Maurice Richard assure que la région traite avec précaution l’ensemble des matières dangereuses qui passent par les ports de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
Maurice Richard assure que la région traite avec précaution l’ensemble des matières dangereuses qui passent par les ports de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Explosions à Beyrouth: «Ça n’arriverait jamais chez nous»

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — À la lumière du tragique événement survenu à Beyrouth, mardi, nombre de gouvernements revisiteront leurs normes de sécurité quant au transport de matières dangereuses. Le Canada, pour sa part, peut se considérer totalement en sécurité selon ce qu’affirment les dirigeants du port de Bécancour, qui reçoit quotidiennement des bateaux contenant des produits à risque, et de Trois-Rivières, qui n’en voit passer que très rarement.

«Ce qui est survenu là-bas ne pourrait jamais arriver ici. Pour plusieurs raisons, c’est l’un des produits les plus réglementés pour tous les portuaires. Ces produits servent tout de même à faire exploser le sol. Même si la sécurité ne peut jamais être absolue, je peux vous assurer que chez nous, tout le monde prend ça très au sérieux», a indiqué le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard.

Les installations portuaires bécancouroises font d’ailleurs partie des endroits en Mauricie et au Centre-du-Québec qui reçoivent le plus de produits risqués tels que le nitrate d’ammonium, substance à l’origine de la tragédie de Beyrouth. Ces matières sont ensuite transportées vers le nord de la province afin d’être utilisées dans les mines.

Parmi les mesures de sécurité respectées par les employés du port de Bécancour en cas de gestion de matières dangereuses, on retrouve une surveillance accrue des matériaux, l’utilisation d’équipements et de conteneurs adaptés, une prudence augmentée lors du déchargement des marchandises, un isolement des produits dangereux et plusieurs autres. En outre, les matières risquées ne passent jamais plus de 24 heures sur un site portuaire de la région.

Le port de Trois-Rivières, quant à lui, a déjà reçu bien plus de substances dangereuses qu’il n’en voit passer actuellement. Toutefois, cela n’a pas empêché son administration d’être à jour sur l’ensemble des mesures de sécurité déterminées par le gouvernement canadien et de se considérer prête à toute éventualité.

«À Trois-Rivières, très peu de produits reçus entrent dans la catégorie des matériaux à risque. On n’a donc pas à se préoccuper outre mesure de nos normes. Toutefois, le peu de fois ou ça arrive, nous mettons en place toute une série de procédures afin de garantir la sécurité de tous. On adapte chacun des maillons de notre chaîne d’approvisionnement», a expliqué le vice-président marketing et développement des affaires du port de Trois-Rivières, Jacques Paquin.

Dans le camp trifluvien, les normes en place sont très similaires à celles qui sont appliquées par le port de Bécancour.

Comme beaucoup d’experts à travers la planète, le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour affirme que les explosions qui sont survenues au Liban, bien qu’excessivement malheureuses, n’auraient jamais dû se produire. Selon lui, elles sont le fruit d’un laxisme incroyable des autorités en place.

Le port de Trois-Rivières ne reçoit que très peu de substances à risque en ses lieux.

«Cette tragédie m’a fait penser à Tchernobyl, où aucune réglementation n’encadrait ce réacteur qui était dans un hangar, nullement protégé. À Beyrouth, l’entrepôt d’explosifs était libre de toute protection et voisin d’un lieu où se trouvaient des feux d’artifice. Il y avait carrément une bombe sans aucun contrôle de sécurité ou de quantité.»

Malgré tout cet optimisme présent chez M. Richard, il ne ferme pas la porte à quelques modifications des normes qui pourraient être apportées après l’analyse approfondie des erreurs qui ont été commises au Liban.

À chaque produit sa procédure

Bien que le port de Trois-Rivières n’accueille que très peu de bateaux transportant des substances dangereuses en ses lieux, ses employés ont en main tout ce qu’il y a à savoir sur l’ensemble de la marchandise transportée qui pourrait comporter un risque pour une ville.

«Il faut savoir que ce ne sont pas toutes les matières risquées qui explosent. Certaines comportent un danger pour la santé, pour l’environnement ou sont simplement délicates à manipuler. C’est pourquoi nous possédons une panoplie de marches à suivre nous permettant de connaître la façon de manipuler tous les produits qui passent chez nous», a fait savoir M. Paquin.

Par ailleurs, aux protocoles mis en place par les administrations des ports de la région et le gouvernement fédéral s’ajoutent celles imposées par les destinateurs et destinataires de ces substances, qui souhaitent tout autant que le transport de ces matières se fasse en toute sécurité.

«Tous les opérateurs, que ce soit les transporteurs maritimes, routiers ou ferroviaires, ont leurs propres procédures, qui vont non seulement respecter les normes gouvernementales en place, mais très souvent aller au-delà. De plus, les entreprises auxquelles appartiennent les produits assurent elles aussi une manutention sécuritaire des substances. Tout est extrêmement encadré», assure le vice-président marketing et développement des affaires du port de Trois-Rivières.

Des exercices d’envergure

Régulièrement, les travailleurs des ports ou de toute autre entreprise responsable de la livraison, du transport et de la réception de matières dangereuses procèdent à d’impressionnantes simulations qui visent à s’assurer que tout est sécuritaire

«À titre d’exemple, en novembre dernier, on a fait un exercice énorme en compagnie de tous les acteurs impliqués, soit les ministères, la Sûreté du Québec, la protection de l’incendie, la Ville et tous les autres intervenants qui oeuvrent pour la protection civile. On a ainsi pu constater comment pourrait survenir une problématique malgré les mesures de sécurité gouvernementales», a souligné M. Richard.

Au cours des prochains mois, d’autres exercices devraient être mis en oeuvre dans le dessein de préparer les équipes d’intervention à toute éventualité. Un comité mixte formé des ministères, municipalités et industries impliqués dans le transport des matières dangereuses, qui analysait déjà régulièrement les normes en place, procédera également à des rencontres dans l’objectif d’améliorer la façon dont la région gère les matériaux à risque.

«Comme une police d’assurance, notre rôle sera de tenter de deviner ce qui pourrait survenir en cas d’accident. Nous réfléchirons dans l’exagération afin de prévoir tout ce qui pourrait arriver», a conclu Maurice Richard.