Les propriétaires de bars sont mitigés quant aux nouvelles mesures imposées par le gouvernement.
Les propriétaires de bars sont mitigés quant aux nouvelles mesures imposées par le gouvernement.

Fermeture des bars à 1h: les propriétaires partagés

TROIS-RIVIÈRES — Les réactions étaient mitigées jeudi, chez les propriétaires de bars de la région quant aux mesures annoncées par le gouvernement et imposant la fin de la vente d’alcool à minuit pour une fermeture des établissements à 1h du matin. Par contre, tous s’entendaient pour dire que l’imposition du port du masque dans les lieux publics fermés partout au Québec aurait un effet très néfaste sur la fréquentation des établissements.

«D’imposer la visière pour les employés, ça va. Mais le masque pour tous les clients? Ça va tuer l’industrie», croit Yves Germain, propriétaire du bar l’Abasie dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. M. Germain n’était d’ailleurs pas très heureux d’apprendre qu’il aurait à fermer son établissement plus tôt le soir même, une mesure qui, selon lui, n’empêchera pas les établissements délinquants à ne pas suivre les règles.

«C’est géré tout croche depuis le début. L’heure de fermeture n’a jamais été un problème. Le problème est plutôt les bars qui ne respectent pas la capacité. Ici j’ai fermé des machines de vidéopoker, j’ai réduit le nombre d’équipes de billard admises dans les tournois pour respecter la réduction de la capacité. Et pour mon staff, c’est vraiment problématique. L’employée qui travaillait normalement de 19h à 3h du matin ne peut plus faire toutes ses heures. Est-ce qu’elle va vouloir continuer de travailler ou je vais la perdre pour un autre emploi», se demande Yves Germain.

À la Taverne Royale, au centre-ville de Trois-Rivières, le propriétaire Jean-Claude Leblanc tranche tout simplement la question. «Le gouvernement devrait fermer les bars. Ce sont des lieux de rapprochement social inutiles. C’est impossible à contrôler dû à la lubrification par l’alcool», croit-il.

Un avis pas forcément partagé par tous, dont Stéphane Béland, propriétaire de la Taverne chez Jos au centre-ville de Shawinigan. M. Béland avait déjà réduit ses heures d’ouverture depuis le déconfinement, et l’établissement ne ferme jamais plus tard que 23h. Les places ont été réduites de moitié en assurant une distanciation entre les tables, et les activités plus festives comme le karaoké ont été arrêtées temporairement.

«Pour le moment, ça se passe bien et la clientèle est respectueuse des mesures. On maintient aussi les emplois. On se donne un mois pour évaluer le tout, mais pour le moment ça se déroule bien», explique celui qui ajoute qu’il ne faudrait tout de même pas que la situation persiste encore un an ou deux. «Et je ne suis pas convaincu que les gens auront envie de venir prendre une bière avec un masque», lance-t-il.

Même son de cloche pour Dany Bruneau, propriétaire du Trèfle et de la Maison de débauche par le Carlito au centre-ville de Trois-Rivières, qui avait lui aussi réduit ses heures d’ouverture depuis le déconfinement, et qui ne se retrouve donc pas tellement affecté par la fermeture devancée par le gouvernement. «C’est tout simplement impossible de manger avec un masque, et je crains que ça décourage les gens de venir. On se plie déjà à la demande de mettre une distance de deux mètres entre les tables. Lâchez-nous un peu», insiste-t-il.

Propriétaire de plusieurs établissements trifluviens dont Les Contrebandiers, Ian O’Shaughnessy considère que les temps sont durs pour tout le monde et espère que les mesures mises en place permettront de revenir à la normale le plus rapidement possible. «Tout le monde a hâte que ça finisse. En ce moment, c’est take one for the team», considère-t-il.

Registre

Au bar l’Embuscade de Trois-Rivières, un registre de la clientèle a été mis en place depuis jeudi soir et ce, même si la mesure ne faisait pas partie des nouvelles directives gouvernementales. «Ça vient nous sécuriser comme établissement s’il devait arriver quelque chose, et nous serons déjà prêts s’il fallait qu’on l’impose», croit le propriétaire Luc Bouthillier.

Ce dernier ne sait pas encore quel effet aura l’imposition de la nouvelle heure de fermeture sur son établissement, lui qui explique avoir deux types de clientèle. «On a une clientèle qui vient au 5 à 7, et plus tard dans la soirée, vers minuit, ça se remplit de jeunes. Maintenant, est-ce que les jeunes vont choisir de sortir plus tôt, ou est-ce que je vais perdre 50% de ma clientèle? On verra comment ça va aller», considère M. Bouthillier, qui n’a pas forcément l’intention de mettre en place des promotions spéciales pour inciter la clientèle à fréquenter son établissement plus tôt.

Quant au port du masque, Luc Bouthillier indique avoir déjà fait faire des masques à l’effigie de l’Embuscade, mais considère tout de même que la plupart des gens ne souhaitent pas aller au bar ou au restaurant avec un couvre-visage. «Tant qu’on n’aura pas un vaccin, sortir ne sera jamais la même expérience qu’avant», croit-il.