Le Festival de la galette de sarrasin est annulé en 2020.
Le Festival de la galette de sarrasin est annulé en 2020.

Festival de la galette de Louiseville: une réflexion au lieu d’un événement  

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
LOUISEVILLE — Le Festival de la galette de sarrasin de Louiseville rend les armes devant la COVID-19. Devant les mesures sanitaires imposées par le gouvernement du Québec, la direction du festival décide d’annuler l’édition 2020. Mais ce congé d’événement ne sera pas vain: le festival propose d’occuper les mois d’automne à une grande consultation populaire afin de réfléchir à améliorer l’événement en vue de la présentation de 2021.

Le président André Auger expliquait il y a quelques jours à peine au Nouvelliste que tenir un festival comme celui de la galette de sarrasin serait très difficile et que le conseil d’administration se donnait jusqu’à la fin du mois d’avril pour trancher. La réflexion des membres du conseil a abouti en fin de semaine avec le report pur et simple de l’activité.

«On est rendu au point où il faut savoir si on avance ou pas. Si on avance, il faut engager des sommes d’argent sans savoir ce que ça va donner au bout de la ligne. En plus, on est un festival de rue, un festival qui présente des spectacles à la Place Canadel, qui présente un défilé. La responsabilité de faire respecter la règle des deux mètres de distanciation va aux organisateurs. Je ne suis pas sûr que ça aurait été respecté.»

La situation financière du festival plaide aussi pour la prudence. Sans révéler précisément son ampleur, étant donné que l’assemblée générale a été reportée en raison de la COVID-19, André Auger mentionne que le festival de 2019 a pris fin avec un déficit.

«On n’a pas les moyens financiers d’organiser un festival en 2020 et de faire une perte. L’an passé, il nous a manqué environ 200 motorisés. C’est quasiment 50 000 $ de pertes de revenus (de location d’emplacements). On a aussi des frais fixes. Ce sont des frais de location d’entrepôts pour nos équipements comme le char de la galette, nos tentes. Il y a l’entretien du bureau du festival, l’électricité, les assurances. En frais fixes, c’est autour de 40 000 $ sur un budget de 380 000 $. On n’est pas en péril financièrement, mais ce n’est pas intéressant d’organiser un festival à perte.»

La direction du festival va donc profiter du congé forcé pour consulter la population. Le festival veut connaître l’opinion des citoyens, des commerçants et des autres acteurs du milieu pour avoir leurs idées concernant les activités qui pourraient être greffées à la programmation du festival.

André Auger

«Le timing ne peut pas être meilleur, estime le président du festival. Depuis quatre ou cinq ans, on avait rehaussé le coût des spectacles et le monde suivait. Et là, ça fait deux ans que ça suit moins. Est-ce qu’il faut investir moins pour les spectacles? Quand on prend les motorisés, il y a une baisse. On a développé un parc pour motorisés de 120 places, mais seulement 60 avec les services d’eau et d’électricité. Cette partie de 60 places est toujours pleine et on a beaucoup de demandes pour des terrains avec des services. Il faudrait finir les 60 autres places, mais ce sont de gros investissements. On va faire des consultations. Ce sera le temps d’émettre des opinions. J’aborde les consultations dans un esprit de continuité et de nouveauté. Ce travail sera positif. Il faut sortir des idées nouvelles. Mais il faut que ces nouvelles idées soient rentables», raconte M. Auger, persuadé de l’appui du milieu envers la tenue du festival de la galette de sarrasin.

La direction du festival avait organisé le même genre d’exercice en février 2011. Une soirée de consultation avait été tenue à l’hôtel de ville de Louiseville afin de parler entre autres de financement et de relève au sein de l’organisation. 

Yvon Picotte avait animé cette soirée de consultation. L’ex-président, toujours impliqué dans l’événement, croit que le festival doit évoluer tout en conservant sa couleur.

«Il y a des choses qui ne fonctionnent plus comme avant, comme les macarons. Les ventes sont en baisse. Par contre, c’est une façon d’élire notre reine. Donc, est-ce qu’on remet en question les meunières? Des gens disent de lâcher les meunières. Mais on les remplace par quoi? Il faut garder l’esprit du festival et maintenir le cap sur le fait qu’on prêche la bonne alimentation, le folklore, les valeurs d’antan.»

Yvon Deshaies est d’accord avec la démarche du festival. Selon le maire de Louiseville, il faut tâter le pouls des citoyens et des commerçants pour savoir comment ils voient la tenue d’un tel événement.

«Est-ce que les gens veulent encore un festival? Selon moi, oui. Et comme maire, je dis qu’il faut que ça revienne. Le dimanche, quand il y a 100 000 personnes au défilé, je suis heureux.»

Louiseville consacre environ 25 000 $ par année, en argent et en services, au Festival de la galette de sarrasin. Selon le maire Deshaies, la Ville pourrait aller difficilement au-delà d’une telle contribution.

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Des retombées économiques majeures

L’absence du Festival de la galette de sarrasin de Louiseville en 2020 viendra porter un autre coup aux commerçants locaux déjà aux prises avec les conséquences de la crise causée par la COVID-19.

Selon une étude réalisée il y a quelques années, les retombées économiques du Festival de la galette de sarrasin de Louiseville sont de l’ordre de 12 à 15 millions de dollars, affirme Yvon Picotte.

«Il y a entre 300 000 et 400 000 présences au festival. Ce n’est pas une statistique de visiteurs. Quand une personne vient sept fois, ça compte pour sept présences. Et cette personne va dépenser entre 35 $ et 50 $ par présence. Selon moi, la moyenne n’est pas exagérée en termes de dépenses», raconte M. Picotte, ex-président du festival.

Un repas au restaurant, un verre d’alcool lors d’un spectacle ou un vêtement acquis en flânant au centre-ville, voilà autant de dépenses que peuvent faire les participants. «Ça a un impact. Le dollar qui se dépense ici reste à Louiseville. Si on reçoit des centaines de visiteurs une journée, il y a quelqu’un qui entre dans des magasins», dit le maire, Yvon Deshaies.

«Le fait de ne pas avoir de festival cette année est un coup difficile et hors de notre contrôle, ajoute Karell Desaulniers, coordonnatrice à la vitalité du milieu et du Comité de revitalisation commerciale de Louiseville. Le festival permet aux gens de se rassembler, de fêter ensemble. Ça fait partie de la culture de Louiseville. Avec l’affluence que le festival génère, il y aura des pertes. On préférerait tous ne pas avoir la COVID-19 à nos trousses. Mais je suis confiante que nos commerçants vont passer au travers.»

André Auger affirme avoir sérieusement pensé aux commerçants lors de la réflexion entourant l’annulation du festival en 2020.

«L’impact économique est le bout qui me déçoit le plus, surtout qu’on va vivre une année difficile. C’est le désert actuellement. Et ce sont ces commerçants qui donnent des commandites au festival. Je me vois mal aller les solliciter.»