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Christian Dumais, professeur titulaire de didactique de français à l’UQTR.
Christian Dumais, professeur titulaire de didactique de français à l’UQTR.

Faire jouer les enfants... malgré la barrière de l’écran [VIDÉO]

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — Le premier confinement, le printemps dernier, et les fermetures sporadiques de classes en éclosion ont mis en lumière toute la difficulté de maintenir l’éducation des enfants à distance. Même si, depuis, les Centres de services scolaires ont réussi à mettre ordinateurs et tablettes à la disposition des familles pour permettre aux enseignants de joindre tous les élèves, l’enseignement à distance ne s’est pas simplifié pour autant, surtout pour les enseignants qui ont à stimuler l’intérêt de petits bouts de chou de 4 ou 5 ans.

Or, voici qu’arrivent des renforts pour eux.

Christian Dumais, professeur titulaire de didactique du français à l’UQTR, en collaboration avec l’Association d’éducation préscolaire du Québec, vient en effet de mettre à la disposition des enseignants de maternelle et du primaire des outils qui faciliteront leur travail en mode virtuel auprès des enfants, et même leur famille, en passant par le jeu, et ce, malgré la barrière de l’écran.

Le professeur Dumais explique le rôle primordial que revêt le jeu dans le développement des petits. «Ça a des conséquences sur la lecture, l’écriture, les mathématiques et tous les apprentissages», explique-t-il, en se basant sur des recherches scientifiques sur le sujet.

Comment travailler avec des enfants lorsqu’il faut passer par un ordinateur? D’abord dédramatiser la technologie et faire des jeux pour apprendre comment ça fonctionne, propose le professeur Dumais, du genre «Jean dit: ferme ton micro.»

La collaboration des parents est un autre élément extrêmement important, dit-il. C’est pourquoi dans les outils qu’il vient de mettre en ligne, une vidéo s’adresse aussi aux parents qui ont de la difficulté à lire. (Voir tous les outils sur la page d’accueil de l’Association de l’éducation préscolaire du Québec à https://www.aepq.ca ou sur la page Facebook de Christian Dumais).

Le document donne de bonnes idées aux enseignants pour maintenir le jeu vivant à la maternelle, même jusqu’aux premières années du primaire.

On propose des activités pour jouer à faire semblant tous ensemble. À ce chapitre, les objets suggérés pour faire semblant se retrouvent dans la plupart des maisons. Avec de l’imagination, les enfants peuvent, par exemple, apprendre à faire ensemble un gros chaudron de soupe virtuelle et une simple petite règle de plastique peut devenir, dans leur imaginaire, un couteau pour couper les carottes.

Des méthodes sont aussi proposées pour jouer en petits groupes à distance puisque des outils informatiques employés pour faire la classe derrière l’écran le permettent.

On explique aussi comment prolonger le jeu à la maison et comment jouer à faire semblant dehors.

On assume à tort que les enfants sont capables de jouer tout seuls dans leur coin et de se plonger eux-mêmes dans un monde imaginaire. Des recherches ont démontré le contraire, explique le professeur Dumais. La capacité de substitution (comme d’imaginer qu’une simple règle est un couteau de cuisine) et la capacité d’inventer des personnages, ça s’apprend, explique-t-il.

Des travaux menés par son équipe à Trois-Rivières ont en effet démontré que les enfants ont de la difficulté à jouer «parce qu’ils ne connaissent pas les rudiments de base d’une histoire. Ce n’est pas dans toutes les familles qu’on fait la lecture aux enfants et pour pouvoir jouer, il faut inventer un scénario, donc un début, un milieu et une fin et on a remarqué que tous les enfants n’ont pas cette connaissance-là», dit-il.

C’est quelque chose qui s’apprend, entre autres, par l’interaction entre des enfants plus âgés et des plus jeunes. Or, «il n’y a plus de grosses familles aujourd’hui», fait valoir le chercheur.

«Avant de faire des apprentissages formels (comme lire les lettres de l’alphabet ou compter), il faut avoir développé le jeu. Avant d’écrire une histoire, il faut connaître les rudiments de base d’une histoire», plaide-t-il, ce qui s’apprend à travers le jeu.

C’est aussi par le jeu que se développent les capacités sociales, affectives et cognitives, souligne-t-il. Or, les outils qu’il a développés en collaboration avec sa collègue Emmanuelle Soucy, professeure de didactique du français à l’UQTR et Camille Robitaille, étudiante à la maîtrise en éducation, viendront donner un bon coup de pouce aux enseignants qui doivent justement faire jouer les enfants malgré la barrière de l’écran.