L’incendie du 22 juin 2012 avait été d’une grande ampleur.

Feu dans Saint-Philippe en 2012: Trois-Rivières devra payer 300 000 $

TROIS-RIVIÈRES — La Ville de Trois-Rivières est condamnée par la Cour supérieure à verser près de 300 000 $ en dommages pour avoir mené une intervention fautive lors d’un incendie qui a touché plusieurs bâtisses du quartier Saint-Philippe en 2012.

Le juge Jocelyn Geoffroy a livré sa décision le 22 juillet concernant cette poursuite déposée par Déneigement FL, Fernand Lamarre et une compagnie d’assurances. Ces derniers plaidaient que les pompiers n’avaient pas agi adéquatement lors de cet incendie qui a fait rage le 22 juin 2012. L’incendie a été signalé peu après minuit et a causé de lourds dégâts à une série de bâtiments situés dans le secteur de la rue Bellefeuille.

Dans leur requête, les plaignants affirmaient que l’incendie qui a pris naissance dans le garage de l’entreprise Bis Remorquage s’est propagé à trois bâtiments. Selon eux, la propagation aurait pu être évitée si le service de sécurité incendie avait mieux agi.

Le juge Geoffroy en vient à une conclusion similaire. À la suite du procès qui a eu lieu en février, le juge estime que le schéma de couverture de risques, qui est le plan de protection des municipalités contre les incendies, n’a pas été respecté par la Ville: seulement six pompiers étaient sur les lieux dix minutes après la transmission de l’alerte, alors que le schéma en prévoit dix.

«La Ville ne bénéficie donc pas de l’exonération de responsabilité pour les préjudices pouvant résulter de l’intervention de son service de sécurité incendie lors de l’incendie du bâtiment de Déneigement FL du 22 juin 2012», écrit le juge Geoffroy dans sa décision.

Le juge se base également sur différents témoignages pour appuyer son verdict. Un voisin de Déneigement FL a mentionné que les pompiers sont arrivés à cette bâtisse vers minuit 50, alors que le feu a été signalé aux autorités peu après minuit. Un employé de Déneigement FL a raconté ne jamais avoir vu des pompiers arroser la bâtisse même s’il a été présent jusqu’à trois heures environ.

Fernand Lamarre a aussi témoigné. Il a raconté avoir voulu sortir des équipements, mais les pompiers qui étaient sur les lieux lui ont dit que cela n’était pas nécessaire, car la bâtisse ne serait pas touchée par le feu.

«...Il n’y a rien qui a été fait sur mon bâtiment. L’incendie a fini par gagner ma bâtisse et a fini par y passer», a dit M. Lamarre, comme on peut le lire dans la décision du juge Geoffroy.

La Ville a fait valoir que son service de sécurité incendie avait adopté une stratégie défensive en raison de l’ampleur du feu. Selon les informations colligées durant le procès, la stratégie défensive pour cette bâtisse a été mise en place vers 1 h 30.

«Puisque ce n’est qu’à 1 h 30 que les pompiers ont décidé d’opter pour une stratégie défensive, jusque là, ils croyaient, à tort ou à raison, plus de 75 minutes après l’alerte initiale, que le feu chez Déneigement FL pouvait encore être contrôlé», ajoute le juge.

Ce dernier raconte que les citoyens de Trois-Rivières sont en droit de s’attendre à un minimum de la Ville en matière de protection en cas d’incendie et que Déneigement FL et Fernand Lamarre n’ont pas eu droit à ce minimum, «ce qui a généré des délais de la force d’attaque de l’incendie et il en découle une faute génératrice de responsabilité civile».

Les demandeurs réclamaient 1 174 045,19 $ à la Ville de Trois-Rivières en remboursement de dommages. Selon le juge, la Ville ne peut être tenue responsable de la perte totale de l’immeuble. Le président du tribunal se fie à des photographies fournies par Sylvain Mayer, photographe du Nouvelliste, qui démontraient que le feu avait commencé à attaquer la bâtisse de Déneigement FL à minuit 31.

«Cependant, c’est près d’une heure plus tard, soit à 1 h 30, que les pompiers ont décidé de passer en mode d’attaque défensive chez Déneigement FL. Si la force de frappe initiale avait été plus importante, il est raisonnable de croire que le bâtiment FL et son contenu auraient pu être sauvés en partie».

Voilà pourquoi le tribunal fixe à 25 % la responsabilité de la Ville, soit près de 300 000 $.

Rappelons qu’en vertu d’une ordonnance de la cour suivant une demande des plaignants à cet effet, Le Nouvelliste a dû remettre quelque 150 photos de l’incendie.

Le quotidien régional s’était opposé à cette requête, mais n’avait eu d’autre choix que respecter la décision du juge.