François Legault

Finalement, c’est le peuple du Québec qui a gagné

L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

L’élection du 1er octobre a donné deux grands perdants et deux grands gagnants. Commençons par les premiers, soit d’abord le Parti libéral qui, pour la première fois de son histoire, et malgré son bloc de votes anglophones et néo-Québécois assuré, a obtenu moins de 25 % des voix. Avec sa politique d’austérité, se fichant des conséquences sur la quantité et la qualité des services et sur l’épuisement des travailleurs tant en éducation qu’en santé, sauf chez les médecins dans ce dernier cas, il a démontré deux choses: d’abord, que son mépris ne fonctionnait plus aussi facilement qu’avant, et ensuite, que les Québécois avaient de la mémoire, même si le saupoudrage de centaines de millions était en marche.

Pour le second perdant, le Parti québécois, celui-ci vient de payer pour avoir oublié qu’une élection se gagne mois après mois, année après année, par exemple, en réagissant régulièrement aux mauvaises politiques et actions du gouvernement, à l’encontre de ce qu’a fait la Coalition avenir Québec. Les électeurs se sont ainsi souvenus dans les bureaux de vote que pour ainsi se débarrasser du Parti libéral, il était naturel de penser plutôt à la CAQ.

Quant aux gagnants, d’abord ce dernier parti a fait ce travail de sape, rappelant régulièrement l’arrogance des Leitão et des Coiteux et critiquant le bazardage de nos entreprises aux étrangers, et en contrepartie, sa capacité de faire autrement. Même si son programme n’est pas clair du tout ou même contradictoire, comme dans le cas de la maternelle à 4 ans qui va déstabiliser les centres de la petite enfance. De même, sa politique contre le réchauffement de la planète n’est pas meilleure que la position du Parti libéral. Bref, les électeurs ont changé quatre trente sous pour une piastre, comprenant toutefois que ce nouveau gouvernement ne pourrait pas être pire que le précédent.

Enfin, Québec solidaire, en conservant son option indépendantiste toute en avançant des politiques souvent radicales qu’il aurait dû ajuster à la réalité bête et méchante s’il avait pris le pouvoir, a surtout parlé du rêve d’un Québec autrement. Ce qui lui a permis de gagner les jeunes, les péquistes déçus, les délaissés de l’économie, de même qu’un grand nombre d’universitaires. D’où les gains, avec en plus les votes des étudiants des cégeps et des universités tant à Montréal, à Québec, à Sherbrooke qu’à Rouyn-Noranda.

Bref, le peuple du Québec a gagné trois choses. D’abord, l’option indépendantiste a recueilli 33 % des suffrages sans compter les abstentions d’indépendantistes qui ne se reconnaissaient plus dans le PQ actuel et ceux qui ont voté pour la CAQ pour se débarrasser des libéraux en ne prenant pas de chance.

Ensuite, pour la première fois, on peut croire que ces 25 % de votes automatiques des libéraux ne sont plus inattaquables; du moins, il y a moyen de les gruger lentement mais sûrement.

Enfin, la question du réchauffement de la planète, même si elle était mal présentée dans les programmes des partis, a retenu plus d’attention que ce à quoi l’on s’attendait et devrait prendre encore plus d’ampleur dans les prochaines années dans un Québec de plus en plus responsable et avec la pression constante du PQ et de QS.