La quantité de déchets qui se retrouve sur les berges des étangs d’épuration des eaux usées est phénoménale... et pas toujours ragoûtante.

«Flusher» ses mauvaises habitudes: Trois-Rivières sensibilise ses citoyens à la gestion des eaux usées

Trois-Rivières — Condoms, brosses à dent, seringues, stylos, jouets, soie dentaire, applicateurs de tampons hygiéniques, mégots de cigarettes, médicaments, tubes de Polysporin... En marchant sur le bord des étangs d’aération des eaux usées de la Ville de Trois-Rivières, la vue est surprenante. Ces étangs d’aération, les plus grands au Québec et les troisièmes au Canada, sont bordés de toutes sortes de détritus qu’on ne pourrait même pas soupçonner. Des déchets qui, aussi étonnant que cela puisse paraître, sont jetés quotidiennement dans les toilettes par les Trifluviens, un geste banal pour le citoyen qui ne peut concevoir qu’au bout de cette chaîne de traitement, son petit geste pourrait coûter cher à l’ensemble de ses concitoyens.

C’est pour informer la population, mais surtout pour les sensibiliser aux impacts de leurs petits gestes quotidiens, que la Ville de Trois-Rivières ouvre ces jours-ci aux citoyens les portes de ses étangs d’aération de la route Bradley, de même que de sa station de pompage de la rue des Érables. Dimanche dernier, plus de 500 citoyens se sont déplacés pour venir en apprendre davantage. L’expérience sera répétée ce dimanche.

Jeudi, ce sont les représentants des médias qui ont eu droit à cette visite guidée, à la fois odorante et instructive... Une visite qui transforme littéralement notre façon de concevoir tant notre consommation d’eau potable que notre gestion des déchets domestiques. Car si les eaux usées qui arrivent au poste de traitement principal situé non loin de l’usine Wayagamack passent systématiquement à travers un grillage qui retiendra la majorité de ces déchets, une bonne partie se frayera tout de même un chemin jusqu’aux étangs d’épuration, causant au passage des bris dans les systèmes de pompage, des déversements ou encore la nécessité de faire de nombreuses opérations pour éviter que ces indésirables soient rejetés dans le fleuve Saint-Laurent une fois la décantation des eaux usées terminée, au bout de 21 jours.

Tubes de Polysporin, seringues, jouets, applicateurs de tampons, condoms... voilà quelques déchets qui sont jetés quotidiennement dans les toilettes par les Trifluviens.

Le message est clair, et même véhiculé sur des documents officiels d’information: la Ville souhaite que le citoyen «flushe» ses mauvaises habitudes.

«Les gens n’ont pas toujours conscience de l’impact que ça peut avoir sur le système, et en bout de ligne des coûts que ça peut engendrer pour les contribuables», constate le chef de service - Service hygiène du milieu, Jean Mercier. Son collègue, opérateur aux étangs d’aération est plus direct. «Ce qui devrait aller dans la toilette, c’est uniquement du papier hygiénique et... vos numéros deux!»

Qu’on se le tienne pour dit!

Jean Mercier, chef de service - Hygiène du milieu.

Malgré tous ces défis relevés chaque jour par les 25 employés affectés directement au réseau d’eau potable de la Ville de Trois-Rivières et tous leurs collaborateurs liés aux Travaux publics, la Ville arrive à rejeter quotidiennement dans le fleuve Saint-Laurent des eaux usées ayant été nettoyées au point de surpasser la qualité de l’eau qui coule dans le Saint-Laurent. Échantillons d’eau à l’appui, la limpidité est surprenante lorsqu’on compare avec les échantillons provenant du début du processus.

À l’opposé de cette chaîne, la station de pompage de la rue des Érables, elle, recevra l’eau de 24 des 50 puits d’eaux souterraines de la Ville de Trois-Rivières afin de la traiter pour la consommation de milliers de citoyens des secteurs Trois-Rivières-Ouest, Cap-de-la-Madeleine et Sainte-Marthe-du-Cap. Au total, ce sont 41 500 citoyens de la Ville qui boivent et utilisent l’eau potable provenant de la nappe phréatique. La balance recevra de l’eau de la rivière Saint-Maurice (traitée, je vous rassure) en ouvrant le robinet ou en prenant une douche.

Par année, les Trifluviens utilisent pas moins de 20 milliards de litres d’eau pour la consommation domestique, commerciale et industrielle. Une quantité tout simplement impossible à visualiser tant elle est impressionnante. Si les employés auront l’esprit plus tranquille à certains moments de l’année quant aux quantités consommées, les pointes connues en mai et en juin donnent parfois des sueurs froides à ceux qui s’assurent que l’eau coule toujours lorsque vous ouvrez votre robinet.

À la station de pompage de la rue des Érables, l’eau de dizaines de puits converge pour être traitée et distribuée à des milliers de Trifluviens.

«S’il faut qu’il fasse beau et chaud lors de la Fête des Patriotes, tout le monde se met à remplir sa piscine et c’est l’enfer», constate Denis Pichette, coordonnateur - Hygiène du milieu pour la Ville de Trois-Rivières. Une réalité qui mène à une grande collaboration avec le service des communications, afin de sensibiliser les citoyens lors de ces pointes à faire attention à leur consommation d’eau potable.

Ce dimanche 22 septembre de 10h à 15h, la population est invitée à prendre part à cette surprenante visite aux étangs d’aération du 1501 route Bradley, de même qu’à la station de pompage du 600 rue des Érables, à l’occasion de la seconde journée portes ouvertes.