Robert Berthiaume et sa mère, Marie-Jeanne Berthiaume, ont eu bien peur de perdre leur maison.
Robert Berthiaume et sa mère, Marie-Jeanne Berthiaume, ont eu bien peur de perdre leur maison.

Feu à Saint-Étienne-des-Grès: «Je ne pensais jamais vivre ça»

Saint-Étienne-des-Grès — L’heure était à la consternation, lundi, pour des résidents de Saint-Étienne-des-Grès dont la propriété a été endommagée par l’intense feu de forêt qui s’est déclaré vendredi et qui a tenu les pompiers en haleine pendant tout le week-end.

Ayant été les derniers à avoir pu réintégrer leur domicile en fin de journée dimanche, certains de ces citoyens de la rue Lambert étaient toujours un peu sous le choc de voir leur chez-eux ravagé de la sorte. C’est notamment le cas de Robert Berthiaume, qui s’affairait à évaluer les dégâts lorsque Le Nouvelliste s’est entretenu avec lui en milieu d’avant-midi. Plusieurs bâtiments qui abritaient des souvenirs chers aux yeux du mécanicien retraité –dont une Renault Alliance 1985 ayant seulement 72 000 kilomètres au compteur–, de nombreux outils, des tracteurs, un bateau de pêche ainsi que du matériel de camping et de pêche ayant appartenu à son défunt père ont notamment été la proie des flammes. Mais contrairement à son voisin, qui a tout perdu dans l’incendie, la maison que M. Berthiaume habite avec sa mère âgée de 90 ans n’a subi que de légers dommages à des murs extérieurs. C’est d’ailleurs beaucoup plus pour celle-ci que pour ses biens qu’il s’est inquiété lorsqu’il voyait que les flammes s’approchaient dangereusement de sa demeure.

«J’ai eu peur de devoir la rentrer à l’hôpital en ambulance. Et je ne voulais pas que nous soyons obligés d’aller à l’hôtel ou dans un centre d’hébergement. Heureusement, des connaissances nous ont offert d’aller chez eux», raconte celui qui se dit très heureux d’être bien assuré, et ce, tout comme son voisin.

Le bateau de pêche de Robert Berthiaume a été complètement détruit par les flammes.

Sa mère, qui vit avec lui depuis maintenant trois ans, avoue qu’elle a eu peur lorsque son fils est revenu à la maison pour l’avertir qu’ils devaient quitter sur-le-champ. Ce dernier avait passé les dernières heures à donner un coup de main aux pompiers, notamment pour dérouler les boyaux d’incendie à l’aide de son véhicule tout-terrain.

«Je ne pensais jamais vivre ça de ma vie et j’aurais aimé ne jamais le vivre», lance Marie-Jeanne Berthiaume avant d’ajouter qu’il n’était pas question qu’elle évacue les lieux en laissant ses deux chiens derrière elle.

Rappelons qu’en tout, une cinquantaine de résidences, entre les rues Lafond, Lambert, Drolet et une partie de la Principale ont dû être évacuées en raison du feu qui aura finalement ravagé 35 hectares de forêt selon la SOPFEU. En comptant le périmètre urbain, le nombre d’hectares touchés s’élève à plus de 42.

Ce qu’il reste du contenu d’un des garages de M. Berthiaume.

La cause du brasier n’est pas encore connue. Il semble par ailleurs qu’il sera très difficile de l’établir avec certitude, et ce, même si les pompiers ont une bonne idée de l’endroit où il a pris naissance.

Une vingtaine de pompiers de la SOPFEU étaient d’ailleurs présents sur le terrain lundi afin de s’assurer que l’élément destructeur, qui a été maîtrisé dimanche, ne reprenne de la vigueur. Ils étaient appuyés par les pompiers du Service des incendies de Saint-Boniface et de Saint-Étienne-des-Grès, qui les approvisionnaient en eau grâce à des camions-citernes. Les opérations d’extinction devraient se poursuivre jusqu’au milieu de la semaine.

«C’est de la fumée résiduelle qui reste. Nos pompiers sont à l’œuvre depuis tôt ce matin (lundi) et le seront jusqu’à environ 19 h. Ils effectuent de l’arrosage terrestre qui est spécifique afin d’éviter que les racines desquelles provient la fumée résiduelle reprennent en feu. On espère que le feu soit déclaré éteint demain (mardi) vers la fin de la journée», explique Josée Poitras, porte-parole de l’organisme voué à la protection des forêts contre les incendies.

Les pompiers du Service des incendies de Saint-Boniface et de Saint-Étienne-des-Grès ont approvisionné leurs collègues de la SOPFEU en eau, lundi.

Du jamais-vu pour le chef Isabelle

De son propre aveu, le directeur du Service des incendies de Saint-Boniface et de Saint-Étienne-des-Grès, Daniel Isabelle, n’avait jamais vu un incendie de forêt d’une telle ampleur au cours de sa longue carrière.

«J’ai vécu des plus gros incendies, autant comme pompier que comme directeur, mais pas des feux de forêt. Il y a eu évacuation d’une cinquantaine de maisons, deux bâtiments ont été détruits en plus de quelques remises et garages. La rue Lambert, où il y avait les principaux lieux sinistrés, a été fermée jusqu’à hier (dimanche) après-midi», raconte-t-il.

L’opération qui a commencé en début d’après-midi vendredi n’a cependant pas été compliquée par le fait que les pompiers n’étaient pas en mesure de s’approvisionner en eau à partir des bornes-fontaines situées dans ce secteur, et ce, en raison de la problématique relative à l’approvisionnement en eau potable avec laquelle est aux prises la Municipalité depuis déjà plusieurs jours. Les camions-citernes ont donc dû faire un trajet de trois kilomètres jusqu’à une borne-fontaine située à Trois-Rivières pour être remplis.

Le directeur du Service des incendies de Saint-Boniface et de Saint-Étienne-des-Grès, Daniel Isabelle.

«Ça n’a pas changé grand-chose, car en forêt, on est habitué de travailler avec des piscines», précise le directeur.

Le maire de la localité, Robert Landry, abonde dans le même sens. Selon lui, le seul impact sera relatif au coût de l’opération, une question sur laquelle la Municipalité se penchera au moment opportun.

«Ça va coûter plus cher, mais on va regarder ça plus tard. On a juste ‘‘callé’’ six casernes au lieu de quatre. Il n’a jamais manqué d’eau au feu», martèle-t-il. Il ajoute d’ailleurs qu’il n’est pas en mesure de s’avancer sur le montant supplémentaire que sa Municipalité devra payer pour l’instant.

En ce qui concerne la baisse dans les réservoirs municipaux qui a rendu les bornes-fontaines inutilisables durant l’intervention et qui laisse craindre qu’une fuite importante touche le réseau, le maire se limite à répéter, sur un ton qui laisse transparaître une certaine exaspération, que la Municipalité procédera à une investigation approfondie des conduites. Cette opération entraînera une coupure de l’alimentation en eau pour l’ensemble des citoyens reliés au réseau d’aqueduc, dans la nuit de lundi à mardi, de minuit à 5 h.