité et la rapidité.»

Concernant l’ampleur de la tâche à réaliser dans son futur métier, M. Doucet reste toutefois très lucide. «Je sais que ça va être un travail très ardu. Nos formatrices ne nous ont pas mis ça au plus beau pour savoir jusqu’à quel point on voulait vivre ça. Mais elles n’ont pas réussi à m’enlever mon envie.»

D’ailleurs, bien que la formation n’ait pas toujours été de tout repos, Normand Doucet reste très impressionné par la qualité du programme.

«Au départ, je me demandais si c’était vraiment sérieux comme formation puisque ce n’est pas très long. Mais je me suis trompé, parce que c’est vraiment plus solide et ardu que ce que je m’imaginais. Par contre, ça se fait très bien, mais il faut vraiment mettre du temps et de l’énergie pour y arriver», explique-t-il.

S’il est satisfait de la formation jusqu’à maintenant, à quelques jours de mettre les pieds dans son futur lieu de stage au Centre Cloutier-du Rivage, c’est toutefois un mélange d’excitation et de fébrilité qui envahi Normand Doucet.

«C’est drôle, j’ai plus de papillons dans l’estomac à quelques jours de commencer le stage que la journée de mes noces. Mais ce sont des bons paillons. Ce n’est pas du stress, c’est de l’excitation», image-t-il.