Les autobus scolaires ne s’aventureront plus sur les routes du secteur Lac-à-la-Tortue, ce qui obligera certains enfants à marcher plusieurs kilomètres pour pouvoir utiliser ce mode de transport.

Fin du transport scolaire autour du lac

SHAWINIGAN — Une cinquantaine d’enfants qui résident dans le secteur Lac-à-la-Tortue, à Shawinigan et à Hérouxville, devront désormais marcher plusieurs kilomètres s’ils veulent prendre l’autobus scolaire. La Commission scolaire de l’Énergie a appris cette nouvelle à leurs parents vendredi, en fin de journée, une directive qui sera appliquée dès lundi.

Les parents concernés ne décolèrent pas. Déjà éprouvés par la circulation devenue particulièrement pénible dans ce secteur, ils étaient nombreux à critiquer cette décision, de laquelle ils se sentent pris en otage.

«La dame qui m’a appelée vendredi m’a dit que ce n’était pas discutable, que le transporteur scolaire ne voulait plus se rendre, déplore Caroline Raiche, mère de trois enfants, tous d’âge scolaire. Je sais que c’est difficile de circuler et je n’ai pas de solution miracle à proposer, mais je ne comprends pas qu’il n’y ait pas d’autres solutions qui soient envisagées.»

Selon Mme Raiche, deux points d’arrêt des autobus ont été mis en place. Malheureusement, ses enfants sont à près de 4 km de ces deux points. Hors de question pour elle de les faire marcher autant, surtout son plus jeune, qu’elle n’aura probablement pas le choix de reconduire elle-même à l’école, à Saint-Tite. À l’heure à laquelle elle l’amènera, elle n’aura cependant pas le choix que de payer le service de garde de l’école, des frais dont elle se serait bien passée. Elle espère également qu’une partie des frais de transport qu’elle paie à la commission scolaire, puisque deux de ses enfants vont dans une école privée, lui seront remboursés.

Ramez Saad n’en revenait pas non plus lorsqu’il a appris la nouvelle. Il affirme d’ailleurs ne pas avoir été contacté par la commission scolaire. C’est donc par les réseaux sociaux et par d’autres parents qu’il a été informé de cette directive. Il se dit prêt à entreprendre des recours légaux si ses enfants ont à marcher une trop grande distance pour rentrer à la maison.

«S’ils débarquent mes enfants au milieu de nulle part, je vais appeler la police, soutient-il. Je vais porter des accusations, c’est sûr!»

M. Saad dit lui aussi comprendre que le transporteur scolaire ne veuille plus passer sur les routes du secteur. Il croit cependant que la commission scolaire aurait dû trouver d’autres alternatives que de forcer les enfants à marcher autant.

«Ils auraient dû y penser plus, affirme-t-il. Ça fait trois semaines qu’ils le savent, que les autobus ne peuvent pas passer.»

Pour sa part, Synthia Mongrain amènera elle aussi ses enfants elle-même à l’école et aura recours au service de garde. Même si ses enfants ont moins d’un kilomètre à marcher pour rejoindre l’un des points de rendez-vous fixés par la commission scolaire, elle juge que ce n’est pas sécuritaire pour eux.

«Les voitures zigzaguent pour éviter les trous, alors c’est sûr que ce n’est pas sécuritaire pour les enfants qui doivent marcher au bord du chemin, croit-elle. J’ai un enfant en première année et c’est hors de question de le laisser marcher, il est trop petit.»

Avec l’action du gel et du dégel, les routes non asphaltées du secteur Lac-à-la-Tortue sont devenues hasardeuses.

Une autre frustration de ces résidents, peut-être la plus grande, est qu’ils ont l’impression que les acteurs impliqués dans cet épineux dossier se relancent tous la balle. Du coup, ils ne savent pas vers qui se tourner pour faire bouger les choses.

«La commission scolaire dit que c’est à la Ville de Shawinigan de faire quelque chose, mais la Ville dit que c’est la faute de l’entrepreneur et l’entrepreneur blâme la Ville, témoigne Mme Raiche. C’est dur de savoir sur quel clou taper: la Ville, la commission scolaire ou l’entrepreneur?»

«C’est à la Ville de faire quelque chose, soutient pour sa part Synthia Mongrain. Dans ce dossier-là, jusqu’à présent, c’était nous qui payions pour; maintenant, c’est rendu que ce sont nos enfants qui paient pour ça.»

Moment inopportun

Si la Ville est pointée du doigt par ces parents, la Commission scolaire de l’Énergie l’est également, notamment pour l’heure tardive avec laquelle ils ont été prévenus de la nouvelle directive concernant le transport scolaire, vendredi.

«Ils m’ont appelée à 16 h 45. C’est comme s’ils avaient fait exprès parce qu’à cette heure-là, c’est sûr qu’il n’y a plus personne qu’on peut rejoindre à la commission scolaire et à la Ville. Ça va aller à lundi, mais la directive commencera à s’appliquer lundi», tempête Mme Raiche.

La Commission scolaire de l’Énergie assure quant à elle que si l’information a été transmise tardivement, c’est qu’elle-même en a été informée à la dernière minute par le transporteur scolaire.

«Depuis le 26 mars, on sait qu’il y a une problématique et on négocie depuis ce temps-là avec le transporteur, mais vendredi, on a reçu un ultimatum de sa part et il nous a dit qu’il cesserait d’assurer le transport, explique Renée Jobin, coordonnatrice aux communications de la commission scolaire. Mais on comprend très bien la réaction des parents.»

Le transporteur aurait pris cette décision en raison des nombreux bris mécaniques qui sont survenus sur ses autobus au cours des dernières semaines. Plusieurs chauffeurs seraient également en arrêt de travail en raison de maux de dos.

Mme Jobin indique que la Ville de Shawinigan a été informée de ce nouveau développement, mais que la situation est très compliquée à régler. Étant donné que le printemps tarde à s’installer, il est impossible de paver les routes, ce qui devait être fait l’automne dernier, mais a finalement été repoussé au mois de juin 2019. Elle assure cependant que la commission scolaire continue à chercher des alternatives. Des équipes se réuniront lundi pour «faire un bilan et analyser de nouveau le dossier».

Le Nouvelliste a tenté en vain de rejoindre la Ville de Shawinigan, cette fin de semaine.

L’asphaltage des routes touchées par les travaux d’aqueduc et d’égout dans le secteur lac-à-la-Tortue devait être fait l’automne dernier, mais a été reporté à juin 2019.

Les travaux qui ont mené à cette situation dans le secteur Lac-à-la-Tortue ont pour but d’y installer un réseau d’égout et d’aqueduc. Une fois qu’il sera terminé, en août prochain, ce chantier aura duré près de deux ans coûtera plus de 50 millions $ à la Ville de Shawinigan, ce qui inclut des dépassements de coûts de 6,8 millions $.