Les bouteilles d’eau disparaîtront des campus de l'UQTR dès septembre prochain.

Fini l'eau en bouteille à l'UQTR

TROIS-RIVIÈRES — L’Université du Québec à Trois-Rivières a décidé de retirer, dès septembre prochain, les bouteilles d’eau de ses campus de Trois-Rivières et de Drummondville.

Elle suit ainsi l’exemple de plusieurs collèges et universités du Québec, dont le Cégep de Trois-Rivières.

En 2013, il se consommait quelque 34 000 bouteilles d’eau sur le campus de l’UQTR. Ce nombre est depuis à la baisse et se chiffrait à 20 000 en 2017. Rappelons que depuis 2016, l’UQTR remet une bouteille d’eau réutilisable à tous ses nouveaux employés.

Afin de faciliter la transition, l’UQTR tiendra une campagne de sensibilisation et est en train d’adapter ses fontaines d’eau afin qu’il soit facile de remplir des bouteilles réutilisables.

Le retrait des bouteilles d’eau des machines distributrices se fera dès la rentrée d’automne et le retrait de ces bouteilles des services alimentaires aura lieu en janvier 2019.

Selon le plan d’action 2015-2020 de l’UQTR, entre 25% et 40% de l’eau qui est vendue en bouteille provient du robinet. Or, l’eau des fontaines, sur le campus de Trois-Rivières, est de bonne qualité. «La station de production d’eau potable de la Ville de Trois-Rivières est membre du Programme d’excellence en eau potable dont le but est d’inciter l’atteinte d’une qualité d’eau exemplaire en tout temps en visant des objectifs plus sévères que ceux inscrits au Règlement sur la qualité de l’eau potable», peut-on lire dans le document.

«L’eau embouteillée est plus chère [de cent à mille fois plus] que l’eau du robinet», indique aussi le document de l’UQTR. L’eau potable publique est déjà payée par les taxes municipales et «du point de vue éthique, l’eau, un élément essentiel à la vie, ne devrait pas être considérée comme une marchandise commerciale, mais plutôt comme un bien commun universel et un droit fondamental pour chaque individu.»

Sur le pan économique, cette décision aura des bénéfices tant pour l’UQTR que pour les étudiants. «La présence de bouteilles dans les îlots de recyclage augmente les coûts de gestion des matières résiduelles pour l’UQTR», indique le document. Un sondage mené en 2015 par le Service aux étudiants de l’UQTR indique que 40% des étudiants vivent des difficultés financières et que 54% se trouvent dans une situation précaire. L’eau de fontaine permettra donc d’alléger leur fardeau financier.

Quant au côté environnemental de la décision, l’UQTR rappelle qu’il faut entre 100 et 1000 ans à une bouteille de plastique vide pour se dégrader. Les produits de cette dégradation ont un impact négatif sur l’environnement. «L’ONU reconnaît l’accumulation de plastique dans les océans comme une crise planétaire», rappelle le document.

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DE L'EAU EN BOUTEILLE CONTAMINÉE

L’eau en bouteille de nombreuses grandes marques à travers le monde est contaminée par de minuscules particules de plastique dont les dangers sur la santé sont méconnus, selon une étude.

Des scientifiques ont testé l’eau de plus de 250 bouteilles dans neuf pays (Brésil, Chine, États-Unis, Inde, Indonésie, Kenya, Liban, Mexique, Thaïlande), selon un résumé de l’étude publié mercredi par la plateforme journalistique à but non lucratif Orb Media.

Du plastique a été trouvé dans 93% des échantillons prélevés dans des bouteilles de plusieurs marques comme Evian, Nestle Pure Life, San Pellegrino, Aqua, Aquafina ou Dasani.

Il s’agissait notamment de polypropylène, de nylon et de polytéréphtalate d’éthylène (PET).

En moyenne, les chercheurs ont trouvé dans chaque litre d’eau 10,4 particules d’une taille de l’ordre de 100 microns (0,10 millimètre). Les particules de plus petite taille étaient encore plus nombreuses: 314,6 par litre d’eau en moyenne.

«Je pense que cela vient du processus de mise en bouteille. Je pense que la plupart du plastique vient de la bouteille elle-même, de son bouchon, du processus industriel d’embouteillage», a expliqué à l’AFP Sherri Mason, professeure de l’université d’État de New York.

Risques méconnus

«De l’eau dans des bouteilles en verre contenait aussi des microplastiques», remarque l’étude.

L’étendue des risques posés par ces particules sur la santé humaine est méconnue.

«Il y a un lien avec certains types de cancer, la diminution de la quantité de spermatozoïdes ou encore avec l’augmentation de certaines maladies comme le trouble du déficit de l’attention ou l’autisme», a déclaré Mme Mason.

Selon elle, il est établi que ces différentes affections ont un rapport avec la présence de produits chimiques de synthèse dans l’environnement. «Et nous savons que les plastiques fournissent un moyen à ces substances d’entrer dans notre corps», a-t-elle expliqué.

Une précédente étude publiée par Orb Media avait montré que des particules de plastique étaient également présentes dans l’eau du robinet, mais en moins grande quantité.

«L’eau du robinet, globalement, est beaucoup plus sûre que l’eau en bouteille», a affirmé Mme Mason.

L’étude a été réalisée pendant trois mois grâce à une technique développée par l’École de chimie de l’université britannique d’East Anglia (UEA) qui permet de visualiser les microparticules de plastique en employant un colorant luminescent.

«Nous avons été sollicités pour contrôler les résultats et la méthodologie de façon indépendante, afin de nous assurer que l’étude est solide et crédible», a déclaré Andrew Mayes, scientifique de l’École de chimie de l’UEA. Selon lui, «les résultats sont cohérents».

Jacqueline Savitz, responsable pour l’Amérique du Nord de l’ONG Oceana qui lutte contre la pollution des océans, a estimé que cette étude apportait une raison de plus de limiter la production de bouteilles d’eau en plastique.

«Il est plus urgent que jamais aujourd’hui de faire en sorte que les bouteilles d’eau en plastique soient une chose du passé», a déclaré cette représentante de l’ONG, qui n’a pas participé à l’étude.

Autre réaction à cette publication: la Fédération nationale des eaux conditionnées et embouteillées (FNECE) a assuré dans un communiqué «de la très haute qualité» des eaux produites et vendues en France.

Elle a relevé par ailleurs qu’il n’existait pas de méthodologie officielle pour analyser les microplastiques ni de consensus scientifique.

«Les microparticules de plastiques sont présentes partout dans l’environnement, ce qui peut fausser les résultats des analyses si elles ne suivent pas un protocole extrêmement rigoureux», a poursuivi la Fédération.

L’Association internationale de l’eau en bouteilles a estimé que cette étude «ne s’appuie pas sur une science fiable» et n’a pas été examinée par des pairs, comme il est de coutume en matière de publication scientifique.  Avec AFP