L’annonce de la fermeture de la Belgo, le 29 novembre 2007, avait semé la consternation à Shawinigan.

Fermeture de la Belgo: le visage de Shawinigan a changé

SHAWINIGAN — Depuis dix ans, Shawinigan a-t-elle rajeuni? La question ne s’adresse pas tant à l’âge de la population qu’au visage de l’emploi qui, lui, a assurément subi toute une cure de Jouvence.

Le 29 novembre 2007, la direction d’AbitibiBowater causait une commotion à Shawinigan. En fin de journée, la direction débarquait à l’usine Belgo pour annoncer aux quelque 560 travailleurs que tout était fini. Pour un milieu qui avait bondi du lit en s’attendant à être désigné hôte des finales estivales des Jeux du Québec en 2010, le choc fut brutal.

Quelques années plus tard, les fermetures de l’aluminerie de Rio Tinto Alcan, puis de la papeterie Laurentide allaient sceller la fin d’une ère qui avait fait de Shawinigan le point de mire du développement industriel du Québec au début du 20e siècle.

Luc Arvisais, directeur du développement économique à Shawinigan, était arrivé à la tête du Centre local de développement depuis quelques mois lorsque la triste nouvelle est tombée. Dix ans plus tard, le tissu économique de la ville s’est complètement transformé, observe-t-il. 

«On est à des années-lumière d’où on était! Il y a dix ans, CGI n’était pas là, ni le Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins, ni le DigiHub. Cognibox n’avait pas l’ampleur actuelle. AddÉnergie n’était pas là, Camso non plus. Le comité de diversification économique n’existait pas, puisqu’il s’est formé dans la foulée de la fermeture de la Belgo. La communauté entrepreneuriale n’existait pas non plus. En dix ans, nous avons cheminé dans le secteur du numérique... Il s’est passé beaucoup de choses!»

«Nous avons énormément évolué en terme de cohésion des intervenants socioéconomiques», ajoute M. Arvisais. «Le comité de diversification y est pour beaucoup là-dedans. Ça a été la bougie d’allumage.»

L'usine Belgo employait 560 personnes lors de sa fermeture.

Une perception qu’endosse le maire actuel, Michel Angers, qui travaillait comme vice-président pour le Conseil central du Cœur-du-Québec (CSN) en 2007.

«Ce fut le début d’une ère nouvelle à Shawinigan», commente-t-il. «Par la suite, on n’a pas attendu la fermeture d’Alcan ou de la Consol pour se mettre en marche. Belgo, ça a été l’élément déclencheur.»

Cette prise en charge allait même contaminer le réseau éducatif, de la Commission scolaire de l’Énergie au Collège Shawinigan. 

«On faisait un peu d’entrepreneuriat, mais nous ne l’avions pas institutionnalisé», rappelle Denis Morin, directeur général de la communauté entrepreneuriale. «C’était selon la bonne volonté de l’un ou de l’autre.»

Au fond du baril

M. Angers reconnaît que le contexte a favorisé cette rapide prise de conscience. La fermeture des trois dernières grandes usines de Shawinigan au cours des dix dernières années ne laissait plus beaucoup de choix.

«Quand on se retrouve au fond du baril, quand il ne reste plus qu’à monter pour se sortir la tête de l’eau, tu es prêt à prendre des chances. On n’avait plus rien à perdre. Dans une zone confortable, les gens ne bougent pas. C’est pourquoi ça s’est accéléré, plus vite que je l’aurais pensé.»

«Ça a été un entrepreneuriat de nécessité», corrobore M. Morin. «Nous étions devant un mur de briques et si on ne voulait pas rentrer dedans, il fallait qu’on rêve.»

M. Arvisais convient que son travail au service du développement économique de Shawinigan a évolué au cours de la dernière décennie.

«On présente maintenant une ville tournée vers l’avenir, dans des sphères économiques qui étaient plus ou moins là avant», rappelle-t-il. 

«Qui aurait dit, il y a dix ans, que Shawinigan attirerait autant l’attention dans le domaine des technologies de l’information? Notre discours est appuyé par des résultats. Quand on parle du troisième pôle du numérique, ce n’est pas du vent, c’est concret. Nous pouvons faire valoir des forces qui peuvent nous amener ailleurs que dans les industries traditionnelles, même si on continue à regarder de ce côté.»

«Il restera toujours des gens sceptiques, qui n’y croient pas», conclut M. Morin. «Mais on prépare la relève et à chaque jour, on pose des actions pour consolider notre tissu entrepreneurial. Je trouve ça encourageant.»