Josée Paillé veut qu'on respecte son droit d'allaiter en public son fils Calif.

Expulsée d'un commerce parce qu'elle allaitait

Josée Paillé, une maman de deux petits garçons, a été expulsée du magasin Hart du Carrefour du Cap, rue Sainte-Madeleine, sous menace d'appeler la police, parce qu'elle allaitait son petit dernier «en public».
La scène s'est produite il y a deux semaines mais Mme Paillé n'en revient toujours pas d'avoir été traitée de la sorte alors qu'à son avis, elle accomplissait un acte bien naturel. Encore très remontée contre le commerce, la jeune femme s'apprête même à porter plainte à la Commission des droits de la personne du Québec.
La dame explique que devant les pleurs insistants de son bébé, manifestement affamé, elle n'a eu d'autres choix que de s'installer dans le rayon des meubles pour lui donner le sein. Elle affirme avoir procédé le plus discrètement possible, après avoir pris place dans un petit fauteuil. «J'étais vraiment toute seule, il n'y avait personne.»
Or, une commis est rapidement intervenue pour lui dire de plutôt se rendre dans les toilettes d'une épicerie située plus loin. Devant le refus de Mme Paillé qui voulait terminer de donner le boire à son fils, une superviseure du magasin s'est présentée pour lui demander de cesser d'allaiter immédiatement, sinon les policiers seraient appelés pour intervenir.
«Quand elle m'a vue, elle a dit: non, non, non! Vous n'avez pas le droit. Moi, je voulais qu'on me laisse terminer mais elles ont dit non. Comme j'étais avec mon autre petit garçon de 4 ans, je ne voulais pas lui faire peur avec la police, alors je me suis levée et j'ai paqueté mes affaires pendant qu'elles étaient parties toutes les deux appeler la police.»
Mme Paillé qui est une adepte de l'allaitement naturel rappelle que l'Organisation mondiale de la santé recommande d'allaiter les bébés. Elle note aussi que même lorsque qu'il existe une salle d'allaitement, il n'est pas toujours évident de s'y rendre à temps quand le bébé a faim. Elle réclame le droit d'allaiter paisiblement son bébé au moment où le besoin s'en fait sentir, sans avoir à courir pour trouver un endroit caché des yeux du public.
«Moi, l'allaitement, ça me tient à coeur mais quand j'en parle autour de moi, je me rends compte que c'est encore tabou, même en 2010. Ça me dépasse. Je ne suis pas la seule à qui cela arrive. Je me souviens que lors de la Semaine mondiale de l'allaitement, on présentait l'allaitement en public comme un droit. Il y a maintenant des vêtements spéciaux pour ça, des soutiens-gorges adaptés. J'en ai. Toute ma garde-robe est conçue en fonction de ça. Il n'est plus question de simplement relever son chandail devant tout le monde. L'allaitement est recommandé, même jusqu'à deux ans, alors je ne vois pas pourquoi on nous met encore dehors des places d'affaires et qu'on nous regarde de travers. Moi, j'ai voyagé, j'ai vu qu'ailleurs on peut allaiter. Ici, au Québec, on est supposés être dans un pays libre mais on ne peut même pas allaiter nos enfants.»
C'est la deuxième fois qu'une mésaventure semblable arrive à Mme Paillé qui a vécu un incident similaire dans un commerce des Galeries du Cap où un employé l'aurait littéralement expulsée alors qu'elle allaitait son bébé en public.
Pas si discrète
Du côté du magasin Hart, Michel Vincent, assistant gérant, affirme que la dame n'a pas été aussi discrète qu'elle le prétend et que c'est pour cela que deux employées du magasin sont intervenues rapidement.
«On l'a avisée que ce n'était pas nécessairement la bonne place pour allaiter, particulièrement devant le département des enfants. La dame a répliqué qu'elle pouvait allaiter où elle le voulait, que ce n'était pas de nos affaires. Mais, ce qu'on m'a dit, c'est que ce n'était pas discret. Si cela avait été le cas moi, personnellement, j'aurais toléré qu'elle allaite ici sans problème.»
M. Vincent avoue qu'il n'y a pas de salle d'allaitement au Carrefour du Cap comme c'est le cas au centre commercial Les Rivières. Il dit réclamer depuis longtemps des toilettes publiques au Carrefour du Cap, mais en vain, alors avant d'obtenir une salle d'allaitement...
 
Un droit reconnu
Allaiter son enfant en public n'est pas considéré comme un acte indécent par les tribunaux. Le Tribunal des droits de la personne a donné raison à plusieurs reprises à des femmes qui se sont plaintes d'avoir été expulsées ou forcées de cesser d'allaiter leur bébé dans des endroits publics... même dans le cas d'un palais de justice.
Marie-Luce Pelletier-Legros, directrice par intérim de la Ligue La Leche, est formelle, empêcher une femme d'allaiter dans un endroit public va totalement à l'encontre de la Charte des droits et libertés du Québec.
«L'allaitement n'est pas considéré comme un acte indécent et nulle part dans la loi, il n'y a la notion de discrétion, insiste Mme Pelletier-Legros. Si une femme veut allaiter les deux seins découverts, si elle allaite, il n'y a pas de notion de discrétion dans la loi. Et comme l'allaitement est propre à la femme, ça devient une question de discrimination basée sur le sexe. Partout où se trouve une maman, elle a le droit d'allaiter son enfant. Ce droit est reconnu par les tribunaux.»
La porte-parole de la ligue ajoute qu'on ne peut expulser une dame qui allaite son enfant dans un magasin. Dans le cas de Mme Paillé, on aurait tout au plus pu lui défendre de s'asseoir sur un fauteuil qui est à vendre, comme on peut le faire pour n'importe quel autre client, homme ou femme.
«À partir du moment où elle est expulsée parce qu'elle allaite son enfant et parce qu'on trouve qu'elle n'est pas assez pudique, ça ne fonctionne pas. Ils n'ont pas le droit de l'expulser. La dame a même toutes les raisons valables de porter plainte devant la Commission des droits de la personne», a-t-elle conclu d'un ton ferme.