Avec les fermetures de garderies en milieu familial qui se multiplient, Anne-Élisabeth Carrier et son conjoint Alexandre Lessard ne sont pas sûrs de trouver une place pour leur enfant, qui doit naître dans les prochaines semaines.
Avec les fermetures de garderies en milieu familial qui se multiplient, Anne-Élisabeth Carrier et son conjoint Alexandre Lessard ne sont pas sûrs de trouver une place pour leur enfant, qui doit naître dans les prochaines semaines.

Fermeture de garderies en Mauricie: «c'est un énorme recul» pour les femmes

TROIS-RIVIÈRES — En Mauricie, au moins 50 garderies en milieu familial ont fermé leurs portes au cours des dernières semaines. Cela signifie donc la disparition d’environ 300 places, selon le calcul fait par une future mère de Trois-Rivières qui se demande si elle arrivera à trouver une place pour son enfant d’ici un an et demi. Au-delà des inconvénients que cela lui cause, elle s’inquiète des conséquences de ces fermetures sur l’équité entre les femmes et les hommes.

«Je suis tombée enceinte en novembre dernier, alors je me suis inscrite à deux ou trois groupes Facebook de parents cherchant des garderies. Je n’en revenais pas du nombre de parents qui cherchent une place sur Facebook, et c’est pire depuis la COVID-19», témoigne Anne-Élisabeth Carrier.

Mme Carrier a donc décidé de dresser une liste de ces garderies en milieu familial, subventionnées et non subventionnées, qui ont définitivement cessé leurs activités, afin de documenter ce phénomène qui l’inquiète. «Chaque semaine, je demande (sur les groupes Facebook) quelles garderies ont fermé. Je demande l’adresse et le nom de chacune d’entre elles pour m’assurer que je ne les comptabilise pas deux fois. Jusqu’à maintenant, j’en compte 50 qui ont fermé», détaille-t-elle.

Ces chiffres inquiètent la future mère, qui a déjà entamé le processus de recherche de garderie en prévision de la naissance de son enfant, dans quatre semaines.

«Ce qui m’inquiète, c’est non seulement le fait qu’on a perdu 300 places, mais aussi le fait que de nouvelles places n’ont pas été créées, alors que les nouvelles naissances continuent. On s’en va vers un mur», prévient-elle.

Le Nouvelliste rapportait mercredi qu’au moins 25 garderies en milieu familial subventionnées ont fermé définitivement leurs portes dans le contexte de la pandémie. Ce nombre ne tenait toutefois pas en compte les garderies en milieu familial non subventionnées.

Les femmes plus touchées

Si elle ne peut trouver de place en garderie pour son enfant, son conjoint ou elle devra alors prendre la décision de mettre sa carrière sur pause pour s’en occuper au-delà de la durée du congé parental suivant sa naissance. Mais ce qui inquiète davantage Mme Carrier, c’est le fait que cette pénurie risque d’affecter davantage les femmes que les hommes, nuisant encore à leurs chances d’atteindre l’égalité.

«Oui, je le crains. Ce sont plus souvent les femmes qui prennent le congé parental, encore aujourd’hui. C’est un énorme recul. Ça me touche beaucoup, la condition des femmes, c’est pour ça que je voulais faire la démarche», explique-t-elle.

«On en est là, mon conjoint et moi, à se demander qui va rester à la maison», ajoute Mme Carrier.

Cette dernière compte d’ailleurs écrire aux députés de la région, au ministère de la Famille et même à des députées d’autres régions pour les sensibiliser à cette conséquence du manque de places en Mauricie.

Enjeu particulier en Mauricie

Les conséquences de ces fermetures sur l’accès à l’emploi pour les femmes inquiètent également Joanne Blais, coordonnatrice de la Table de concertation du Mouvement des femmes de la Mauricie.

«C’est toujours un enjeu, depuis des années. Pour que les femmes puissent davantage accéder au travail, il faut qu’elles aient la possibilité d’envoyer leur enfant en milieu familial, dans une garderie ou dans un CPE. Alors si le nombre de places a diminué, c’est sûr que c’est préoccupant. Si une travailleuse n’a plus de place en garderie, est-ce que les employeurs vont être capables de faire preuve de flexibilité? Sachant que beaucoup d’employeurs de la région sont des petites ou des moyennes entreprises, ce sera difficile pour eux aussi», prévient-elle.

Selon Mme Blais, le taux d’occupation des femmes est encore inférieur à celui des hommes au Québec. Dans la région, ce ratio est encore plus en défaveur des femmes, en dessous de la moyenne provinciale. La région compte également davantage de femmes monoparentales et cheffes de famille, toutes proportions gardées, que la moyenne au Québec.

«C’est pour ça qu’on demande au gouvernement un plan de relance pas seulement économique, mais socioéconomique, pour qu’on se préoccupe de ces questions-là.

Si des personnes ne peuvent pas retourner travailler parce qu’elles n’ont pas de place en garderie, des gens vont se priver de revenus et des employeurs vont se priver de travailleurs. C’est un cercle vicieux», estime-t-elle.

«Très alarmant»

«Si les données que vous avez sont exactes, je trouve ça effectivement très alarmant. On ne peut pas se permettre de perdre 300 places comme ça en Mauricie», a réagi la députée de Laviolette-Saint-Maurice, Marie-Louise-Tardif, rejointe jeudi après-midi par Le Nouvelliste.

La députée reconnaît également que cette situation est préoccupante en ce qui concerne l’équité entre les femmes et les hommes. «C’est vrai que c’est souvent la femme qui va prendre congé et mettre sa carrière de côté. C’est problématique», reconnaît-elle.

Mme Tardif estime cependant que le manque de places en garderie ne date pas d’hier et que les gouvernements précédant celui de la Coalition avenir Québec auraient dû agir pour y remédier. Elle assure par ailleurs que le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, travaille à corriger ce problème.

«Je peux vous dire que depuis un an et demi, nous travaillons fort pour avoir davantage de places. J’ai d’ailleurs annoncé lundi la création de 30 places dans une garderie à Notre-Dame-du-Mont-Carmel», rappelle-t-elle.

Rappelons qu’en février dernier, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et ministre responsable de la Mauricie, Jean Boulet, avait indiqué que la Mauricie comptait parmi les régions où le manque de places en garderie était le plus prononcé. 

«C’est mon collègue, le ministre (de la Famille) Lacombe, qui m’avait sensibilisé à la problématique des places en garderie. Il m’avait dit que le déficit de places en Mauricie est l’un des plus importants au Québec», avait-il déclaré lors d’un point de presse lors duquel le ministre Lacombe a annoncé la création de 2684 places en garderies subventionnées et en CPE, destinées aux parents-étudiants. En Mauricie, 239 places avaient été créées de la sorte.