La conseillère Valérie Renaud-Martin se défend d’avoir signé sous un faux nom une lettre d’opinion dénigrant sa collègue Ginette Bellemare, en novembre 2018.
La conseillère Valérie Renaud-Martin se défend d’avoir signé sous un faux nom une lettre d’opinion dénigrant sa collègue Ginette Bellemare, en novembre 2018.

Fausse lettre d’opinion envoyée au Nouvelliste: Valérie Renaud-Martin pointée du doigt

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le torchon brûle entre la conseillère municipale Valérie Renaud-Martin et l’ancien maire de Trois-Rivières Yves Lévesque. Ce dernier a en effet accusé la conseillère d’être l’auteure d’une lettre d’opinion critiquant la mairesse suppléante Ginette Bellemare, en 2018, et de l’avoir signée sous un faux nom.

Mardi midi, sur les ondes du 106,9 où il est chroniqueur, M. Lévesque a accusé Mme Renaud-Martin d’avoir tenté de faire endosser ladite lettre par une autre personne. L’ancien maire affirme qu’en raison du refus de cette personne, Mme Renaud-Martin aurait envoyé elle-même la lettre au Nouvelliste, sous un faux nom.

«J’ai reçu une copie du courriel envoyé à la personne dans lequel il lui est demandé: peux-tu passer cette lettre-là. La personne a refusé, mais la lettre a quand même été publiée, sous un faux nom», a affirmé au Nouvelliste l’ancien maire, mercredi. M. Lévesque n’a pas souhaité élaborer davantage en raison de sa collaboration comme chroniqueur au 106,9.

La lettre en question reproche à Ginette Bellemare, qui assurait alors les fonctions d’Yves Lévesque en tant que mairesse suppléante, puisque le maire était en arrêt maladie, son abstention sur plusieurs votes au conseil municipal, notamment sur le controversé projet Vision zéro.

M. Lévesque est revenu à la charge contre la conseillère, mercredi midi, toujours à la tribune qu’il occupe au 106,9. Il a présenté comme preuve à l’animateur de l’émission Midi Plus, Robert Pilotte, le fameux courriel dans lequel il est demandé à la personne dont il avait parlé la veille de publier la lettre en son nom. Après avoir examiné une copie de ce courriel, dans laquelle l’adresse du destinataire a été caviardée, Le Nouvelliste a pu voir que le seul texte qui s’y retrouve est «Voilà», suivi d’une émoticône, avec un document en pièce jointe dont le titre est le même que celui de la lettre d’opinion.

Selon nos sources, le destinataire de ce courriel est Yves Robillard. Joint par Le Nouvelliste, il accuse également Valérie Renaud-Martin d’avoir écrit cette lettre d’opinion.

«J’étais chez elle quand elle l’a écrite», affirme-t-il. M. Robillard indique également être l’une des personnes à qui Mme Renaud-Martin aurait demandé d’envoyer la lettre. D’après nos sources, il aurait accepté d’apporter cette lettre au Nouvelliste. M. Robillard nie toutefois catégoriquement cette affirmation.

Du côté de la direction du Nouvelliste, on précise que toute lettre soumise au courrier du lecteur doit être signée et accompagnée d’une adresse et d’un numéro de téléphone. Puisque la publication date d’il y a près de deux ans, il n’a pas été possible de retracer l’original de la lettre en question. Le Nouvelliste réitère toutefois que toutes les précautions possibles sont prises pour éviter ce genre de situation et déplore que des gens puissent tenter de déjouer le système établi à leurs profits.

«Il a écrit ce texte sur mon ordinateur»

Pour sa part, Valérie Renaud-Martin se défend fermement d’être l’auteure de cette lettre. Elle reconnaît qu’elle était au courant de son existence, et confirme qu’elle a été envoyée depuis son adresse courriel, mais sa version diffère de celle de M. Robillard.

«C’est un ami proche d’Yves Lévesque et qui est devenu un ami à moi aussi qui l’a écrite, lors d’une soirée entre amis, sur mon ordinateur. Il m’a ensuite demandé de lui envoyer ce fichier par courriel, c’est pour ça qu’il est parti de mon adresse personnelle. Mais je n’avais aucune idée qu’il allait le publier dans Le Nouvelliste», soutient-elle.

«J’ai peut-être pris ça à la légère quand ça a été publié. Je ne l’ai pas dénoncé, parce que c’était mon ami, et je m’en excuse», ajoute la conseillère. Mme Renaud-Martin a préféré ne pas nommer l’ami en question. Elle affirme en outre que celui-ci l’a menacée de déclarer sur la place publique qu’elle était l’auteure de cette lettre, l’an dernier, afin de la dissuader de se présenter aux élections fédérales contre Yves Lévesque.

«Pendant la campagne fédérale, ces gens ont envoyé des lettres à mes collègues, leur disant que j’avais écrit une lettre contre Ginette Bellemare. J’ai raconté l’histoire à Ginette et ça n’a pas affecté notre relation, qui est très bonne. Elle sait faire la part des choses», affirme Mme Renaud-Martin. Mme Bellemare n’était pas disponible mercredi pour réagir à cette controverse.

Mme Renaud-Martin s’interroge par ailleurs sur les motivations d’Yves Lévesque de sortir cette histoire deux ans après la publication de la lettre d’opinion en question. «C’est du salissage. Je dis que je ne ferme pas la porte à la mairie et il y a un paquet d’attaques qui sortent, alors que M. Lévesque dit qu’il sera candidat pour les conservateurs. Eh bien, je lui souhaite une bonne campagne, mais je ne serai pas son adversaire», indique la conseillère.

Celle-ci ajoute qu’elle souhaite maintenant passer à autre chose, considérant que d’autres dossiers municipaux méritent plus d’attention que cette histoire. «Je n’aurais jamais publié une lettre d’opinion sous un faux nom et je n’aurais jamais demandé à quelqu’un d’écrire en mon nom. Je suis une élue et je suis consciente de ma responsabilité. Quand j’ai quelque chose à dire, je vais l’écrire et le signer», réitère Mme Renaud-Martin. «Il y a le déversement des eaux usées, la relance économique à préparer et un budget à boucler prochainement. Il va d’ailleurs y avoir des choix déchirants à faire dans ce budget pour réduire les impacts sur le compte de taxes des citoyens. C’est là-dessus que je veux me concentrer», affirme-t-elle.