Monique Boissoneault a dirigé la librairie de livres usagés Au-delà des mots pendant plus de 20 ans.

Fermeture d'une autre librairie à Trois-Rivières

C'est une page qui se tourne pour une deuxième librairie de Trois-Rivières ce mois-ci. Établie depuis 20 ans, la librairie Au-delà des mots de Monique Boissoneault fermera ses portes le 26 juillet prochain, quelques jours seulement après la fin des activités chez Clément Morin. La propriétaire devra d'ici là liquider les 20 000 livres usagés qui reposent sur ses tablettes.
Situé sur la rue Williams au coeur du quartier Saint-François-d'Assise, le petit commerce ne pouvait tout simplement pas survivre devant l'importante baisse d'achalandage des dernières années. «Ça fait trois ans que je paie littéralement pour travailler», raconte Mme Boissoneault qui ne se dit pas femme d'affaires, mais certainement amoureuse des livres.
Sur un fond de musique classique, celle qui connaît chacune des rangées par coeur, soutient que ces deux décennies ont été du pur bonheur. Ce n'est pas que sa librairie n'était pas appréciée: «Si j'avais été payée en compliments, je serais multimillionaire. Mais ça prend de l'argent». Depuis l'annonce de sa fermeture en mai, elle reçoit d'ailleurs de touchants témoignages de clients présents et passés.
Elle croit que cette fermeture s'explique en partie par le fait que les gens achètent moins de livres et par l'arrivée du numérique. Il est clair pour elle que le numérique ronge le papier, «mais même si on pleurait, c'est vers là qu'on s'en va». Ce constat n'est donc pas nécessairement négatif, mais il invite certainement à une réflexion.
Au-delà de sa propre librairie, elle est surtout désolée de constater le manque de valorisation de la culture dans l'actuelle société. Sans dire que c'était mieux avant, elle se rappelle d'un temps où les professeurs de l'université venaient s'approvisionner chez elle. Ceux-ci ont vieilli, et la relève n'a pas suivi. «Où est-ce qu'on s'en va avec des j'aime/j'aime pas sur Facebook? Quelle est la place des échanges d'idées?», se questionne-t-elle. «On dit de Trois-Rivières que c'est une ville d'histoire et de culture, mais je n'ai pas l'impression que la fermeture d'une librairie dérange tant que ça», fait-t-elle valoir.
Le regard tourné vers l'avenir, Monique Boissoneault n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort. Elle ne sait toutefois pas comment elle va se sentir le 26 juillet au soir. Elle aurait pensé travailler encore longtemps dans ce métier qu'elle considère le plus beau du monde. Elle y a apprécié les clients curieux et chaleureux et les trésors cachés.
En regardant tous les livres qui l'entourent, elle confie avoir espéré que quelqu'un reprenne la boutique, «quelqu'un à la retraite, qui n'a pas besoin d'argent, par exemple», mais les offres ne se sont pas manifestées clairement. Néanmoins, elle regarde derrière avec un sourire aux lèvres, comme on regarde un beau souvenir.
Mme Boissoneault, propriétaire du bâtiment hébergeant la librairie, habitait à l'étage. C'est pour cette raison qu'elle a pu conserver le petit commerce malgré les difficultés pendant trois ans, en tentant avec espoir de le garder en vie. «Si j'avais eu un propriétaire, j'aurais fait faillite». C'est la vente de la propriété qui a concrétisé la fermeture de la boutique.
Auparavant associée à un centre de prévention au suicide, la librairie faisait cavalier seul depuis 2006 pour lui permettre de diversifier son offre et de survivre financièrement. La librairie est encore ouverte du lundi au samedi entre 10 h et 17 h pour sa vente de liquidation.