Les fermetures de garderies en milieu familial se comptent par dizaines en Mauricie.
Les fermetures de garderies en milieu familial se comptent par dizaines en Mauricie.

Fermeture de garderies en milieu familial: une pénurie aggravée par la pandémie?

TROIS-RIVIÈRES — Trouver une place en garderie, subventionnée ou non subventionnée, était déjà difficile dans la région avant que la pandémie de COVID-19 s’installe. Or, avec l’arrivée du coronavirus et les mesures de confinement décrétées par le gouvernement du Québec, de nombreux établissements ont dû fermer leurs portes. Plusieurs garderies en milieu familial ont annoncé aux parents dont les enfants fréquentaient leur milieu que cette fermeture est définitive, un phénomène qui ne peut qu’accentuer le manque de places en garderie dans la région.

Depuis le début de la pandémie, l’Alliance des intervenantes en milieu familial de la Mauricie a recensé la fermeture d’au moins 25 services en milieu familial. La situation que rapporte le syndicat ne tient compte que des garderies en milieu familial subventionnées, puisque seules les éducatrices travaillant dans ces milieux sont représentées par l’Alliance, avec les éducatrices en CPE. Ce nombre ne tient pas compte non plus des fermetures des milieux régis par les bureaux coordonnateurs des secteurs de Trois-Rivières et de Cap-de-la-Madeleine, les deux plus gros territoires de la région.

«Je sais déjà qu’il y a trois fermetures à ma connaissance, pour lesquelles les éducatrices m’ont avertie. Mais je m’attends à ce que ce soit plus que ça. Le seul territoire en Mauricie où il n’y a pas de fermeture, c’est la MRC des Chenaux. L’un des plus affectés est la MRC de Maskinongé, où on est rendu à 10 fermetures», détaille Mélanie Gélinas, présidente de l’Alliance.

600 fermetures au Québec

La situation n’est pas plus rose à l’échelle provinciale. Selon Valérie Grenon, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), 600 garderies en milieu familial subventionnées ont fermé leurs portes, temporairement ou de manière permanente, depuis le début de la pandémie. Ce nombre pourrait facilement doubler si une seconde vague de coronavirus devait frapper le Québec.

«On a beaucoup de membres qui auraient dû fermer en raison de problèmes de santé, mais qui ne l’ont pas fait, notamment pour des raisons financières. Si une deuxième vague nous frappe, il y a des chances pour qu’elles disent: tant pis, là, je ne veux plus prendre de chance», croit Mme Grenon.

Fermetures par dizaine

Il faut ajouter à ce nombre les fermetures de services en milieu familial non subventionnés. Bien que Mme Gélinas ne dispose pas de données les concernant, elle estime que dans la région, des dizaines d’entre eux ont dû fermer. Il suffit d’ailleurs de lire le fil des publications de plusieurs groupes sur Facebook pour voir que de nombreux parents sont à la recherche d’une place après la fermeture du milieu que leur enfant fréquentait.

«Je ne peux pas le chiffrer, mais c’est clair qu’elles n’ont pas eu de meilleures conditions. Elles aussi ont une famille à nourrir et des factures à payer. Elles aussi, c’est par dizaines que ça ferme», estime Mme Gélinas.

Doutes

La présidente de la Coalition des garderies privées non subventionnées, Marie-Claude Collin, émet pour sa part quelques doutes sur l’ampleur du nombre de fermetures de milieux non subventionnés.

«Je ne suis pas sûre qu’il y en ait autant qui ont fermé, notre téléphone sonnerait plus», lance-t-elle.

Mme Collin reconnaît toutefois que les garderies privées non subventionnées ne sont pas les premières contactées par les parents à la recherche d’un nouveau milieu pouvant accueillir leurs enfants. «Les gens appellent d’abord les CPE. À ma garderie, j’ai reçu au plus une dizaine de téléphones de parents qui me disaient que leur milieu a fermé», mentionne-t-elle.


« Déjà qu’il y avait un manque, là, on s’en va vers une pénurie »
Mélanie Gélinas

Le manque de main-d’œuvre ne se limite toutefois pas qu’aux garderies privées. L’Alliance des intervenantes en milieu familial de la Mauricie, qui est membre de la FIPEQ, indique qu’il y a un besoin pour 500 places en garderie, en Mauricie. Or, seulement 380 de ces places sont disponibles, faute de main-d’œuvre, sans compter les fermetures définitives survenues pendant la pandémie, rappelle Mélanie Gélinas.

«Déjà qu’il y avait un manque, là, on s’en va vers une pénurie. Il va y avoir de plus en plus de parents qui vont devoir chercher une nouvelle garderie», déplore-t-elle.

Autre ombre au tableau: les négociations qui piétinent entre la FIPEQ et le ministère de la Famille. Les responsables en services éducatifs (RSE) en milieu familial doivent se prononcer sur cette offre d’ici le 16 juin. La FIPEQ a déjà annoncé qu’elle recommandait à ses membres de la refuser. Si cela devait être le cas, les RSE pourraient décider de déclencher le mandat de grève générale dont elles s’étaient dotées plus tôt cette année.