Andréanne Béliveau-Baiwy, employée de l’atelier de costumes du Cirque du Soleil, est venue donner un coup de pouce.

Faire un pied de nez au Vendredi fou

TROIS-RIVIÈRES — Des débrouillards, des touche-à-tout, des électroniciens, des couturières, 25 bénévoles en tout habitués à réparer les objets de la vie courante, ont levé la main pour prendre part, vendredi, de 14 h à 19 h, à la toute première Shop à réparer.

Installés sur de grandes tables à la cafétéria de chez COMSEP, sur la rue Saint-François-Xavier, avec leurs bobines de fil, leurs tournevis, leurs machines à coudre, leurs fers à souder et leurs pots de boutons dépareillés, ils étaient prêts à recevoir tous ceux et celles qui avaient un grille-pain brisé, un pantalon à faire rapetisser, une horloge défectueuse ou une cafetière qui avait rendu l’âme. Une cloche sonne chaque fois que la réparation est un succès. Et c’est complètement gratuit.

«C’est un échange entre citoyens», indique Thierry Archambault-Laliberté, chargé de projet chez Environnement Mauricie. Un appel à tous avait été lancé. «Rapidement, j’ai reçu des propositions. Je n’ai pas eu beaucoup de démarchage à faire», raconte-t-il.

Normand Daigle est un employé en lock-out de l’ABI . Il est venu passer l’après-midi en attendant d’aller faire du piquetage de nuit. Son métier: technicien en électronique. «J’ai beaucoup de temps et je veux aider les gens. Je peux réparer des télécommandes de télévision, peut-être des radios. Je répare à peu près n’importe quoi», dit-il.

Andréanne Béliveau-Baiwy, résidente de Sainte-Angèle-de-Prémont, travaille à l’atelier de costumes du Cirque du Soleil. «J’ai fait mes études en textiles, un bac en beaux-arts», raconte celle qui est également très habile en couture.

«La surconsommation, la pollution, le gaspillage, c’est vraiment quelque chose qui me touche», dit-elle. «Donc, je trouve que c’est une belle initiative, surtout une journée comme aujourd’hui, le Vendredi fou (Black Friday), ça permet de renverser la vapeur», fait-elle valoir. «Il faut changer notre mode de consommation», plaide-t-elle.

Thierry Archambault-Laliberté en était à l’organisation de son deuxième événement du genre, le premier ayant eu lieu à Saint-Étienne-des-Grès un peu plus tôt cet automne. «Le concept des Repair Cafe existe depuis une dizaine d’années», dit-il. «On en trouve beaucoup à Montréal. On essaie de répandre la bonne nouvelle avec nos partenaires, COMSEP et la CDEC de Trois-Rivières», dit-il.

L’idée, dit-il, c’est «que les gens réalisent qu’avant de se débarrasser d’un objet, il y a peut-être moyen de le réparer ou d’allonger sa durée de vie.»

M. Laliberté croit qu’il faut se poser la question: «Est-ce que j’ai besoin de racheter ou si l’objet peut encore faire l’affaire ou être vendu?»

Sylvain Longpré, pour un, s’est fait un plaisir de mettre ses talents au service des petits appareils en mal de réparation. «Je travaille avec les Sages Fous», une troupe de théâtre insolite de Trois-Rivières. «Je suis en fait le patenteux de la compagnie», dit-il en assurant qu’il arrive habituellement à réparer n’importe quoi «sauf des trucs informatiques très poussés».

Si la réparation est faite tout à fait gracieusement, «il n’y a pas de garantie» sur sa durabilité, tient-il à souligner. Au moins, un effort aura été mis pour redonner vie aux objets.

Christiane Bernier de Trois-Rivières fait à peu près toutes ses réparations de vêtements elle-même. Elle était donc prête à réparer à peu près n’importe quel vêtement et même des appareils électroniques, au besoin, puisqu’elle travaille dans ce domaine pour une compagnie de télécommunications.

Sensible à l’environnement, Martin Desalliers, lui, est venu de Saint-Élie-de-Caxton avec son équipement de réparation d’appareils électroniques.

«Bien sûr, on ne fera pas de réparations majeures», fait-il valoir. «J’ai travaillé longtemps en réparation. Je trouve que les gens jettent beaucoup au lieu de réparer alors que souvent, c’est très facile à arranger», dit-il. Il était d’ailleurs de l’initiative tenue à Saint-Étienne-des-Grès, il y a quelques semaines.

Michel Gauthier, de Trois-Rivières, directeur de maintenance en milieu industriel, explique que la limite, pour pouvoir réparer tous ces objets du quotidien, c’est souvent d’avoir en main la pièce de remplacement. «Moi, je sais surtout où trouver des pièces. Je suis spécialisé dans la recherche de quincaillerie», dit-il.

S’il ne pouvait pas arranger quelque chose, vendredi, il pouvait au moins dire où se procurer un remplacement de la pièce défectueuse.